III/ Formation de la conscience, loi naturelle et loi divine, vie morale et magistère de l’Eglise

 

A/ La formation de la conscience

 

1. La recherche de la certitude morale

            Parce que nul ne doit agir avec une conscience douteuse, il est nécessaire d’éliminer le doute. Ce changement du doute en certitude morale doit se faire à travers l’utilisation des principes réfléchis ou d’action. Il s’agit de principes raisonnables (de prudence) qui sont valables pour tous les domaines de l’agir moral et qui éclairent d’une manière indirecte une situation déterminée (c’est pourquoi on les appelle réfléchis). Les principes réfléchis ou d’action ont été systématisés par la morale casuistique de la manière suivante :

 

Principes dans doutes de droit :

- La loi douteuse qui concerne l’existence ou la promulgation d’une loi n’oblige pas ;

Mais la loi douteuse, quant à sa cessation oblige toujours.

Principes dans des doutes de fait :

- Si le doute porte sur une action qui introduit une obligation légale, la liberté prévaut.

- Si le doute retombe sur un fait duquel dépend la cessation d’une loi ou d’une obligation, la loi et l’obligation prévalent.

- Si le doute retombe sur la réalité de la collision des lois et des droits, la loi oule droit le plus important prévaut.

 

2. Le cas de la conscience erronée

            La conscience invinciblement erronée : elle est dans une ignorance dont le sujet n’est pas conscient et dont il ne peut sortir par lui-même (V.S. n°62). L’ignorance invincible n’est pas coupable. Dans ce cas la conscience ne perd pas sa dignité et sa valeur obligatoire. Elle est de fait une règle prochaine de la moralité (elle oblige). En effet tout en orientant sur un sens qui s’écarte de l’ordre moral objectif, elle ne cesse de parler au nom de la vérité sur le bien que le sujet est appelé à rechercher sincèrement (V.S.n° 62).

            La conscience vinciblement erronée (de mauvaise foi, coupablement erronée) : la conscience est dite vinciblement erronée lorsque le sujet se trouve dans une ignorance coupable. Cette ignorance peut être entretenue volontairement. C’est le cas de celui qui ne veut pas savoir. L’ignorance coupable peut être aussi l’effet d’une négligence plus ou moins grande à s’informer. C’est dans ce sens que l’ignorance de la loi n’excuse pas. Il en va ainsi lorsque l’homme se soucie peu de rechercher le vrai et le bien et lorsque l’habitude du péché rend presque la conscience aveugle. (G.S n° 16). Le mal commis à cause d’une ignorance vincible est imputable à celui qui le commet. C’est pourquoi, Saint Thomas affirme que si la conscience se trompe volontairement, soit directement, soit indirectement, par une erreur portant sur ce qu’on est tenu de savoir, une telle erreur n’excuse pas du mal mais la volonté qui agit conformément à cette conscience erronée.  D’oùla nécessité de former la conscience.

 

3. Le devoir de former sa conscience (discernement moral)

            L’éducation ou la formation de la conscience est indispensable du fait que l’homme est le sujet de certaines influences négatives. Ainsi, chaque homme a le grave devoir d’informer sa conscience et d’éclairer son jugement ou son discernement moral (cf. Rm 12,2 ; Ph 1,9-11). Le discernement n’a pas pour objet ni une loi, ni un ensemble de principes abstraits, mais la recherche de la volonté de Dieu. Celle-ci n’est pas une réalité évanescente mais la découverte à travers la recherche de ce qui est bon, ce qui est parfait, ce qui est capable de plaire à Dieu (cf. Rm 12,2). Ainsi, c’est le cœur tourné vers le Seigneur et vers l’amour du bien qui est la source des jugements de la conscience. Il doit donc exister une sorte de connaturalité entre l’homme et le bien véritable, sa conscience devant alors découvrir et observer la loi naturelle et la loi divine.

 

B/ La loi naturelle, la loi divine positive et la loi humaine

1. Définition de la loi

Du latin lex, legis, la loi traduit une règle, une prescription établie par une autorité souveraine compétente, applicable à tous, et définissant les droits et les devoirs de chacun, en vue du bien commun. Une loi est dite positive lorsqu’elle est effectivement promulguée dans une société (vie pratique des hommes), qu’elle assure la sauvegarde des institutions et pourvoie dans une mesure suffisante, au bien commun.

2. La loi naturelle

C’est l’ensemble des règles de conduite fondées sur la nature même de l’homme ; elle exprime le sens moral originel qui permet à l’homme de discerner par la raison ce que sont le bien et le mal, la vérité et le mensonge. Elle est dite naturelle non pas en référence à la nature des êtres irrationnels, mais parce que la raison qui l’édicte appartient en propre à la nature humaine (cf. CEC n° 1955).

3. Immuabilité et universalité de la loi naturelle

Présente dans le cœur de chaque homme et établie par la raison, la loi naturelle est universelle et immuable.

Immuable, car dans la diversité des cultures, cette loi demeure comme une règle reliant entre les hommes et leur imposant, au-delà des différences inévitables, des principes communs (CEC n° 1957).

Immuable et permanente à travers les variations de l’histoire : elle subsiste sous le flux des idées et des mœurs et en soutient le progrès. On ne peut ni la détruire ni l’enlever du cœur de l’homme, même si l’on renie jusqu’à ses principes (CEC n° 1958).

4. Loi divine positive et humaine

a. Loi divine positive ou révélée

Cette loi s’inscrit dans la trame de l’histoire du salut : Ancienne Alliance (Loi mosaïque ou Torah) et Nouvelle Alliance (Loi nouvelle ou loi évangélique).

La Loi ancienne contient des prescriptions morales résumées dans le Décalogue (Ex 20, 1-17 ; Dt 5, 6-22) et qui rappellent les exigences fondamentales de la conscience humaine. Cette loi présage l’œuvre de la libération du péché qui s’accomplira avec le Christ.

La loi Nouvelle ou loi évangélique est l’œuvre du Christ : elle s’exprime dans le Sermon sur la montagne (Mt 5, 1-12) et tient particulièrement dans le commandement nouveau de Jésus, de noua aimer les uns les autres, comme lui nous a aimés (Jn 13, 34 ; 15, 12). La loi évangélique accomplit, affine, dépasse et mène à la perfection la loi ancienne ; elle est une loi d’amour, de grâce et de liberté (cf. Mt 5, 17 ; Jc 1,25). La loi nouvelle comporte aussi des conseils évangéliques qui manifestent la plénitude vivante de la charité.

b. La loi humaine

Dans les sociétés humaines, tous les éléments importants de la vie communautaire –état civil, école, mariage, propriété, travail, succession…- sont réglés par des lois humaines. Celles-ci sont dites humaines parce qu’ayant pour objet l’homme et ses comportements individuels et collectifs, passés et présents. Elles obligent en conscience et visent trois éléments essentiels : le respect de la personne en tant que telle, le bien-être social et le développement de la société. On distingue de ce fait, les lois civiles et les lois ecclésiastiques :

Les lois civiles sont celles qui sont édictées par le législateur pour préciser et régir le vivre-ensemble. Elles portent un caractère social et politique. Social, car la société est une donnée humaine essentielle et c’est en son sein que l’homme s’épanouit, apprend à vivre avec autrui. Politique, parce que conformément à la nature sociale de l’homme, (le bien commun).

Les lois ecclésiastiques concernent la vie des fidèles dans l’Eglise. On les trouve consignés dans le Code de droit canonique, de droit liturgique, l’enseignement des papes et des évêques. L’esprit de ces lois est de favoriser, à travers une discipline emprunte de charité, l’éclosion d’une vie nouvelle axée sur les exigences de la foi chrétienne. Cet esprit de charité anime la vie morale chrétienne et lui donne un sens nouveau, celui de tendre dans toute décision, à aimer Dieu comme Père et à l’aimer dans ses fils que sont tous les hommes.

 

B. Du comportement requis des fidèles par le Magistère

1. Le Magistère de l’Eglise

a. Le Magistère désigne d’abord l’ensemble de ceux qui, détenant l’autorité au nom du Christ, ont la charge d’interpréter de façon authentique la parole de Dieu écrite ou transmise. Il s’agit ici de l’évêque de Rome, des évêques en communion avec lui, des congrégations romaines, etc.

b. Le Magistère désigne aussi les enseignements et les directives donnés par les pasteurs sous différentes forme au nom de la foi en Jésus-Christ : conciles, synodes, exhortations, encycliques, lettres pastorales (…) par rapport à la fonction d’enseignement qu’ils exercent dans l’Eglise. On distingue de ce fait :

 Le Magistère ordinaire : celui exercé couramment par la pape, les évêques ainsi que leurs délégués. Il est dit ordinaire parce qu’inhérent à leur office.

Le Magistère extraordinaire est celui exercé par le pontife romain quand, en tant que pasteur et docteur suprême de tous les fidèles, il proclame un point de doctrine touchant la foi et les mœurs. Du fait même de sa charge, il jouit ici du charisme de l’infaillibilité (CEC n° 890). Ce privilège réside aussi dans le corps des évêques quand ils l’exercent en union avec le successeur de Pierre surtout dans un concile œcuménique (LG 25).

 

2. Les fidèles du Christ

« Les fidèles du Christ sont ceux qui, en tant qu’incorporés au Christ par le baptême, sont constitués en peuple de Dieu et qui, pour cette raison, participant à leur manière à la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, sont appelés à exercer, chacun selon sa condition propre, la mission que Dieu a confiée à l’Eglise pour qu’elle l’accomplisse dans le monde. » (CEC n°871). Il y a trois catégories de fidèles dans l’Eglise :

- les ministres sacrés ou clercs

- les laïcs ou fidèles laïcs

- les consacrés.

 

3. Les obligations des fidèles face au Magistère

La charge pastorale du Magistère est de veiller à ce que le peuple de Dieu demeure dans la vérité qui libère. Le Magistère ordinaire et universel du pape et des évêques en communion avec lui, enseigne aux fidèles la Vérité à croire, la Charité à pratiquer, la Béatitude à espérer. (CEC n°2034). Les évêques et les prêtres ont pour première tâche d’annoncer l’évangile de Dieu à tous les hommes, selon l’ordre du Seigneur. Face à cela :

*les fidèles, en vertu du Baptême et de la Confirmation sont tenus par l’obligation de travailler à ce que le message divin du Salut soit connu et reçu par tous les hommes et par toute la terre. (LG 33)

*les fidèles Laïcs se trouvent sur la ligne la plus avancée de la vie de l’Eglise. Ils sont l’Eglise. A cet effet, ils devront avoir une conscience toujours plus claire, non seulement d’appartenir à l’Eglise, mais d’être Eglise, c’est-à-dire la communauté des fidèles sur la terre sous la conduite du chef commun, le pape, et des évêques en communion avec lui. (Cf. Jean Paul II, CL9).

*par le sens surnaturel de la foi, les fidèles s’attacheront indéfectiblement à la foi, sous la conduite du Magistère vivant de l’Eglise. De ce fait, lorsque par son Magistère suprême l’Eglise propose quelque chose, « à croire comme étant révélée par Dieu » (DV 10), et comme enseignement du Christ, les fidèles y adhèreront dans l’obéissance de la foi à de telles définitions.

*lorsque le pape et les évêques proposent, dans l’exercice du Magistère ordinaire, un enseignement qui conduit à une meilleure intelligence de la révélation en matière de foi et de mœurs, les fidèles doivent donner l’assentiment religieux de leur esprit qui, s’il se distingue de l’assentiment de la foi, le prolonge cependant.

*les fidèles, se souvenant de la Parole du Christ à ses apôtres : « qui vous écoute, m’écoute » Jn10, 16, s’attacheront à leur évêque comme l’Eglise à Jésus Christ et Jésus Christ à son Père (LG 20 & 27).

*par fidélité à la conscience et éclairés par l’enseignement de l’Eglise, les fidèles unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulève la vie privée comme la vie sociale, et ce, sous le conseil des pasteurs. (GS 16).

 

Conclusion

La liberté fait de l’homme un sujet moral. Les actes humains, c’est-à-dire librement choisis par suite d’un jugement de conscience, sont moralement qualifiables : ils sont bons ou mauvais. La conscience atteste l’autorité de la vérité en référence au bien suprême dont la personne humaine reçoit l’attirance et accueille les commandements. Quand il écoute la conscience morale, l’homme prudent, peut entendre Dieu qui parle. De ce fait, la loi de Dieu, confiée à l’Eglise, est enseignée aux fidèles comme chemin de vie et de vérité. Les fidèles ont donc le droit d’être instruits des préceptes divins salutaires qui purifient le jugement et, avec la grâce, guérissent l’homme blessé.

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