LES DEUX PETITES EPITRES

 

Comme l’écrit A. FEUILLET, « la deuxième et la troisième épître de saint Jean ont en commun d’être de simples billets de circonstance. Distinctes de la première épître par leur brièveté, elles s’en différencient encore par leur genre littéraire : alors que la première ressemble un peu à une encyclique et paraît viser plusieurs communautés, les deux autres sont nettement destinées à une seule église ; à la différence de la première épître qui est anonyme, les deux autres se donnent comme écrites par l’Ancien… »[1] C’est dire que le style de ces deux écrits les fait reconnaître comme de véritables lettres  commençant par une adresse et se terminant par une salutation. Notre structuration des textes mettra en lumière cette caractéristique.

Les deux petites épîtres ne manquent pas de perspective doctrinale, mais, plus largement, elles traitent de problèmes relatifs à l’hospitalité chrétienne. Tandis que 2Jn invite à refuser l’hospitalité aux agitateurs, 3Jn exhorte son destinataire à continuer de la donner aux missionnaires de la saine doctrine.

 

 

La Deuxième de Jean (13 versets)

 

Structuration

Formule d’ouverture ou Praescriptio : VV. 1-3

Corps de la lettre : VV. 4-11

-Exhortation à vivre dans la vérité et dans l’amour : VV. 4-6

-Mise en garde contre les anti-christs : VV. 7-11

Conclusion : V. 12

Salutation finale : V. 13

 

 

Analyse

 

1. Qui est la Dame élue à qui est adressée la 2è de Jean ?

 

Cette expression quelque peu mystérieuse semble désigner non pas une femme comme certains l’ont dit, mais une Eglise d’Asie Mineure. En utilisant le féminin de Kurios, « Seigneur », l’auteur entend très probablement la métaphore de l’Eglise épouse du Christ, qu’on trouve par ex. en Ep. 5.

 

 

 

 

2. Quelle est la nature de l’hérésie qui menace la foi des destinataires de la lettre ?

 

L’erreur doctrinale contre laquelle cette lettre veut prémunir ses destinataires semble être la même que celle dont il est question dans la grande lettre, la première. Les hérésiarques reçoivent ici comme là la qualification d’« anti-christs ». Leur doctrine non seulement prétend supplanter et se substituer à celle du Christ (anti=à la place de) puisqu’ils vont plus loin et ne demeurent pas dans l’enseignement du Christ (cf 2Jn, 9), mais encore, ils s’opposent au Christ (anti=contre) puisqu’ils nient son incarnation (cf v.7)

L’attitude motivée par la prudence et le souci de la discipline que l’Ancien recommande à l’Eglise destinataire de la lettre est de n’accueillir officiellement ni ne laisser enseigner ces missionnaires du mensonge.

 

 

La Troisième de Jean (15 versets)

 

Structuration

Formule d’ouverture ou Praescriptio : VV. 1-2

Corps de la lettre : VV. 3-12

-Eloge de Gaïus : VV. 3-8

-Dénonciation de l’attitude de Diotréphès : VV. 9-11

-Mention de la bonne réputation de Démétrius : V. 12

Conclusion et salutation finale : VV. 13-15

 

 

Analyse

 

1- L’identité des personnages évoqués dans la lettre

 

Tandis que Gaïus apparaît comme la parfaite incarnation de l’hospitalité chrétienne, Diotréphès en est le parfait contre-témoin et Démétrius apparaît comme celui qui fait paraître au jour ces deux attitudes antithétiques. Ce dernier est en effet, très probablement, un des missionnaires envoyés par l’Ancien et que Diotréphès refuse de recevoir tandis que Gaïus l’a reçu et hébergé. Le but de 3Jn est d’encourager Gaïus à poursuivre son œuvre de soutien aux missionnaires.

Démétrius avait-il été envoyé pour remplacer Diotréphès ou lui substituer Gaïus à la tête de la communauté ? Rien dans le texte n’autorise à l’affirmer ou même à le penser… En revanche, il n’y a pas de doute que Diotréphès entend saper l’autorité de l’Ancien afin de rester seul maître à bord.

 

2- Quel est ce conflit qui oppose l’Ancien à Diotréphès ?

 

Il n’est guère facile de dire si le conflit tenait seulement aux personnes, ou si c’était un conflit de juridiction, ou encore si Diotréphès avait quelque accointance avec l’hérésie visée dans les deux épîtres précédentes.

3Jn ne semblant pas directement engagée dans la lutte contre l’hérésie christologique (on ne mentionne pas encore les anti-christs), on peut penser qu’il s’agit d’un problème de comportement, de prétention personnelle et de lutte pour le pouvoir. A moins que la tentative de Diotréphès d’évincer l’Ancien ait une signification historique : à mesure que s’efface la génération des apôtres, avec ses formes initiales de gouvernement de l’Eglise, une nouvelle tendance se dessine qui enfantera plus tard de l’épiscopat monarchique.

Certains exégètes, tel Harnack, ont vu en 3Jn un témoignage du conflit entre l’aspect charismatique de l’Eglise et son aspect institutionnel : il y aurait là un écho de la lutte entre l’esprit représenté par Diotréphès et l’organisation hiérarchique unitaire incarnée par l’Ancien qui prétend contrôler les églises d’Asie Mineure et les maintenir sous sa dépendance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

Si elles mettent en garde contre les hérésies et coupent pour ainsi dire le nerf à la gnose en déclarant comme dans la première « vous n’avez pas besoin que quelqu’un vous instruise ! » (1Jn 1, 27), les épîtres johanniques ne sont cependant pas des manuels contre les hérésies. On n’y trouve ni méthode apologétique ni raisonnements spéculatifs. Elles se contentent de rappeler l’enseignement apostolique sur Jésus Christ et le principe du discernement (1Jn 4, 1-4). Elles mettent en outre l’accent sur les liens entre fidélité à cet enseignement originel et le comportement éthique (cf 1Jn 1, 5,1). L’intégration de l’éthique et de la doctrine relative au Christ constitue le message saisissant des épîtres de Jean.

 

Cependant, en plus de la morale et de la théologie mystique, on y trouve aussi une eschatologie assez développée. Jean insiste sur le fait que la dernière heure est arrivée, l’heure du dernier combat. Puisque les chrétiens sont dans une situation d’opposition au monde qui les tente et les persécute, ils sont invités à fonder sur Jésus toute leur espérance, car c’est grâce à lui qu’ils seront et sont déjà vainqueurs du monde. Ils savent que ce monde passe et que bientôt le Christ paraîtra dans sa gloire et qu’ils le verront tel qu’il est, devenant eux-mêmes semblables à lui. 

Dans leur pointe spécifique, les épîtres johanniques sont d’une actualité brûlante.

On observe une grande analogie entre la fin du 1er siècle et notre époque : brassage de courants religieux plus ou moins exotiques, soif de spiritualités où le prestige de la connaissance rivalise avec le triomphe des superstitions ou le retour en force de l’émotionnel ; carence de l’amour fraternel concret tandis que l’homme s’asservit de plus en plus aux choses et à lui-même. S’il ne manque pas à notre temps de modernes Gaïus et Démétrius, les épîtres invitent à savoir les voir pour les imiter. Mais le plus grand service qu’elles nous rendent est de nous rappeler que l’intégration de l’éthique et de la doctrine est pour l’Eglise du Christ une affaire de vie ou de mort

 

 

 



[1] Introduction à la Bible (sous la direction de A. FEUILLET et A. ROBERT), 704

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