CHAPITRE II : LES EPITRES JOHANNIQUES

 

 

1-Les questions liées à la composition

 

L’auteur

 

Cette question avait déjà été examinée et résolue dans le sens d’une reconnaissance de la paternité johannique au sens large (école johannique). Nous avions cependant (contre BROWN) identifié « l’ancien » qui se donne pour auteur des 2 derniers écrits avec l’apôtre Jean.

 

La datation

 

Les biblistes s’accordent pour la plupart à dire que les épîtres sont postérieures à l’évangile. Le principal indice est le changement de centre d’intérêt : ce ne sont plus « les juifs » (la polémique avec eux dont l’évangile fait un fort écho appartient déjà au passé) mais les « anti-christs » qui occupent le devant de la scène en 1 Jn et 2 Jn. La période de rédaction des épîtres est à situer entre 90 et les premières années après l’an 100.

 

Le genre

 

Si l’on reconnaît unanimement le genre « lettre » à 2Jn et 3Jn, on hésite beaucoup sur 1Jn qui ne ressortit vraiment ni à la lettre religieuse officielle ni à l’épître classique. Il s’agit d’une sorte d’exhortation visant semble-t-il à corriger certaines erreurs nées d’une mauvaise interprétation de l’évangile johannique.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2-Structure et analyse globale de chaque écrit

 

 

LA PREMIERE DE JEAN

 

Structuration

 

Il y a pour cette épître une multiplicité telle de propositions de structures qu’on devine la difficulté à dégager un plan absolument satisfaisant. Le texte n’offre pas d’indications suffisamment claires pour cela. En regroupant les points de vue, on peut retenir que :

 

Pour certains, l’épître se divise en trois parties précédées par un prologue et suivi d’un épilogue. Chacune des quelques 35 propositions de divisions tripartites indique des points de césures différents…On a ainsi :

Prologue : 1, 1-4

Première Partie : 1, 5−2, 17 (ou 27, ou 28)

Deuxième Partie : 2, 18 (ou 28, ou 29) −3, 24 ou 4, 6

Troisième Partie : 3, 25 (ou 4, 7) −5, 12

Epilogue : 5, 13-21

 

Pour d’autres (ceux qui considèrent 1Jn comme une interprétation du 4è évangile), il y aurait seulement deux parties avec un prologue et une conclusion, le tout en correspondance parfaite avec la structure de l’évangile. Cela donne :

 

Prologue : 1, 1-4 (commentaire de Jn 1, 1-18)

Première Partie : 1, 5−3, 10 (part de la définition de Dieu comme « lumière » pour souligner l’obligation de marcher dans la lumière)

Deuxième Partie : 3, 11−5, 12 (s’appuie sur la phrase « nous devons nous aimer les uns les autres » comme définition de l’évangile pour présenter Jésus comme modèle de l’amour fraternel)

 

Conclusion : 5, 13-21 (ramène le thème de Jn 20, 30-31)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour notre analyse de l’épître, nous adopterons le plan proposé par la BJ

 

A- Le Prologue (1, 1-4)

 

Il y a une similitude de fond entre ce prologue  et celui du 4è évangile qui présente le Verbe incarné comme l’intermédiaire incontournable de la rencontre de l’homme avec Dieu : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a révélé ». De même ici, l’idée centrale est que les témoins oculaires et auriculaires du Verbe fait chair sont des intermédiaires sine qua non de la rencontre souhaitée entre la communauté johannique et Dieu. Il n’y a pas de communion possible sans médiation. J. MOUROUX le dit très bien qui écrit : « Jean a connu Dieu par la médiation du Christ, les chrétiens connaîtront le Christ par la médiation de Jean, autrement dit par la médiation de l’Eglise. L’apôtre, la médiation, l’Eglise : nous touchons là une des composantes essentielles de l’expérience chrétienne » (in L’expérience chrétienne, Introduction à une Théologie, Paris 1952, p.168)

Comme on peut s’y attendre, cette communion avec Dieu suppose et implique une morale. Ces normes de la vie chrétienne font l’objet des trois développements qui suivent.

 

 

B- Premier développement (1, 5−2, 29)

 

Le thème central de ce développement est la nécessité pour le chrétien de marcher dans la lumière, car Dieu est lumière et cette lumière engendre la vie. Marcher dans la lumière exige donc certaines attitudes que l’auteur recommande : 1) se reconnaître pécheur et rompre avec le péché (1, 8−2, 2) ; 2) observer les commandements, en particulier celui de la charité (2, 3-11) ; 3) se garder du monde (2, 12-17) ; fuir les antichrists (2, 18-29).

 

 

C- Second développement (3, 1−4, 6)

 

Parallèle au premier, il a pour thème central la nécessité de vivre en enfants de Dieu. Les obligations morales qui découlent de ce principe sont les mêmes que celles découlant de la nécessité de marcher dans la lumière. Il y a donc un retour sur les mêmes thèmes qui sont énumérés du reste dans le même ordre : rupture avec le péché (3, 3-10) ; observation des commandements et surtout du plus grand, le précepte de l’amour (3, 11-24) ; rester à distance du monde (avec ses trois maux : concupiscence, envie, orgueil) et des faux docteurs (4, 1-6).

 

 

D- Troisième développement (4, 7−5, 5)

 

Il reprend pour l’approfondir, le thème du devoir qu’a le chrétien d’aimer et de croire. Le devoir d’aimer se fonde sur le fait que Dieu est amour (4, 7−5, 5) ; celui de croire sur le fait que le contenu de la doctrine chrétienne est sanctionné par le témoignage de Dieu lui-même (5, 6-12)

 

 

E- Conclusion générale (5, 13)

 

Cette conclusion rappelle celle de Jn 20, 31 : elle indique l’objectif de l’auteur qui est de permettre au lecteur d’avoir la vie par la foi au Christ.

 

 

F- Appendice (5, 14-17)

 

L’appel à prier pour les pécheurs à l’exception de ceux qui ont commis l’apostasie.

 

 

G- Résumé de l’épître (5,18-21)

 

Le contenu du triple « nous savons » récapitule en le résumant l’objet du triple développement.

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