Il y a longtemps, très très longtemps, vivaient trois frères orphelins et leur sœur Edjòró. Edjòró était la plus belle fille et semblait la plus gentille du village. L’un de ses trois grands frères était handicapé. Edjòró était devenue la mère de famille qui prépare la nourriture et lave les vêtements. Elle allait chercher l’eau au puits et allait de temps en temps en brousse pour chercher le bois de chauffe. Elle était donc travailleuse. Les prétendants se firent nombreux et la cours est archicomble chaque soir de tous les candidats.

Le frère handicapé de Edjòró n’avait pas ses pieds et il traînait perpétuellement sur ses fesses qui finirent par durcir et noircir à force de les frotter contre le sol pour se déplacer. Tout cela  le rendait toujours sale et crasseux ; Edjòró et ses autres frères prirent du dégoût pour lui. Ils lui aménagèrent un coin près du poulailler pour dormir. Quand le soleil se levait, sa place était sous le gros manguier qui se trouve devant la cours. Son couvert était un morceau de vieux canari dans lequel les chiots lapaient leur bouillie. On se souciait vraiment peu de lui. Edjòró ne lavait jamais ses vêtements parce qu’il puait. Et quand elle lui apportait à manger, elle restait à distance et versait négligemment la nourriture dans son morceau de vieux canari et elle repartait rapidement parce qu’elle coupait sa respiration pour ne pas humer les puanteurs de son frère handicapé.

Un jour, un beau jour, alors que le soleil revêtu de son bel habit distillait ses beaux rayons sur la terre, Edjòró et ses camarades allèrent en brousse pour chercher du bois de chauffe. Sur leur sentier, elles trouvèrent une vilaine chenille, d’une grandeur monstrueuse. Elle était haletante et horrifiante. Elles se moquèrent de la bête et continuèrent leur chemin. Edjòró qui aimait tant rire laissa exprès sa machette près de la bête. A deux kilomètres de marche, elle fait savoir qu’elle a oublié sa machette près de la bête ; et elle retourna au lieu où se trouvait la bête. Là, elle ne se fit pas prier : elle se moqua comme il se doit de la bête vilaine. Mais la bête au dix yeux rouges et au corps morveux devint furieuse, la saisit et l’avala. Ses camarades l’attendirent en vain. Elles revinrent donc sur les lieux pour voir ce qui s’était passé. Elles virent que la chenille était devenue plus grosse. La chenille en les voyant devint furieuse et leur chanta ce refrain :          

« Amies de Edjòró, laissez-moi m’expliquer !

Edjòró n’a cessé de rire, et se moquer de moi !

Elle se moqua de moi jusqu’à dépasser les limites

Elle a ri de moi jusqu’à l’extrême

Alors, je l’ai avalée, oui avalée pour me calmer !»

Elles prirent toutes peur et coururent au village annoncer la nouvelle aux frères de Edjòró.

Le premier des frères bien-portants de celle-ci se leva, prit son fusil et alla pour tuer la bête. Quand il fut proche de la chenille, elle lui chanta mélancoliquement :

« Frère de Edjòró, laisse-moi m’expliquer !

Edjòró n’a cessé de rire, et se moquer de moi !

Elle se moqua de moi jusqu’à dépasser les limites

Elle a ri de moi jusqu’à l’extrême

Alors, je l’ai avalée, oui avalée pour me calmer !»

Lui aussi prit peur, pissa deux coups dans son pantalon et se sauva. Le second frère de Edjòró s’arma de son arc à tirer deux flèches deux flèches et alla à son tour à la rencontre de l’animal. Quand il s’approcha de la bête, celle-ci hurla et notre monsieur s’immobilisa à distance. La chenille chanta de sa voix rauque :   

« Deuxième frère de Edjòró, laisse-moi m’expliquer !

Edjòró n’a cessé de rire, et se moquer de moi !

Elle se moqua de moi jusqu’à dépasser les limites

Elle a ri de moi jusqu’à l’extrême

Alors, je l’ai avalée, oui avalée pour me calmer !»

Notre monsieur grelotta et laissa quelque chose qui sent mauvais dans son caleçon et courut à la maison, suivi de près par des mouches badaudes.

Le frère handicapé de Edjòró décida d’aller tenter sa chance. Les autres frères ne cessaient de le mépriser en disant : « si les gens bien-portants n’ont rien pu faire, qu’est-ce qu’un handicapé peut faire ? ». Mais celui-ci ne se laissa pas intimider et continua son chemin, armé d’une machette seulement. Quand la bête le vit, elle grommela tristement :

« Frère handicapé  de Edjòró, laisse-moi m’expliquer !

Edjòró n’a cessé de rire, et se moquer de moi !

Elle se moqua de moi jusqu’à dépasser les limites

Elle a ri de moi jusqu’à l’extrême

Alors, je l’ai avalée, oui avalée pour me calmer !»

Mais le frère handicapé s’avança. Et la bête chanta de sa voix la plus sourde et violente ; mais le frère handicapé s’approche encore. Alors, la bête chanta d’une voix lugubre de détresse et mélancolique ; mais notre handicapé, d’un coup énergique trancha la tête de la chenille, l’opéra et retira sa sœur qui n’était pas encore morte heureusement. Il la mit devant lui et ils rentrèrent au village.

A la vue de ceux-ci, tous n’en crurent pas leurs yeux. Edjòró alla acheter de nouveaux vêtements ; elle aménagea une chambre dans la maison familiale et prépara un festin qu’elle servit dans de nouveaux et jolis plats pour dire merci à son frère handicapé. Mais ce dernier refusa tout et demanda à rester dans ses anciennes situations. Edjòró et ses frères bien-portants ne cessèrent de pleurer et de regretter tout ce qu’ils lui avaient fait subir.

 

Enseignement : Ce vieux conte lyèl qui enseigne la bienveillance à l’égard des handicapés et des démunis dans les familles reste encore très interpellateur  aujourd’hui ; dans certaines familles de nos jours, certains malades et surtout les malades du Sida sont presque rejetés. Nous devons quand même perpétuellement nous interroger sur nos actions de ce genre !

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