III. LES SEPT LETTRES, REVELATION  DE  JESUS  CHRIST

         « Ainsi parle CELUI QUI… ». A cette formule d’introduction succède toujours un développement qui explicite les titres de Jésus Christ qui se  révèle  ainsi à l’Eglise.

         Dans le premier chapitre, l’auteur avait déjà voulu dire comment Jésus se révèle : « Fils du Père, venu sauver les hommes par sa croix et sa résurrection » (1,5) ; « Fils d’homme » (1,12-18) ; etc. c’est la manifestation éclatante du Nom du Seigneur Jésus. Cette manifestation va pour ainsi dire se démultiplier dans chacune des sept lettres, tel un arc-en-ciel  qui déploie sa splendeur. A chaque église, le Christ est présenté sous un aspect particulier : les attributs donnés à Jésus au chapitre 1 se répartissent entre les sept églises. Un bel exercice de lecture consisterait à rechercher dans le premier chapitre les titres que l’on peut retrouver au début de chaque lettre. Jésus Christ dans sa plénitude se révèle à l’Eglise dans sa diversité.

 

IV. UNE  EGLISE  BIEN  DE  CHEZ  NOUS

         La preuve que l’Apocalypse de Jean n’est pas un message ésotérique, désincarné, éloigné de nos situations contemporaines, c’est que dès le début du livre nous sommes mis en contact avec une Eglise bien concrète :

         - avec ses forces : son endurance pour le Nom de Jésus, sa fatigue, ses épreuves, sa vivacité pour défendre la doctrine de la foi, sa lutte contre les hérésies, ses veilles, son amour, ses œuvres, sa fermeté à garder la parole, son sens du service, sa vie de foi.

         - avec ses faiblesses aussi : ses compromis avec les adorateurs d’idoles que l’auteur désigne par le mot de prostitutions, comme le faisaient déjà les prophètes de l’Ancien Testament ; une  Eglise qui oublie parfois la ferveur de son premier amour ; des communautés lentes à la conversion qui hésitent, et on les comprend, devant la persécution…

         Rien de ce que vivent les Eglises de l’Apocalypse ne nous est étranger aujourd’hui. En ce sens, elles sont  bien de chez nous…

 

V. UNE EGLISE APPELEE A SE CONVERTIR

         Si les lettres dénoncent la situation peu brillante de chaque église, le message ne s’arrête pas là. Il tourne le regard vers l’avenir, vers la conversion.

         L’occurrence est forte des verbes à l’impératif. L’objectif est clair : il faut secouer les églises pour les sortir de leur torpeur. Si Jésus Christ se manifeste comme « Celui-qui-vient », il faut préparer sa venue. Les impératifs se font pressants, comme autant d’appels à la conversion : souviens-toi, repens-toi, sois fidèle, tenez ferme… Il y a urgence.

         La sévérité des reproches n’ont d’égal que l’amour qui les motive : Jésus Christ aime l’Eglise. En ce sens, la lettre à l’église de Laodicée, en finale, est certainement la plus émouvante. Elle ne contient pas de compliments. Mais un vent d’amour passionné la traverse : « Que n’es-tu ni froid, ni bouillant ? Moi, tous ceux que j’aime je les reprends et les corrige ».

         Force de l’amour qui conduit jusqu’à la scène finale où l’Epoux lui-même, discrètement, frappe à la porte. Lui ouvrira-t-on, car dit-il :

         « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. » (Ap 3, 20).

 

VI. UNE EGLISE A L’ECOUTE DE L’ESPRIT

         La promesse au vainqueur et l’invitation à écouter l’Esprit constituent les formules épistolaires finales : cela correspond aux souhaits et à la signature. Il faut remarquer comment la promesse varie suivant les lettres, tantôt en rapport avec les éloges ou les reproches, tantôt avec le nom développé du Christ.

         Avant ou après la promesse au vainqueur se trouve la mystérieuse invitation à écouter l’Esprit : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux églises ».

         On remarquera le pluriel « aux églises », signe que les églises au nombre de sept, c’est l’église particulière dans une situation précise, mais en même temps l’Eglise universelle dans son cheminement vers le Christ.

         Il faut donc ouvrir l’Apocalypse comme une lettre encyclique adressée à l’Eglise septiforme, c'est-à-dire universelle, dans toute sa variété.

         Puisque ces lettres visent l’Eglise tout entière, elles visent chacun de nous en particulier. Chacun y trouvera la Parole de Dieu qui le concerne, reproche ou encouragement, avertissement sévère ou promesse de bonheur, selon la situation où il se trouve devant Dieu. Aucune Eglise- aucun chrétien n’est condamné sans appel. Tous sont appelés, soit à la conversion, soit à la persévérance. La pire situation est sans doute celle de la tiédeur :

        « Parce que tu es tiède, et non froid ou bouillant, je vais te vomir de ma bouche. Tu dis : je suis riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien, et tu ne sais pas que tu es misérable, pitoyable, pauvre, aveugle et nu. » (3, 16-17).

         TROADEC de commenter : A cette Eglise qui se croit riche et qui, en réalité est dénuée de tout bien spirituel, le Seigneur propose, non sans ironie, de lui acheter tout ce qui lui manque : l’or de la charité, les habits blancs de la victoire remportée par Lui sur la mort, le mal, le péché, enfin le collyre d’une parfaite lucidité spirituelle. Est-ce parce que cette situation de tiédeur est la plus lamentable que l’appel du Seigneur se fait le plus pressant ?

      « Voici que je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui et je prendrai le repas avec lui. » (3,20).

         L’Esprit provoque l’Eglise, au singulier et au pluriel.

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