II/ La conscience morale

 

                        A. Définition (nature)

            Le terme conscience a plusieurs sens. Globalement elle exprime deux réalités différentes : le fait d’être conscient (conscience psychologique) et le fait d’être responsable (conscience morale).

 

1. La conscience psychologique

            Elle consiste au fait que l’homme a la connaissance plus ou moins claire de son existence et de celle du monde. Sans elle il est comme une pierre, un arbre, ou tout autre objet.

 

2. La conscience morale

            Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donné lui-même, amis à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur. C’est une loi inscrite par Dieu dans le cœur de l’homme. La conscience morale est le centre le plus secret de l’homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où Sa voix se fait entendre (CEC n° 1776). C’est encore elle qui nous fait ressentir satisfaction ou remord après un acte bon ou mauvais. On peut retenir quelques traits essentiels de la conscience morale :

            La conscience est une fonction de la personne et pour la personne. Elle n’est avec Dieu à travers le Christ et agit comme ça mais  dans le mystère du Christ, que nous propose l’Eglise dans l’Esprit Saint.

            La conscience est fonction de l’unité et de la lucidité de la personne. Pour B. Härring, elle est tout à fait une en elle-même, et se tient dans la vérité, le bien et l’unité, car créée à l’image du Dieu vivant.

            La conscience est la personne elle-même. L’homme est l’image de Dieu et ainsi il est capable de savoir lire sa volonté dans la nature et dans la création. La conscience n’est donc pas fonction de la science (science morale).

 

            En définitive retenons que la conscience morale et psychologique sont indifférentes à cause de leur objet, mais ne sont pas contradictoires, il ne faut donc pas les séparer comme deux réalités irréductibles. La conscience morale suppose la conscience psychologique mais la première n’a pas besoin de le seconde pour être, bien qu’elle y trouve son point culminant dans une sorte de prolongement et surtout d’achèvement. De fait la conscience psychologique est une conscience-témoignage, elle témoigne de la présence des fonctions du Moi et la conscience morale est une conscience-juge, elle ajoute le caractère d’obligation, qui compromet le Moi.

 

            B/ Les conditions d’agir de la conscience

            Pour que le fonctionnement de la conscience soit parfait il faut qu’elle agisse avec rectitude (droiture), vérité et certitude.

 

1. La rectitude de la conscience

            La conscience droite agit avec authenticité d’une manière cohérente et essaie de chercher l’écho de Dieu dans son intérieur et dirige son action dans ce sens. Comme norme nécessaire du comportement, l’homme a besoin de la conscience droite pour agir correctement. Il peut toutefois exister une conscience vraie ou une conscience droite fausse ou erronée.

 

2. L a vérité de la conscience

            La conscience vraie est celle qui est conforme à la vérité qui est conforme à la vérité objective. Dans ce cas, il existe une adéquation entre la vérité subjective (rectitude) et la vérité objective (la vérité). Cette conscience ne souffre pas la liberté de conscience dans ce cas on l’entend comme possibilité de rechercher ou de ne pas rechercher la vérité objective. Il y a donc obligation à rechercher la vérité objective pour l’intérioriser de sorte  ce q’elle soit la norme de l’agir humain.

 

3. La certitude de la conscience

            Il s’agit de l’évidence certaine qu’a la conscience subjective de la vérité objective. Parce que la conscience doit agir avec certitude, il est obligation de chercher et de former une conscience certaine. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’avoir une certitude physique ou métaphysique, la certitude morale suffit. Autrement dit cette certitude a lieu dans le cas où le sujet n’a aucun motif raisonnable  de douter de son évaluation, de la valeur ou des circonstances de son acte. Ainsi, la conscience droite et certaine est la norme de l’agir moral et nul ne doit agir dans le doute.

 

C/ Les principes du jugement de la conscience morale

            Le jugement pratique de la conscience étant complexe devant certains cas, il est nécessaire de recourir à des principes moraux.

 

1. La conscience : une norme intériorisée de la moralité

C’est l’une des nobles définitions de la conscience morale.

            La conscience est une norme parce qu’elle possède une force normative et toute action humaine se réfère à elle pour être qualifiée moralement. D’une part, cette force normative manifeste la valeur objective en relation avec une situation concrète (G.S. n°16). D’autre part, elle est une force autoritaire (obligatoire. Ce dernier aspect clarifie non seulement la situation personnelle à la lumière de la valeur objective, mais il oblige et engage aussi la personne. En somme la conscience est obligatoire parce qu’elle est l’écho de la voix de Dieu, elle est comme sa présence en l’homme.

            La conscience est une norme intériorisée, car elle est la norme de la moralité par laquelle passent toutes les évaluations morales des actes humains toutefois, elle n’est pas autonome et elle ne crée pas moralité, même si elle possède un rôle de manifestation et d’obligation. Ainsi, elle ne fait pas le bien et le mal mais exerce une fonction de médiation entre la valeur objective et l’agir de la personne.

 

2. Sens et fonction des principes moraux

            Le jugement moral est un acte mental qui permet de discerner la valeur morale d’un acte humain. Ce raisonnement s’achève par la formulation d’un principe qui oriente le comportement humain responsable.

            Les principes moraux possèdent donc une double fonction à savoir : enregistrer (archiver) l’expérience éthique et d’orienter (diriger) l’agir moral. Ils se situent entre le formalisme vide et la rigidité fermée. Il doivent être entendus comme les directions de valeur, à travers lesquelles l’expérience éthique archivée aide mais n’annule pas la décision originale d’un individu dans une situation concrète. Dans leur formulation on doit tenir compte des exceptions, des imprévus, des situations limites, etc.

 

3. Analyse des principes moraux

            On distingue deux types de principes : les principes généraux qui se présentent avec un caractère global ou universel et les techniques qui s’appliquent aux situations singulières.

 

- Quelques principes généraux

La règle d’or : "Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le pour vous-mêmes pour eux." (Mt 7, 12)

Il n’est jamais permis de faire le mal pour qu’il résulte le bien. Ce principe contredit celui machiavélique : "Si bonum est totum bonum." (Si la fin est bonne, tout est bien)

La charité passe toujours par le respect du prochain et de sa conscience.

Le principe apriorique de la scolastique : "fais le bien, évite le mal !"

Le principe stoïcien : "Agis conformément à la nature"

Le principe kantien : "Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen."

Le principe de l’éthique rationnelle : "Agis de telle manière que ta décision corresponde à la préférence rationnelle ou à l’observateur impartial."

Le principe préférentiel (trois préférences) : - Vivre est préférable à non-mourir- Etre libre est préférable à être esclave- L’égalité entre les êtres humains est préférable à l’inégalité.

 

- Les principes dits techniques

Le principe du volontaire en cause : l porte sur un effet ou un méfait non voulu directement mais qui était prévisible  quant à la cause. Dans ce cas pour que le volontaire soit imputé dans la cause, il faut que l’effet soit suffisamment prévu, que la cause soit volontairement admise et qu’il existe une liaison causale (physique ou morale) entre cause et effet. Ex : le conducteur aux freins défectueux qui provoquent un accident)

La règle de la cause à double effet : il est permis de poser une action qui produise simultanément un effet bon et un effet mauvais. Pour ce faire ul faut que l’action soit bonne ou indifférente, que l’effet bon ne se produise pas à travers du mauvais, que se recherche l’effet uniquement bon, que le mauvais ne soit que permis et toléré et qu’il existe un motif suffisant pour la cause et une égale proportion (tout au moins) entre les effets.

Le principe de totalité : Souvent utilisé par Pie XII, ce principe se fonde sur le rapport de subordination qui existe entre les parties d’un tout et le tout lui-même. Le tout peut exiger le sacrifice de l’une ou l’autre partie pour sauvegarder son intégrité. Dans ce cas on tiendra compte de la hiérarchie des valeurs et de la dignité de la personne humaine. Ce principe est très utile dans le domaine de la santé mais demeure dans une perspective casuistique (à juger au cas par cas).

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