Dans la pensée philosophique, Nietzsche a trouvé que dans la recherche de la vérité, ceux-là mêmes qui la recherchent visent en fait la sécurité qu’elle procurerait. Ainsi, chez lui, la vérité devient utilitaire[1]. Le commerçant par exemple dira que la vérité est l’ensemble de tous les bons moyens qui lui permettent d’augmenter son avoir. Le politicien dira que la vérité c’est le respect et la promotion de son pouvoir… Mais la vérité ainsi définie perd sa valeur spécifique, elle n’existe que pour servir à quelque chose, à la représentation que notre esprit offre favorablement des choses.
Parlant de critères, plusieurs penseurs ont trouvé que : le vrai, c’est ce qui est cohérent. La cohérence se manifestant comme une succession logique d’énoncés comme dans le fameux syllogisme de Socrate : « tous les hommes sont mortels. Or Socrate est un homme. Donc Socrate est un mortel ». Bien que la cohérence soit un bon critère, elle ne peut empêcher de tomber dans l’erreur si l’affirmation de départ n’est pas vraie ; par exemple « tous les élèves d’une classe de troisième réussiront à leur examen. Or Philippe est un élève de la troisième. Donc Philippe réussira à son examen » ; n’est-ce pas oser une affirmation qui peut être radicalement fausse ? Ainsi donc, la cohérence ne garde sa valeur irréfutable que dans les sciences exactes uniquement.
D’autres penseurs croient que la vérité est la conformité avec le réel. Est donc vrai ce dont l’idée ou la description est conforme à la chose elle-même dans sa réalité. C’est la pensée de Kant, des Scolastiques et de Saint Thomas d’Aquin : « Adaequatio rei et intellectus »[2] (adéquation entre la chose et l’intelligence). Bien que cette approche soit appréciable, il convient de reconnaître que nous faisons la comparaison entre l’impression que les choses font à notre esprit et l’idée que notre esprit en forme. Donc d’une personne à une autre, cette impression et cette représentation de l’esprit peuvent différer, enlevant à la vérité son objectivité.
Descartes, quant à lui, nous propose l’évidence comme critère de la vérité. Est évident, ce qui est indubitable, infaillible, ce qui ne veut pas dire parfait ; car ce qui est évident chez Descartes n’est pas donné au départ, mais après de longs efforts pour écarter au maximum les erreurs. Ainsi donc on s’aperçoit que la notion de vérité s’améliore considérablement. Mais, écarter le maximum d’erreurs revient à dire que l’esprit de l’homme ne peut pas atteindre la vérité limpide et parfaite. Reconnaître donc que l’esprit ne peut pas atteindre toute la vérité doit nous disposer à accepter les limites de l’esprit de l’homme ; et cela aussi, c’est la vérité. Mais que nous dit la tradition africaine ?


[1] Frédéric NIETZSCHE, Par delà le bien et le mal, Mercure de France, Paris, 1963, §192, p.123.
[2] François MARTY, « La vérité », in Revue « Philosophie » de l’Institut Catholique de Paris, 8,  (1983), p.110.
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