2. LA VISION DE L’AGNEAU IMMOLE : Ap 5

Situation du texte

La vision du chapitre 5 est comme le second panneau d’un diptyque, dont le premier aurait constitué la vision du chapitre 4. La louange que les quatre Vivants et les vingt-quatre Anciens avaient décernée à Celui qui siège sur le trône, ils vont, dès que l’Agneau aura pris de la main de celui-ci le livre scellé, la proclamer à l’adresse de l’Agneau.

Le meilleur moyen de comprendre la scène est de partir du symbolisme développé par le texte.

 Commentaire

Dans l’Apocalypse, il est question de plusieurs livres célestes contenant les desseins de Dieu et ses jugements. Celui qui est  mentionné ici est le Grand Livre des volontés divines. Nous avons par ailleurs, le petit livre que le voyant de Patmos doit manger, à l’instar du prophète Ezéchiel, pour être apte à sa mission de prophète (Ap 10,7-11, cf Ez 2,9–3,3) ; il y a aussi le livre qui contient les actions des humains et qui servira à juger chacun au terme de sa vie (Ap 20,12 cf Dn 7,7 ; 12,1) ; il y a surtout le livre où sont inscrits les noms des sauvés, le Livre de vie de l’Agneau (Ap 3,5 ; 20,12.15 ; 21,27), lequel livre n’est pas sans rappeler celui dont il est question en Ex 32,32-35 ; Ps 40,8-9 ; Ps 139,16.

Le grand livre rempli d’écriture au recto et au verso est roulé. Il recèle tout l’avenir de l’univers, tout ce qui doit arriver par la suite dans l’histoire de l’humanité et qui échappe entièrement à la connaissance des hommes. C’est le mystère caché depuis les origines dont parle st Paul en 1Cor 2.

La main étant le symbole du pouvoir, le livre qui se trouve dans la main de Dieu signifie que tous les événements de ce monde sont en son pouvoir, sous son contrôle ; il est le maître de l’histoire.

 Mais le livre est scellé, et personne au monde, ni dans le ciel (= dans le monde angélique), ni sur la terre (=le domaine des hommes), ni sous la terre (= le séjour des morts), personne ne se trouve digne de l’ouvrir, c'est-à-dire d’en connaître le contenu, et encore moins d’en assurer la réalisation. Trois est un chiffre divin. L’énumération à trois termes précédée d’une négation signifie que rien ni personne de ce qui n’est pas Dieu ne peut prétendre au pouvoir de maîtriser le sens et le cours de l’histoire. Si personne dans les trois dimensions de l’univers n’est capable d’ouvrir le livre, Quelqu’un d’autre le fera. C’est dire clairement que ce quelqu’un ne peut être que Dieu lui-même. Et de fait, ce Quelqu’un sera acclamé de la même façon que le créateur de l’univers.

Mais qui est-il au juste ? En annonçant au voyant sa victoire, l’un des anciens décline les titres du vainqueur, et l’on s’aperçoit qu’il s’agit du Messie d’Israël, celui que Jacob mourant avait désigné comme le Lion de la tribu de Juda (cf. Gn 49,9), et qu’Isaïe avait décrit comme le rejeton de l’arbre de Jessé, père de David (cf. Is 11,1).

Cependant, l’image la plus forte par sa permanence dans l’ensemble du livre et par sa puissance d’évocation est celle de l’Agneau immolé,  allusion à l’agneau pascal de l’Exode et au poème du Serviteur souffrant (Is 53,7).

         La cause du pouvoir du Messie Agneau, c’est précisément son immolation, son sacrifice. Car bien qu’immolé, il est debout c’est-à-dire ressuscité.

         Il a sept cornes (expression d’une plénitude de puissance), et sept yeux (expression d’une plénitude de connaissance).

Il reçoit des mains de celui qui siège…et sa propre existence (signification possible du fait que l’objet du verbe a été omis la première fois : cf. Jn 16,14-15 pour le même emploi de ce même verbe) et les autres biens qu’il communique aux hommes.

En tout cas, la scène révèle le fait que la domination de l’Agneau immolé sur l’univers n’est ni usurpée ni arrachée par la force, il l’a méritée et elle lui est donnée en récompense.

Les deux visions inaugurales des chapitres 4 et 5 opèrent comme une clé de lecture des différents septénaires qui vont suivre, disions-nous plus haut. C’est bien l’avis de TROADEC à qui nous empruntons les mots de la fin.

         Cette double vision de Celui qui siège sur le trône et de l’Agneau immolé qui seul a le pouvoir d’ouvrir le livre et d’en briser les sceaux commande tous les développements qu’on lira ensuite dans les chapitres suivants de l’Apocalypse. Ceux-ci devront donc toujours être interprétés en fonction de cette vision inaugurale qui leur donne tout leur sens.

Cela signifie que toutes les catastrophes décrites dans les chapitres suivants, et qui correspondent chacune à la rupture d’un des sept sceaux, sont toujours à interpréter comme la réalisation du plan divin par l’action de l’Agneau immolé mais victorieux. En d’autres termes, à travers les pires catastrophes de ce monde, et par elles, c’est en réalité la mystérieuse réalisation du plan divin qui s’accomplit ( …) Ainsi l’Agneau immolé est maître même du mal, même de ces persécutions et de ces catastrophes qui sembleraient à première vue à un regard privé de la lumière de la foi faire échec au plan divin. C’est bien plutôt par elles que se réalise paradoxalement la rédemption de l’univers, jusqu’au jour où celui-ci sera amené à proclamer, à la suite des quatre Vivants et des vingt-quatre Anciens, cette hymne d’action de grâce : A Celui qui siège sur le trône et à l’Agneau : louange, gloire et puissance dans les siècles des siècles.

 

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