Introduction

            La réalisation fondamentale de l’homme qui est la recherche de son bonheur, n’est pensable que s’il met en œuvre ses propres potentialités. Toutefois combler un désir et assouvir ses besoins signifie prendre une décision pour atteindre ce but. La théologie morale fondamentale a justement pour rôle de canaliser tous les efforts de l’homme dans cette réalisation. Aussi les conditions de l’imputabilité (I), la conscience et les principes du jugement de la conscience comme norme droite de l’agir humain (II), la formation de la conscience (III), les lois naturelles, divines positive et humaine (IV) aideront-ils à déterminer les balisent qui normalisent le comportement moral de l’homme.

 

I/ La moralité et les conditions d’imputabilité de l’acte humain

 

A. Moralité de l’acte humain

 

1. Définition de l’acte humain

            Selon Saint Thomas, tout acte posé par l’homme (actus hominis) n’est pas forcément un acte humain (actus humanus). En effet on parle d’acte humain pour désigner l’acte librement choisi par suite d’un jugement de conscience. Aussi permet-il de reconnaître en l’homme un être spécifique de raison, de volonté et de liberté. De ce fait, l’acte humain libre exprime et détermine la bonté ou la malice de celui qui l’accomplit en le constituant père de ses actes.

 

2. Les sources de la moralité

            L’objet, la fin visée (intention) et les circonstances sont les éléments constitutifs de la moralité de l’acte humain.

 

a. L’objet C’est ce sur quoi porte l’action, la matière (chose ou personne) et comprend aussi les moyens mis en œuvre pour réaliser cette action. L’objet peut être bon, mauvais, indifférent, s’il n’est pas justiciable de la règle morale. Exemple : soustraire un bien à quelqu’un est l’objet d’un vol.

 

b. La fin L’intention et la fin confèrent à l’acte humain toute sa forme morale.

- L’intention (intentio = action de diriger) est l’acte intérieur qui résulte d’une délibération (intelligence) et d’un consentement (volonté). Cet acte en puissance peut tourner court (rester à l’intérieur) ou connaître une concrétisation extérieure. L’intention porte en germe soit la bonté, soit la malice de l’acte complet. Ainsi l’objet peut être bon, mais si l’intention est viciée, l’acte devient mauvais (ex : faire de l’aumône par vanité). L’intention seule ne suffit pas pour apprécier la moralité d’un acte posé ; elle est un mouvement vers la fin.

- La fin : (finis = limite) est le projet final de l’intention. Elle est l’élément capital pour qualifier moralement un acte. Aussi, quelque soit la particularité de cette fin, elle doit être conforme à la finalité ultime de la vie et de la vocation de l’homme. La fin est le but poursuivi dans l’action. Elle ne se limite pas à la direction de nos actions, mais peut ordonner vers un même but, des actions multiples. . Mais la fin ne justifie pas les moyens ; il existe des actes intrinsèquement mauvais. De ce fait on ne saurait légitimer la condamnation d’un innocent pour sauver le peuple (cf. CEC, n° 1752-1753).

 

c. Les circonstances et les conséquences

            Elles sont des éléments secondaires d’un acte moral. Elles portent sur la quantité (le montant d’un vol), le lieu (public ou privé), le temps, la manière, la cause finale (en vue de quoi) , le moyen utilisé, etc. Elles contribuent, d’une part à aggraver ou à diminuer la qualité morale de l’acte posé, et, d’autre part, à atténuer ou à augmenter la responsabilité de l’agent. Mais elles ne modifient pas en soi la qualité morale des actes humains, elles ne peuvent rendre ni bonne ni juste une action mauvaise en elle-même.

 

B. Conditions d’imputabilité de l’acte humain

 

1. Les conditions subjectives (liées à la personne)

Ce sont des critères indispensables pour rendre un homme responsable ou non de ses actes.

 

a. La raison ou élément cognitif : il s’agit de l’intervention  de la raison humaine dans le comportement humain. Là où il n’y a pas de connaissance de bien on ne peut parler ni de liberté humaine ni de responsabilité. L’on a donc besoin de connaître les valeurs (le bien, le vrai, le bon) afin d’agir librement, car la liberté morale suppose la connaissance rationnelle du bien. Cet élément cognitif comprend l’advertance, la délibération et la maîtrise (contrôle de l’action).

 

b. La volonté (personnelle) : élément essentiel de l’acte humain, elle détermine le consentement de l’individu. Elle est intégrée dans de la personne humaine. C’est pourquoi elle exprime la totalité de l’action humaine (dimension affective, intellectuelle et exécutive) d’une perspective d’engagement et de responsabilité. Quelques facteurs peuvent modifier son imputabilité :

- la convoitise qui est le désir immodéré d’une chose. Captivante, elle trouble l’âme et aveugle la raison.

- La crainte qui diminue l’imputabilité de l’acte. Elle l’annule, si cet acte suppose une entière liberté (consentement matrimonial).

- La violence qui est une pression psychique, physique ou verbale exercée sur une personne. Dans certains cas, elle annule l’exercice de la liberté et de la volonté. L’acte ainsi posé n’est pas moralement imputable à son auteur.

 

c. La liberté : elle s’enracine dans la raison et la volonté. Permettant à l’homme de choisir et d’agir délibérément, elle le rend responsable de ses actes. Les passions et les habitudes déterminent l’indépendance et l’autonomie du libre arbitre, cette faculté qu’a l’homme de se déterminer par la raison et la volonté.

- Les passions : ou sentiments, désignent les émotions ou mouvements de la sensibilité, qui inclinent à agir ou à ne pas agir en vue de ce qui est ressenti ou imaginé comme bon ou mauvais. Les passions, en elles-mêmes, ne sont ni bonnes ni mauvaises. Elles ne reçoivent de justification morale que dans la mesure où elles relèvent effectivement de la raison et de la volonté. Les passions peuvent être assumées dans les vertus ou être perverties dans les vices.

- Les habitudes : ce sont des dispositions stables (acquises par des actes inlassablement répétés ou infuses- la vertu ou la grâce qui développent le pouvoir de nos facultés et nous rendent capables :

Des actions de qualité (cf. les bons habitus = vertu) ;

Des actions qui diminuent l’engagement moral (l’habitus mauvais = vices)

- Les vertus : dispositions fermes et habituelles à faire le bien.

- Les vices : dispositions habituelles et fermes à faire le mal. C dispositions perverses obscurcissent la conscience et corrompt l’appréciation concrète du bien et du mal. Les vices peuvent être rangés d’après les vertus qu’ils contrarient ou rattachés aux péchés capitaux (orgueil, l’avarice, l’envie, la colère, l’impureté, la gourmandise, la paresse ou l’acédie) car ils engendrent d’autres vices, d’autres péchés.

 

d. Les maladies mentales : portant atteinte au bon fonctionnement des activités de l’esprit et de la volonté, elles enlèvent toute imputabilité des actions morales aux patients mentaux, dans la mesure où ils n’ont plus le plein usage de la liberté. Mais cette imputabilité morale de l’acte va en proportion de la diminution de la liberté et de la raison. A ce propos, la psychose, trouble grave qui transforme l’ensemble de la personnalité vers un type morbide, enlève en grande partie la responsabilité car tout l’exercice de la liberté qui est perturbé. La névrose par contre, qui est un trouble psychique moins grave ne touchant que partiellement la personnalité, enlève partiellement la responsabilité dans le secteur qu’elle affecte.

 

2. Les conditions objectives (liées à l’acte lui-même)

            L’objet spécifie et qualifie moralement l’acte humain. Ainsi donc la moralité de acte humain dépend avant tout fondamentalement de l’objet raisonnablement choisi par la volonté délibérée. Ainsi l’acte moralement bon, suppose à la fois :

la bonté de l’objet : l’objet du choix peut à lui seul vicier l’ensemble d’un agir. Ex : l’adultère ou la fornication

la bonté de la fin : une fin mauvaise corrompt l’action, même si l’objet est bon en soi. Ex : faire l’aumône par pure vanité.

            Il est donc erroné de juger de la moralité des actes humains en ne considérant que l’intention qui les inspire ou des circonstances. Tout acte directement voulu est imputable à son auteur. C’est le principe du volontaire ne cause. Toutefois, pour que le volontaire soit imputé dans la cause il faut que l’effet mauvais soit suffisamment prévu, que la cause soit volontairement admise et qu’il existe une liaison causale (physique ou morale) entre cause et effet.

            Par ailleurs, l’effet mauvais n’est pas imputable s’il n’a été voulu ni comme fin ni comme moyen de l’action. Par exemple la mort reçue en portant secours à une personne en danger. Pour que l’effet mauvais soit imputable, il faut qu’il soit prévisible et que celui qui agit ait la possibilité de l’éviter, par exemple le cas d’un homicide commis par un conducteur en état d’ivresse. (CEC, n° 1737)C’est ce qu’on appelle la règle de la cause à double effet.

            Pour conclure, l’imputabilité et la responsabilité d’une action peuvent être diminuées, voire supprimées par l’ignorance, l’inadvertance, la violence, la crainte, les habitudes, les affections immodérées et autres facteurs psychiques et sociaux. (cf. CEC, n° 1735)

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