I.    Fonction et message des prophètes

Beaucoup de choses peuvent être dites sur les prophètes. Pour ce qui nous concerne ici, il s’agit de donner les grands traits de la fonction et du message des prophètes.

Mais avant d’aborder ces deux aspects à proprement parler, jetons un regard sur les genres littéraires des prophètes.

 

 

 

1.    Genres littéraires des prophètes

 

-On distingue deux grands genres littéraires chez les prophètes : ce sont les Récits, et les Oracles.

Les récits : dans ce genre, on peut distinguer les récits biographiques et les récits autobiographiques, les anecdotes et les récits de vocation.

Les Oracles : ce sont des déclarations solennelles au nom de Yahvé pour  annoncer un évènement triste ou joyeux qui est imminent. On a les oracles de jugement contre un individu ou une nation ; les oracles de salut…

 

-Il y a aussi des genres mineurs tels les lamentations (Jr2, 31+) ; les eschatologies (Is24 – 27) ; les confessions (Jr11,18+), les liturgies (Is24 – 27) ; les hymnes (Is44 ; 45)…

 

2.    Fonction des prophètes

Trois éléments essentiels constitueront ce point, à savoir la fonction d’ambassadeur, celle de médiateur et enfin celle de conscience du peuple.

a.    Définition

La définition du nom «  prophète », pour qu’elle soit bonne, doit venir des termes utilisés dès le début du phénomène. Ainsi, prophète vient du mot hébreu ‘‘Nabi’’ (dont la traduction diffère selon les écoles)(1R13, 18). Il est dit aussi « homme de Dieu » (1R13) ; ou gardien du peuple (Ne2, 1), ou encore guetteur (Os9, 8) ou encore visionnaire (1S9, 9)…

b.    Le prophète comme ambassadeur de Dieu au sein d’Israël

Le prophète est très conscient que la parole qu’il dit n’est pas la sienne même si elle sort de sa bouche (Am1, 1-2). Il sait et s’exprime à la fois en signe et symbole parce qu’instrument dont Dieu se sert au milieu de son peuple. Plus fort encore, il est la « bouche de Dieu » qui parle à son peuple en tout temps, à cœur ou à contrecœur (Jr1, 7-10). Lui-même est souvent déçu de ce qui se passe puisque Dieu n’agit pas toujours en suivant sa parole (l’exemple de Jonas est patent). Le prophète est donc le représentant  authentique de Dieu dans le peuple d’Israël. Il redresse, corrige, rectifie, étonne etc. Mais il console aussi de la part de Dieu. Mieux encore, il dit le vrai visage de Dieu, un Dieu qui n’aime jamais les injustices et les infidélités mais aussi très doux et miséricordieux.

 

c.    Le prophète comme médiateur entre Dieu et son peuple

Comme nous venons de le préciser ci-dessus, le prophète rappelle l’alliance que Dieu a scellée avec Israël et il exige le respect de cette alliance en fustigeant toute idolâtrie et toute infidélité à Dieu. En même temps qu’il dit au peuple la parole qu’il reçoit de Dieu, en même temps il porte à Dieu les désirs du peuple. Car il est le « Shomer » (gardien du peuple). Il veille sur la loi et les commandements. Il s’affiche contre toute immoralité, tout manquement religieux et toute injustice politique. Il est le pont qui relie le peuple à son Dieu parce qu’il connaît la volonté de Dieu et les actions du peuple. Il sait ce qui plaît à Dieu et l’exige vis-à-vis du peuple de sorte que le lien établi à l’alliance ne soit pas rompu par les manquements du peuple.

 

d.    Le prophète comme conscience du peuple d’Israël

Le prophète par sa présence interroge perpétuellement les individus et le peuple entier. Il pose question aux dirigeants et aux chefs religieux. Il inquiète les faux prophètes et suscite la conduite qui convient. Il fait appel au passé pour interpréter le présent. Il prédit l’avenir pour corriger le présent. En tout temps, sa présence ne laisse personne indifférent. Il est comme la conscience des individus et celle du peuple : il présente la condamnation à ceux qui vivent dans la débauche afin d’obtenir une meilleure façon de vivre.

Il est l’assurance des fidèles de Yahvé. C’est lui qui défend leur cause et leur donne la meilleure connaissance de Dieu. En cela, son rôle est un rôle de guide et d’éclaireur. Il est le ‘‘Shomer’ c'est-à-dire ‘‘le gardien du peuple’’ et il est le ‘‘Tsopheh’‘ c'est-à-dire le ‘‘guetteur’’.

 

3.    Message des prophètes[1]

Le message des prophètes touche plusieurs points de la vie du peuple d’Israël. Nous retiendrons trois moments, à savoir la dimension sociale et politique du message, la dimension religieuse et la dimension corrélative Vie-Message.

a.    Dimension sociale et politique

Comme dit auparavant, le prophète est ambassadeur et intermédiaire entre le peuple et Dieu. Ce qui sort de sa bouche vient de lui sans être de lui. Son message consiste avant tout à la défense de l’Alliance et de la tradition.

A cette principale tâche s’ajoute la dimension sociale du message. Le prophète condamne la maltraitance et les injustices envers les pauvres, les veuves, les orphelins et les étrangers (Am2, 6). Il n’hésite donc pas à montrer l’insouciance des riches opulents (Am3, 2). Il accuse alors tous ceux qui sont responsables de la loi parce que ceux-ci ne l’appliquent pas avec équité quand ils ne donnent pas faveur aux démunis et aux faibles.

Le prophète s’évertue à montrer aux autorités politiques que seul Dieu est suprême et est digne d’honneur. Il condamne tous les abus de pouvoir sans hésitation aucune (1R21, 17-22).

b.    Dimension religieuse

La première tâche du prophète dans cette dimension religieuse est la défense du vrai culte.

Il affirme l’Unicité de Dieu (Shema Yisraël, Adoshem elekenou, Adonaï Ehad : écoute Israël, le Seigneur est notre Dieu, le Seigneur est Un) Dt6, 4 ; cette idée est également présente en Is46, 1-13 ; 44, 6-8. Le prophète combat donc toute prostitution du peuple quand celui-ci s’éloigne de son Dieu par détournement ou par le syncrétisme (Os2, 7-15 ; 10, 13). Il encourage à demeurer dans la fidélité à Dieu qui est un Dieu jaloux (Ez39, 25).

En même temps qu’il parle du Dieu d’Israël, en même temps il révèle que ce même Dieu est universel : c’est l’élection d’Israël et en même temps l’universalité qui est exprimée (Jr5, 19 ; Is2, 2-4). Si Israël a été infidèle de plusieurs manières, un petit reste demeurera fidèle  et par ce « petit reste », le salut atteindra tout l’univers (Is4, 3+).

c.    Vie-Message ou actions symboliques

Ce qui est très fort à constater dans le message des prophètes, c’est que bien des fois, le message se transmet de façon très pertinente à travers la vie du prophète. Message et vie sont tout à fait conformes pour celui qui est envoyé par Dieu. Le message s’incarne dans la vie du prophète et porte ainsi plus loin. Isaïe et ses deux fils seront des signes pour le peuple (Is8, 18). Osée épouse une prostituée pour montrer la grande affection que Dieu a pour son peuple infidèle (Os1 – 3). Quant à Jérémie, c’est plutôt son célibat qui parle (Jr16, 1-9). Ezéchiel, lui, enseigne par son veuvage (Ez24, 15-17).

Ces actions symboles ne sont pas imaginés :

 - Dieu donne l’ordre d’agir, de poser tel geste

 - Le prophète accomplit cet ordre

 - Et il interprète le symbole (Is20, 2-4 ; Os1. 3. ; Jr13, 1-11…)

Enfin, le message des prophètes laisse entrevoir un règne futur qui serait parfait. Il y a une ouverture sur la réalisation de la promesse divine : la venue du Messie prêtre, prophète et sauveur (Is52, 13-53).



[1] Nous nous sommes inspirés du Vocabulaire de Théologie Biblique, article « prophètes » où vous trouverez des notes intéressantes.

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