Homélie du mercredi saint – 19/03/08 – Grand Séminaire saint Jean
Is50, 4-9 ; Mt26, 14-25
 
Chers amis, nous voici à la veille de Pâques. Le chemin a été long pour certains, court pour d’autres. Long ou court, pourvu que les raisons qui le justifient soient bonnes. Comme un vieillard insiste sur ses dernières volontés à la veille de sa mort, le Christ en cette semaine sainte presse ses amis à comprendre au maximum sa mission d’amour.
Chez nous les Lyèla, l’expression « fils de vieux » caractérise celui qui est averti, intelligent et sage dans sa façon d’agir, sa façon de parler, dans sa façon d’être avec les autres. Quand on dit que quelqu’un est « fils de vieux », cela signifie beaucoup de choses : cela signifie que la personne est très vigilante, qu’elle observe tout ce qui se passe avec attention et en tire la bonne leçon ; cela signifie encore que cette personne écoute avec intérêt les vieux, les sages et la tradition des ancêtres. Et c’est un honneur que d’être appelé « Fils de vieux ». Nous ne sommes pas au village certes, mais chacun de nous ici présent aurait aimé être « fils de vieux » dans la famille de ceux qui croient au Christ. Autant cela est vrai, autant la solution semble simple comme les textes de ce jour nous le montrent. Nous devons être attentifs à la Parole de Dieu. La première lecture montre clairement que la Parole de Dieu est vivante. Isaïe atteste : « Le Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire ; la Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille » et on pourrait légitimement dire qu’elle ouvre mes oreilles, elle éclaire mon intelligence et elle me donne la sagesse pour que je puisse être comme un « Fils de Vieux » qui soit capable d’instruire les autres à son tour. Voilà !
A la veille de Pâques, nous devons donc ouvrir tous nos sens à la Parole de Dieu et être attentifs à la voix du Christ pour le laisser parler à nos cœurs et nous instruire comme il se doit afin de faire de nous des « Fils de vieux » qui seront ses nobles successeurs.
Juda a eu de la chance plus que vous et moi : lui, il a vu de ses yeux la Parole de Dieu, Jésus en personne. Il l’a suivi sur les routes d’Israël ; il a été témoin de ses œuvres, il l’a entendu prêcher, convertir, guérir, nourrir les foules. Il a même mangé à sa table et bénéficié de toutes ses marques d’amour. Malgré tout, son cœur est resté fermé à l’amour du Christ. Il ne s’est pas laissé instruire afin de découvrir la richesse insondable qui aurait fait de lui un vrai « Fils de vieux ». Quel dommage ! Finalement il livre son Sauveur et croit avoir bien fait. Si le Christ dit que Juda est malheureux, ce n’est pas tant parce qu’il va le livrer mais c’est surtout parce que Juda n’a pas profité de la joie de sa rencontre. Jésus n’est pas content du fait que Juda l’ait suivi, l’ait vu en action, l’ait entendu prêcher et ait bénéficié de son amour et n’ait pas compris en dernier ressort que Dieu lui tendait une main favorable. Juda est mort de soif au bord du fleuve. Par l’attitude de Juda, la trahison la plus vilaine, le Christ voyait à l’avance toutes les divisions qui subviendront dans son Eglise qu’il a pourtant voulue une et indivise. Bref, aujourd’hui encore, comme Juda, beaucoup d’amis se trahissent ; beaucoup rient de l’extérieur alors que leur cœur est plein de méchanceté ; des épouses et des époux trompent abominablement leurs conjoints, et nous les jeunes, nous nous vendons à vil prix, pourvu que nous soyons bien vus etc. etc. Cependant le Christ continue de marcher avec nous : il nous parle par les pasteurs de l’Eglise et par nos frères et sœurs qui sont attentifs à sa voix ; il agit dans nos vies en nous donnant la joie, la santé, des amis, du travail, la vie… Mais beaucoup d’entre nous, au lieu d’être des « Fils de vieux » c’est-à-dire des gens qui deviennent sages et avertis au contact du Christ, nous continuons comme Juda, à boucher nos oreilles à sa voix et à fermer nos cœurs à son amour.
Puissent les grâces de cette Eucharistie nous aider à grandir un peu plus dans notre rencontre avec le Christ afin de faire un pas au-delà de Juda pour mieux ressusciter avec Jésus à Pâques !
Dieu nous entende et nous exauce. Amen !
Abbé Augustin BASSOLE, Diacre
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