Selon la tradition africaine, la vérité a plusieurs visages.
Est vrai ce qui est conforme à la coutume. Ce qui ne voudrait pas dire que tous les aspects de la coutume sont positifs et valeureux. La coutume est la table de la loi traditionnelle dans laquelle se trouve les normes et les valeurs culturelles et sociales[1]. Le respect de cette coutume et la vie selon cette coutume rend vraisemblablement compte de la vérité. C’est dans ce sens que le conte est vu comme un moyen d’éducation aux valeurs sociales : « les contes secrètent la substance du savoir-vivre et du savoir-être des Africains. A travers un personnage emblématique, le héros, incarnation des valeurs hautement positives de la société, le conte indique aux individus ce que doit être l’homme idéal, la femme idéale et l’enfant idéal. Ce n’est pas un hasard si les contes magnifient la bravoure, l’intelligence, la fidélité, l’amitié, la ruse et fustigent la lâcheté, la bêtise, la traîtrise et autres perversions. Les messages livrés sont d’autant plus explicites que les contes mettent en scène un univers manichéen où les bons finissent par triompher des méchants dans la majorité des cas »[2]. La parole des parents est aussi un moyen d’éducation de la conscience droite… Mais la modernité mal assumée semble dénaturer l’homme traditionnel si bien que les contes n’ont plus leur valeur éducationnelle ; le grand monde des média et le subjectivisme moderne semblent retirer la parole aux parents et laisser libre cours à la conscience de l’enfant qui se développe seule. Peut-on espérer un recours sérieux à rechercher le réel dans sa solidité première ?
Ensuite, est vrai selon la tradition africaine tout ce qui permet de garder solides les relations familiales. Le souci des hommes dans la tradition est très marqué par leur volonté de rechercher le bien-être familial. Dans cette perspective, tout ce qui favorise cette relation a valeur de vérité. La vérité dans ce sens consiste plus à rechercher une réussite de sa responsabilité, le bien-être de sa famille que la recherche d’une valeur objective sociale. Cela semble entacher l’homme traditionnel et même inconsciemment. Mais l’écoute des hommes des autres traditions que les mélanges culturelles offrent à notre monde n’interdit-elle pas de suivre aveuglement ce qui traditionnellement semble acquis et bon pour tendre vers le bien de plus en plus objectif ?


[1] Blaise BAYILI, Religion, droit, pouvoir et Politique au Burkina Faso, Les lyéla du Burkina Faso, L’Harmattan, Paris, 1998, p.182.
[2] Apollinaire Cécé KOLIÉ, « mensonge et vérité dans les contes africains », in RUCAO 24, (2005), pp.15-16.
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