Homélie 3ème dim de carême A

Dassasgho

(Ex 17, 3-7, Ps 94, Rm 5, 1-2.5-8, Jn 4, 5-42)

 

 

            Chers frères et sœurs!

            L'eau est devenue aujourd'hui un problème crucial dans le monde. D'après le rapport mondial sur le développement humain 2006, le manque d'eau et l'eau inssalubre menace bien plus la sécurité humaine que les conflits armées. En Afrique, seulement 62°/° de la population a accès à l'eau potable. Pendant qu'un citoyen américain ou britannique envoie quotidiennement 50 litres d'eau dans les égouts rien qu'en tirant la chasse d'eau, de nombreuses personne démunies survivent ailleurs dans le monde avec moins de 5 litres d'eau polluée de surcroît par jour alors que pour vivre décemment, il faut au moins 20 litres d'eau potable par jour.

            A Ouaga ici, le cauchemar des longues et interminables files devant les fontaines d'eau est un souvenir toujours frais dans nos mémoires. Des gens ont veillés, des enfants ont perdus des journées de scolarité, des adultes des journées de travail. Des paroles méchantes, des coups de poings se sont échangés autour des fontaines de nos cartiers pour pouvoir obtenir qui un bidon qui une barruque d'eau.

            Cette situation que nous avons vécue et que nous continuons de vivre par moment et dans certaines localités de la ville ou du pays nous favorise la compréhension de la Parole de Dieu de ce jour. Jésus affirme: "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive… de son cœur jailliront des fleuves d'eau vive".

            Cette affirmation de Jésus est claire et indiscutable. L'eau vive qui se transforme en source jaillissante est ici l'image de l'Esprit Saint. Cet esprit qui donne la vie éternelle est en Jésus Christ comme une source intarissable et c'est par Lui seul que nous pouvons l'avoir. Baptisés en cet Esprit, nous avons en nous cette eau vive. St Paul dans la seconde lecture nous expose cette certitude. L'amour de Dieu qui a été rependu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné nous plonge dans une espérance qui ne trompe pas. Celle d'avoir part à la gloire de Dieu.

            Si au fond de nous même nous nous posons la question, sans complaisance nous verrons que nous ressemblons plutôt au peuple d'Israël dans le désert. Oui, le monde d'aujourd'hui est assoiffé de vie, de bonheur, de certitude. Pour étancher cette soif, il court partout et creuse au hasard, certains dans l'alcool d'autre dans le manger et les plaisirs de la chair, d'autres encor dans la richesse et d'autres enfin dans le luxe et le pouvoir, le "naam" comme on le dit. Mais ça fait bien longtemps qu'ils y courent et ils continuent d'y courir comme d'éternels insatiables. Mais voici que le Seigneur dit dans le livre du prophète Jérémie: "Oui il est double, le méfait commis par mon peuple, il m'abandonnent, moi, la source d'eau vive, pour se creuser des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l'eau"(Jr 2,13). Ces puits auxquels se fient nous et nos contemporains sont de puits qui ne retiennent pas l'eau. Ce sont de mirages qui nous nous attirent pour ensuite nous décevoir. Malgré l'eau du baptême qui a coulée sur nous, notre attitude n'est pas loin de celle du commun des mortels. Une découverte ou une redécouverte de la personne même de Jésus s'averre nécessaire pour bénéficier de son eau vive. Pour ce faire laissons-nous conduire dans le même itinéraire que la samaritaine.

            Comme la samaritaine, avant même que nous découvrions notre état piteux d'assoiffés, le Christ nous devance et prend l'initiative de nous le faire ressentir afin de pouvoir nous abreuver. Nous le voyons, c'est lui qui engage le Dialogue avec la femme. Il commence par demander quelque chose. L'échange qui suit veut amener la femme à se poser des questions: "Si tu savais…", à soupçonner la valeur symbolique de ce qu'elle voit et entend. Il ne s'agace pas des méprises racistes de la femme. Il l'amène petit à petit à se mettre en vérité et en humilité, en état de désir et à poursuivre la recherche avec d'autres: "va chercher ton mari" lui dit-il. Comme avec la samaritaine Jésus accepte de nous suivre dans nos questions à nous sur la religion et le culte et c'est dans ce cheminement qu'il se donnera à connaître:" Moi qui te parle, je le suis".

            La foi de la samaritaine s'exprime par une rupture avec son activité (elle laisse sa cruche) pour à la fois porter un témoignage (timide) et s'encourager à la foi, "venez donc voir…Ne serait-il pas le Christ"? Oui la découverte de Jésus nous met toujours en mouvement de témoignage et c'est dans ce témoignage que nous raffermirons nous même notre foi. L'eau vive que la samaritaine vient de découvrir, elle ne peut la boire seule. Les samaritains sont sortis massivement. Il y a de quoi desaltérer toute la ville. Si vous vous êtes abonné à l'eau de Ziga, songez aussi à vous abonner à Jésus. L'abonnement est  gratuit. Il est la source d'eau vive que nous pouvons, à l'instar de la samaritaine découvrir au hasard de nos rencontres. Mais cette découverte n'est jamais une conquête définitive. La découverte de jésus nous donne la soif, le désir de le connaître davantage. Le Psaume dit:" Mon âme a soif du Dieu vivant". Cette soif doit être l'état d'âme de chaque Chrétien. Cet soif est déjà une béatitude pour l'âme:" Heureux les assoiffés de justice". Nous sommes à la fois au désert et dans la terre promise. C'est le paradoxe du "déjà là" et du "pas encore". Le temps de la foi, vraie communion avec Dieu, et le temps de l'Espérance, dans l'attente de la rencontre.

            Le temps de carême est le moment propice pour creuser en nous le désir de l'eau vive. Dans la nuit pascale, cette eau coulera. Sur la croix, Jésus criait sa soif, mais de son cœur transpercé l'eau vive a jailli.

            A travers la sainte Eucharistie, cette eau vive coulera de l'autel à nos cœurs respectifs. Ouvrons les largement pour qu'elle arrose nos dessèchements, qu'elle féconde nos aridités et qu'elle ramollisse nos craquellements. Que la grâce de Dieu nous y aide! AMEN!!!

Ab Raoul KONSEIMBO

Grand Séminaire St Jean-Baptiste

 

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