Chers burkinabè,

Le nom de la maladie est le Covid-19, de la famille des Coronavirus. Une maladie extraordinaire qui bouscule la Terre entière. Chez nous on dit que « lorsque de là-haut tombe une pierre, chacun protège sa tête. » Et c’est ce qui se passe. Plusieurs pays du monde se sont coupés du reste du monde. 


En Italie spécialement où je vis, le slogan est « Je reste à la maison ». Les services de santé sont débordés. Déjà plus de 26.000 contaminations avec son cortège de plus de 2.500 morts. Le matériel sanitaire manque. On ne parle plus des masques de protection et des gel hydro alcooliques qui manquent dans les pharmacies. Finalement une loi est votée pour que chacun reste à la maison. Si tu sors sans raison, c’est un délit. Et déjà des milliers de personnes sont arrêtées et certains mis en prison parce qu’ils mettent les autres en danger en sortant se promener sans raison. Quelque part, les chinois longtemps sous-estimés et les japonais au loin loin de l’Italie sont devenus plus solidaires que les autres pays de l’Europe ; parce que « chacun protège sa tête ». Les puissants Etats-Unis d’Amériques ont fermé leurs frontières à tous les trafics de provenance d’Europe, parce que là encore, « chacun protège sa tête ». Je ne vais pas continuer à citer les autres pays du monde où c’est la débandade. 


Dans tout ça, certains essaient de cacher les chiffres ahurissants chez eux ; ne veulent pas arriver au confinement total, pourtant Coronavirus fait son chemin de plus en plus en tristesse et désolation.


Et nous africains ? Et nous Burkinabè particulièrement ? Où regardons-nous ? Vers ceux qui montrent les dangers de la maladie ou vers ceux qui font semblant de maitriser la situation et pourtant vivent dans un désarroi indescriptible ? 


J’ai très mal au cœur quand j’entends que chez nous le virus ne peut pas évoluer. Pourtant il a suffit qu’un couple le ramène au Burkina Faso et déjà nous sommes à une vingtaine (20) de contaminations rien qu’en quelques jours. Sans compter les autres centaines de cas dans les autres pays d’Afrique. Pourquoi voulons-nous voir de nos yeux la détresse avant d’accepter que nous sommes en danger total ? En tant que chrétien, je me souviens que Jésus a guéri des lépreux, mais nulle part il n’a revendiqué que les lépreux viennent vivre au milieu du peuple ; pourtant nous voulons brandir la foi ou l’espérance chez nous pour sous-estimer le danger de la mort ; ça ne vient pas en tout cas de Jésus un tel comportement. Notre Saint Père le Pape François célèbrera la Semaine Sainte 2020 tout Seul. Mais je suis convaincu que le Christ ressuscitera ; ce n’est pas nous qui le faisons ressusciter. Merci au Pape François pour cet exemple de prudence caritative et merci à tous les évêques, qui, pour le bien des leurs ont décidé des restrictions, et au besoin suspendent les messes ; ils sont obéissants à l’Esprit Saint.


Le coronavirus se révèle donc une maladie extraordinaire. Nous aussi nous devrions accepter d’adopter des attitudes extraordinaires. « Gwen yé nê be sul no yé » dit le proverbe lyèl de chez moi ; en d’autres termes, « ce qu’on n’a pas encore vu ne signifie nullement que cela ne peut se voir ». Il n’y a rien que nous ne pouvons pas faire pour nous protéger : 
* Ceux qui disent que le Coronavirus ne peut pas vivre chez nous sont nos ennemis n°1 ;
* N’allez ni au bar, ni au dancing, ni au maquis ou maquis-restaurant et tout ce qui est du même genre où les couverts sont à moitié lavés et/ou la proximité étroite; mieux vaut se priver de bonnes choses pendant quelques mois que de se contaminer et contaminer toute sa famille ; ce serait une erreur que les vôtres ne vous pardonneront pas ; 
* On n’acceptera pas de se passer la même calebasse de dolo ; on refusera de manger dans le même plat entre amis ; ce n’est pas de la méfiance, c’est le signe d’une vraie amitié qui n’expose aucun risque à l’ami ; car nous sommes en situation d’exception et « gwen yé nê be sul no yé » ;
* Devant toutes les familles, disposez du savon et de l’eau : personne n’entre dans votre cour sans se laver les mains au savon abondant. Que cela ressemble à un manque de respect pour les visiteurs, oui, nous sommes en période d’exception car « gwen yé nê be sul no yé » ;
* Ne vous serrez plus la main les uns aux autres. Cela aussi paraîtra irrespectueux, oui, mais nous sommes en période d’exception car « gwen yé nê be sul no yé » ;
* Ne vous constituez pas en foule et ne vous mélangez pas aux foules indisciplinées. Ce n’est pas un manque de solidarité, nous sommes en période d’exception et « gwen yé nê be sul no yé » ;
* Pédalez votre vélo pour aller dans les villes, ne prenez pas de taxi brousse où les passagers respirent les uns dans les bouches des autres. Ce n’est pas impossible parce que « gwen yé nê be sul no yé » ;
* Tenez-vous au moins à 1mètre de distance de tout interlocuteur devant vous (au marché, à l’Eglise, à la mosquée, au puits, au moulin, etc. S’il n’y a pas de places dans certains lieux, restez dehors); ce n’est pas que vous avez peur des autres, c’est tout simplement parce qu’on est en situation d’exception et de toute façon, « gwen yé nê be sul no yé » ;
* Etant donné que par vos mains le risque est grand de prendre le virus et le porter au vissage, évitez de vous frotter les yeux, le nez, la bouche avec vos mains ; c’est difficile mais nous sommes en situation d’exception et « gwen yé nê be sul no yé ».
Je peux continuer la liste, mais cela ne sert pas ; tout vous a été dicté dans les directives prises par vos différents responsables dans le pays, suivez ces directives à la lettre. Cela ne durera que quelques mois si chacun accepte la discipline et les règles d’hygiène.


Je ne vous invite ni à la peur, ni à la panique, mais à la responsabilité. Certains confondent malheureusement « créer la panique » et « dire la vérité ». Toutefois si on me demandait de choisir entre « créer la panique » et « cacher la vérité » dans cette situation, je choisirais de créer la panique ; Dieu m’en récompensera même et j’en suis sûr à 100%.
Ce n’est pas vous qui dites que « le faible monte son bœuf quand il est encore couché ? » Pourquoi devrait-on crier jusqu’à finir sa salive pour faire comprendre que ce qui commence à se passer chez nous avec le Coronavirus est un vrai danger ? J’aurai trahi mon sacerdoce si je n’écrivais pas ces lignes. Et si je les écris, c’est parce que je sais que vous êtes capables de les lire et d’en tenir compte jusqu’à la victoire sur ce mal.
Toute personne qui a eu le courage de lire jusqu’ici doit agir : « dès maintenant, j’agis ; le coronavirus ne passera pas par moi ! »

Et nos plantes de la savane africaine offriront de nouveau leurs fleurs aux mille parfums et le Christ Ressuscitera et nous avec, même s’il nous faut passer par le Calvaire.
Dieu veille sur tous les peuples de la terre et nous sauve de ce Coronavirus.

Abbé Augustin BASSOLE
Etudiant à Rome
 

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