Homélie du 5ème dimanche de Carême - année A - Paroisse de Kolog-Naaba
Depuis trois dimanches successifs, les évangélistes ne cessent de nous présenter des séquences où Jésus s’entretient avec des individus. Et tous ces entretiens aboutissent à une issue heureuse, une résurrection.
1. Prenons le cas du  dimanche de la Samaritaine que j’allais volontiers intituler le dimanche de la résurrection de la Samaritaine. Jésus rencontre une samaritaine et lui demande, au grand étonnement de celle-ci ,à boire. Une conversation s’installe entre les deux. Cette samaritaine, dure dans ses paroles, parce que méprisée par les juifs, déçue par la vie et par un manque d’amour véritable de la part des hommes, s’ouvre à Jésus. Grâce à son ouverture et à son sens de la vérité, Jésus la guérit de son endurcissement et de son agressivité, du poids qu’elle avait sur la conscience : le manque d’amour.
La femme est gagnée par cette délicatesse de Jésus, elle laisse là sa cruche, elle part à la ville : " Venez voir, J'ai rencontré quelqu'un qui m'a dit tout ce que j'ai fait ! ". pour cette femme , la vie a changé., elle est soulagée, elle est heureuse, elle est comprise, elle a trouvé quelqu'un qui n'a pas été rebuté par son agressivité mais qui, avec une délicatesse infinie, avec une compréhension infinie, avec une patience, une tendresse incomparables, a su l'aider à dire ce qu'elle désirait confier sans doute depuis fort longtemps, mais jusque là, elle n'avait trouvé autour d’elle que des censeurs qui la jugeaient, qui la condamnaient, mais personne à qui elle pouvait se confier. Elle repart toute contente, elle repart ressuscité. Une rencontre avec Jésus qui aboutit à la résurrection.
2. Prenons le cas du dimanche passé, le dimanche de l’aveugle de naissance que j’allais volontiers intituler le dimanche de la résurrection de l’aveugle de naissance. Jésus sort du temple rencontre un aveugle de naissance. Une parole, un entretien peut-être et il fait de la boue avec sa salive. Chose curieuse. Il commence par aveugler davantage l’aveugle, en lui mettant de la boue dans les yeux. Mais la foi de ce dernier est grande. Il se laisse faire. Et alors c’est fait. Il voit maintenant. Il est guérit de sa cécité. Il passe de la nuit au jour ; de l’obscurité à la lumière, de la mort à la vie ; Il est ressuscité comme la samaritaine. Les pharisiens essaient de l’intimider pour qu’il mente sur l’auteur de sa guérison, Jésus. Mais il reste accroché à la vérité. : "une chose est sûr, j’étais aveugle et je vois maintenant.  Je vous ai déjà dit comment Il m'a guéri, pourquoi voulez vous que je vous le redise encore,? ». Cette perméabilité à la lumière et à la vérité coûte que coûte prédisposait ce brave aveugle à recevoir, lui aussi, comme la Samaritaine, la guérison, la résurrection et enfin la révélation de Jésus sur son identité : " le Fils de l’Homme, autant dire Messie, c’est moi, moi qui te parle " et à cette révélation répond aussitôt l’acte de foi : " je le crois Seigneur ! " et il se prosterne devant lui. Une invitation pour nous à croire, à croire fermement, à nous ouvrir à Jésus et nous verrons la gloire de Dieu se manifester dans nos vies.
3. Aujourd’hui, c’est le cas de la résurrection de Lazare.
Dans l'existence mouvementée et difficile de Jésus, surtout dans les derniers temps où il était obligé de se cacher, Béthanie était son lieu de repos, l'endroit où il pouvait souffler un peu et bavarder tranquillement avec ses amis. On sait ainsi, à travers l’Evangile d’aujourd’hui que Jésus eut des amis très chers, dont deux femmes : Marthe, Marie et Lazare. St Jean dans son évangile nous le dit :"Jésus aimait Marthe et sa soeur ainsi que Lazare."

Et pourtant, malgré cette amitié pour Marthe et Marie, on voit Jésus qui tarde à les rejoindre et qui laisse donc mourir son ami Lazare sans sa présence. Car Jésus ne se laisse jamais conduire seulement par ses sentiments, mais plutôt par la volonté de son Père. Il veut donc nous dire quelque chose par là : il a attendu que Lazare meure, car il le sait, il ne vient pas nous épargner la souffrance et le deuil, mais transformer, donner un sens à l'inévitable mort, car il sait déjà que la mort ne lui sera pas épargnée non plus.
 
Remarquons en passant que  Jésus appelle presque toujours la mort un sommeil, nous invitant par là à changer notre conception au sujet de notre destin commun, la mort inévitable  La mort est un sommeil et le tombeau le lieu où l'on se repose en attendant le réveil. St Paul le souligne également quand il écrit aux Théssaloniciens " ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les emmènera avec Lui." Ou bien encore aux Corinthiens : "car le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis."

Marthe, comme la plupart des contemporains de Jésus croyait à la résurrection à la fin des temps, aux derniers jours. La nouveauté à laquelle Jésus lui demande de croire, c'est une résurrection présente :"Je suis la résurrection et la vie", affirme-t-il.
Voici donc la réponse de Dieu à l'unique et dramatique interrogation de l'homme, celle que pose à chacun de nous le face-à-face avec la mort. "Qui croit en moi, même s'il meurt vivra" : notre credo est simple et court : nous croyons en Jésus de Nazareth, mort et ressuscité. C'est le noyau central de la foi chrétienne.
 
Mais en attendant de mourir, il nous reste à vivre cela, à croire cela. Car pour quelqu'un qui croit au ressuscité, il n'est plus possible de mener une existence sans amour, sans espérance, sans joie partagée. Notre vie animée par la foi et la confiance en Celui qui est vivant, est pleine de résurrection, pleine de vie, pleine de joie.

Jésus leur dit :"déliez-le et laissez-le aller". C’est à nous que s'adressent ces dernières paroles de Jésus. Nous passons sans cesse de la mort à la vie. Sans cesse, nous avons à vivre ces passages quotidiens de la mort à la vie quand l'échec, la maladie, la perte d'un travail ou un deuil deviennent une occasion de nous relever et repartir. La résurrection dont nous parle Jésus n'est pas celle de Lazare, revenir à la vie que l'on avait avant de mourir, mais c'est passer à une vie toute autre et ce passage, ce transfert est déjà commencé.

Nous sommes en cours d'humanisation et ce sont nos décisions qui contribuent à faire de nous des hommes. Et comme on ne peut pas à la fois se donner et se garder pour soi, c'est en mourant à notre égoïsme que nous passons à la vie divine, à une nouvelle naissance.

"Déliez-le et laissez-le aller" : un  message de Jésus aujourd'hui. Une invitation à vivre pleinement, à vivre mieux ce qu'on a vécu jusqu'à présent, à vivre libre de toutes nos bandelettes, de nos linceuls,  à réinventer l'espérance pour les hommes d'aujourd'hui.
 
"Déliez-le et laissez-le aller". Dans la poussière de nos chemins d’hommes, de femmes, de chrétiens, meurtris par les pierres et griffés par les buissons, nous tendons toutes les fibres de notre corps pour nous hisser lentement sur nos genoux en sang. À travers la saleté, la sueur et les larmes qui brouillent notre vue, nous plongent dans le silence du cimetière, nous apercevons Jésus qui soulève gentiment la pierre de notre tombeau pour nous ressusciter à la vie. Aussi faut-il être attentif à sa main secourable. « Si tu crois, tu feras la gloire de Dieu ». 
 
"Déliez-le et laissez-le aller". Quand la terre tremble, quand le ciel devint noir et quand des fentes apparaissent dans le sol, nous laissant sur un terrain mouvant et croulant, souvenons-nous qu’il est là, celui qui ressuscite Lazare, délie les morts et les laisse partir.  
 
"Déliez-le et laissez-le aller". Oublié. Apparemment abandonné par Dieu lors de nos plus grands tourments. Lorsque les ténèbres de notre douleur nous enveloppent et que notre âme implore un signe de résurrection, où donc est l’ami de Lazare ? Notre corps et notre esprit sont épuisés par le fardeau de la vie. L’agonie de notre détresse, l’angoisse de notre quotidien nous plonge dans la mort du désespoir. Nos rêves et nos espoirs s'écroulent dans la poussière, comme s'ils avaient été mangés par les termites. Perplexes et déroutés, nous voudrions désespérément que ces lugubres moments prennent fin et notre cœur souffre au souvenir des temps meilleurs. L’ami de Marthe, Marie et  Lazare semble tarder à venir à notre secours. Il semble loin. Mais courage et persévérance. Entre la mort et la résurrection, il nous faut aussi attendre. « Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ».
 
D'immenses bienfaits spirituels nous attendent si nous croyons que Jésus est le Christ, l'Enfant bien-aimé de Dieu. " Tomber en amour avec Dieu fait naître la plus belle des romances ; Le chercher est la plus grande des aventures ; Le trouver favorise le plus grand rendement humain ».
 
Déliez-le et laissez-le aller. Ici et là dans le monde entier, des voies angoissées appellent Dieu qui semble s'être retiré de leur présence. Des cris lugubres qui attendent une résurrection quelconque de la part de l’ami de Marthe, Marie et Lazare. Ces cris, ce sont des enfants orphelins, des enfants affamés, des enfants tués dans les guerres civiles, rejetés par leurs parents.
 
Ces cris, ce sont les malades désespérés dans les hôpitaux, les sans emplois, les surexploités et les sous-exploités injustement dans les services. Ils attendent la résurrection d’entre les mains du désespoir.
 
Ces cris, ce sont des femmes pour qui 8 mars n’a aucun sens, parce qu’elles sont acculées par toutes sortes de travaux pénibles, trahies par leur maris, victimes de discriminations sociales, sexuelles, bafouées et aliénées dans leur dignité. Elles attendent d’être ressuscitées de la mort de l’injustice sociale. Bonne fête du 8 mars aux femmes, à nos mères, à nos sœurs ?  
 
Puisse Dieu agréer notre prière de ce jour. Puisse-t-il  combler nos aspirations nobles et profondes et nous faire connaître la splendeur de notre propre résurrection quotidienne. Nous lui demandons lui le ressuscité et la résurrection, maintenant, aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles. 
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