4ème dimanche de Pâques

Dimanche du Bon Pasteur, journée mondiale des vocations.

Textes : Ac 2, 14...41 ; 1 P 2, 20-23 ; Jn 10, 1-10.

Paroisse St Pierre de Gounghin

Homélie.

            « Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. »(Jn10, 10).

            Frères et sœurs, en considérant cette finale de l’évangile, je voudrais vous poser une question banale. Est-ce que je peux ? Ma question la voici : selon vous, qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la vie ? Pendant que vous réfléchissez, je vous donne ma réponse. J’ai lu quelque part que « la vie est l’ensemble de tout ce qui arrive. » Mais n’allez pas me demander qu’est-ce qui arrive, car vous savez ce qui arrive. Il arrive qu’on naisse, il arrive qu’on meure ; il arrive qu’on donne la vie, il arrive qu’on la ôte. Il arrive des peines, des misères, de tristesses et des joies ; il arrive qu’on soit heureux et il arrive qu’on soit malheureux. Il arrive des succès mais aussi des échecs ; il arrive du bien, il arrive aussi du mal; il arrive des fidélités, mais il arrive aussi des déceptions et des trahisons. Il arrive que des hommes et des femmes se marient, il arrive que d’autres ne le fassent pas. Il arrive que la vie soit belle, mais il arrive qu’elle soit aussi difficile et dure. Il arrive même que la vie soit chère et qu’on marche contre cette vie chère là. Il arrive qu’on comprenne ce qui nous arrive, il arrive qu’on ne comprenne pas ce qui nous arrive. Oui, il arrive, il arrive, il arrive ; tout arrive ou du moins tout peut arriver. C’est la vie ! Et on vit. C’est comme ça ! Mais il faut remarquer que dans tout ça, la vie est au cœur de la vie. Et quelque soit ce qui arrive, on peut dire que les hommes aiment la vie pace qu’ils font tout pour perdurer dans leur être, pour conserver leur vie, pour améliorer la qualité de leur vie, pour améliorer leur standing de vie. Il arrive même qu’on qualifie certains de viveurs parce qu’ils ne manquent pas l’occasion de jouir de l’existence, de faire le malin, ils vivent en live, à fond. Tous les hommes aspirent en tout cas à une certaine vie, à vivre bien et mieux.

            Aujourd’hui, dimanche du Bon Pasteur, journée mondiale des vocations, Jésus nous dit qu’il est venu pour que les hommes aient a vie et pour qu’ils l’aient en abondance. Est-ce à dire qu’il n’y avait pas de vie avant lui ? Non bien sûr. Si Jésus dit qu’il est venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance, il ne s’agit pas de cette vie biologique, mais de la vie de Dieu qui est vie de l’Esprit Saint que Dieu nous communique par Jésus. Car la vraie vie, celle qui est irréductible est spirituelle. Jésus est venu aussi pour que les hommes aient la vie c’est-à-dire pour leur montrer, en leur donnant l’exemple, une nouvelle manière de vivre qui soit conforme à ce qu’ils sont : image de Dieu. Et comme d’habitude, Jésus procède par parabole. Il emploie la parabole que nous venons d’écouter, mais ses auditeurs n’ont rien compris. Il n’ont pas compris que tout l’art d’une parabole consiste à mettre en valeur dans le quotidien, non pas l’évident, l’habituel, l’attendu, mais l’énigmatique, l’insolite, l’exceptionnel, l’extravagant. La parabole veut surprendre, étonner, déconcerter, piquer la curiosité et pousser à chercher plus loin. Pour le présent de l’auditeur, la parabole devient donc langage novateur : « langage d’un possible changement.» Après une parabole notre monde n’est plus tout à fait le même ni tout à fait un autre. Quelque chose doit changer, c’est ce que réclame la parabole que Jésus a employée aujourd’hui. Dans cette parabole dite du Bon Pasteur, Jésus développe deux thèmes importants : celui de la porte et celui de la voix. Pour entrer dans le Royaume- c’est pour cela que nous sommes là- pour entrer dans le Royaume, c’est-à-dire dans la vie bienheureuse, il faut accepter d’entendre l’appel et d’entrer ; or il n’y a qu’une porte : Jésus. Jésus est le passage obligé. « Je suis la porte des brebis » dit-Il (la porte c’est Jésus, les brebis ce sont les hommes, c’est nous). Et Jésus le dit aussi : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Il est la vie, et le chemin qui y conduit. Il est le Vrai Berger, le Bon Pasteur qui conduit à la vraie vie.

            On parle beaucoup souvent des sectes et leurs dirigeants qui sont des manipulateurs et des escrocs. Ce sont ces gens que Jésus traite de voleurs et de bandits. Remarquons que si les sectes (telles la Rose Croix, la Franc maçonnerie et beaucoup d’autres sectes chrétiennes et occultes...) ont des adeptes, c’est parce que les hommes et les femmes sont en pleine recherche ou en plein désarroi spirituel ou psychologique...ou en recherche de spiritualité qui gère le côté émotionnel qui est en eux. Ils sont donc facilement manipulables. Faisons donc attention pour ne pas nous laisser avoir ou manipuler. L’auteur des Actes des Apôtres vient de nous interpeller : « détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés » (Ac2, 40). Il y a certes, en nous aussi chrétiens, un certain bouillonnement spirituel conduisant à une recherche spirituelle, mais notre particularité doit être manifeste. En effet, constatant le vide, la futilité, la superficialité des manières de vivre, nous avons à chercher une spiritualité authentique, nous devons faire une démarche d’intériorité qui donne sens à notre vie, à la vie. Nous croyons que l’Esprit Saint est au plus intime de nous-mêmes. Et nous croyons qu’il nous conduit dans cette intériorité où nous pouvons rencontrer Jésus et le suivre, car nous croyons que Jésus est le vrai Berger ; par sa vie, il nous a dévoilé l’amour du Père en mourant pour nous. Par ses faits et gestes (les miracles de guérison, la résurrection de Lazare), il a montré que Dieu est source de vie. Par sa résurrection il indique le sens de notre vie. Jésus est la porte qui ouvre sur la vie. Porte ouverte sur la vie, il nous invite à le suivre. Il nous invite, il ne nous impose pas. Dieu le Père nous a donné Jésus pour ouvrir la voie à la vie. Maintenant Dieu nous appelle à continuer sur le chemin car le monde a besoin de nous pour vivre sa pleine vie de créature. C’est dans ce sens que nous pouvons en partie comprendre la célébration de la journée mondiale des vocations (vocations sacerdotales, religieuse, de vies consacrées, de catéchistes, bien entendu). Toutefois nous pouvons dire que la vocation est avant tout un appel à donner la vie, un appel à donner Dieu aux hommes.

            En effet tout homme a vocation de donner la vie. Donner la vie, ce n’est seulement donner naissance biologiquement, c’est aussi permettre de vivre, aider à vivre. S’il en est ainsi, nous devons aujourd’hui, féliciter et encourager tous ceux qui oeuvrent et luttent pour sauver la vie, pour protéger la vie et pour que la vie soit respectée. Prions pour les agents de santé qui sauvent les vies, pour toutes ces femmes qui meurent en donnant la vie ; pour toutes les personnes de bonnes volonté qui oeuvrent pour le respect du droit à la vie et pour que les hommes puissent avoir des conditions de vie qui respectent leur dignité. Bref, prions pour ceux qui acceptent donner la vie, et pour ceux qui prônent la culture de la vie. Malheureusement devant ceux qui sauvent, respectent et protègent la vie, il arrivent que la vie soit bafouée, banalisée, moquée et tuée, à travers les avortements, l’euthanasie, la peine capitale, les tortures, les brimades et autres choses du même acabit. Prions pour la conversion de ceux qui le font et pour notre propre conversion. Donner la vie, c’est aider à vivre, c’est permettre à l’autre de vivre, surtout quand on a à conduire les hommes. Et le monde a besoin d’hommes et de femmes pour le diriger. Depuis toujours des hommes ont été à la tête des autres pour les conduire, les diriger. Qu’on pense à ces leaders charismatiques comme Mahatma Gandhi, Martin L. King, Ernesto GUEVARA, et plus près de nous Thomas SANKARA... L’une ou l’autre de ces figures comme beaucoup de dirigeants ou gouvernants actuels des peuples ont essayé ou essaient de conduire les hommes. Ils ont réussi ou ils réussissent plus ou moins. Mais toujours est-il que si les hommes ne sont pas conduits selon l’Esprit du Christ et à sa manière, il se posera toujours un problème. Ce qui revient à dire que si les hommes ne sont pas conduits avec l’esprit et l’intention de leur donner la vie c’est-à-dire, leur permettre de vivre, de gagner leur vie, de bien vivre et de mieux vivre, ce n’est pas la peine de vouloir les conduire. Le Christ nous invite aujourd’hui à être de bons bergers. Le berger est celui qui guide, qui conduit. Jésus nous invite à être donc de bons bergers pour nos familles, nos associations, nos C.C.B, nos partis politiques ; nos sociétés et nos peuples; à être de bons bergers, dans nos directions et service, dans nos responsabilités de chef syndical ou d’entreprise, de chef d’association ou de mouvement d’action catholique... Mais avant tout, chacun doit d’abord être un guide pour lui-même, car celui qui ne peut pas se conduire ne peut pas conduire les autres. Comprenons cela dans le sens que chacun de nous doit laisser d’abord Jésus le conduire de l’intérieur par l’écoute de sa Parole et de son Esprit Saint qui habite en nous. Jésus nous invite à avoir son esprit, un esprit chrétien dans la conduite de nous-mêmes et des autres pour ne pas nous voler nous-mêmes et nous nuire à nous-même, et pour ne être pour les autres des voleurs et des bandits.

            Enfin, la vocation est un appel à donner Dieu aux hommes. Aujourd’hui le monde à besoin d’hommes et de femmes qui s’engagent à la suite de Jésus pour continuer son œuvre...Besoin d’hommes et de femmes qui par leur parole, l’engagement de soi et par les sacrements célébrés, continuent de donner Jésus, de donner Dieu au monde. Pour cela on pense en cette journée mondiale des vocations aux prêtres, religieux, religieuses, catéchistes et tous ceux qui assurent un service d’Eglise. Au milieu d’un monde en perte de repère, et même du sens de Dieu, ils doivent montrer où est Dieu, l’indiquer, le donner, le proposer. Prions pour eux, et prions pour qu’au sein de l’Eglise germent et naissent encore et toujours de nombreuses et saintes vocations sacerdotales, religieuses, de catéchistes et de vie consacrée. Encourageons donc les jeunes en état de vocation, soutenons-les et prions pour eux. Surtout, priez pour vos Evêques et vos prêtres qui sont nos premiers pasteurs afin qu’ils puissent conduire à Dieu, à la vie, ceux dont ils ont la charge. Les prêtres sont indispensables dans la vie. Car ils donnent la vie aux hommes en leur donnant le Christ dans le pain eucharistique : et « si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, dit Jésus, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » (Jn 6, 51). La grande théologienne Madeleine Delbrêl a dit ceci de très significatif ; elle dit que « l’absence d’un prêtre est dans une vie une détresse sans nom. Le plus grand cadeau qu’on puisse faire, la plus grande charité qu’on puisse apporter c’est un prêtre...L’absence d’un prêtre dans une vie, c’est une misère sans nom, c’est la seule misère." Puissions-nous ne jamais oublier que les prêtres sont un cadeau, une charité de Dieu pour les hommes. Ils nous conduisent à Dieu en nous permettant de prendre part à sa vie.

            Frères et sœurs, je conclue en vous reposant la question : qu’est-ce que la vie ? La vie est l’ensemble de tout ce qui arrive ; oui, mais non ! La vraie vie n’est pas d’abord l’ensemble de tout ce qui arrive, mais celle que Dieu nous donne, et ce que nous faisons arriver par notre manière d’accueillir cette vie. C’est pourquoi, nous devons travailler pour qu’il arrive le bien, travailler pour donner un sens chrétien à tout ce qui arrive ; et œuvrer, comme le Christ nous invitent aujourd’hui, pour que vive la vie, pour que les hommes aient, et partagent la vie de Dieu ; qu’ils vivent de la vie de Dieu. Jésus est venu pour que nous ayons cette vie et que nous l’ayons en abondance, c’est-à-dire pour que nous soyons imprégnés de la vie de Dieu, que nous soyons remplis de Dieu. C’est cela la vie : vivre de Dieu, vivre selon son Esprit. Nous sommes donc appelés par Dieu à vivre vraiment comme ses enfants, à donner la vie et à conduire les autres à sa vie. Que cette eucharistie nous rende attentifs à Jésus qui vient nous donner la vie en abondance. Et que Dieu Lui-même nous accueille au soir de notre vie dans sa vie bienheureuse et éternelle; à Lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

 

Abbé Cyprien OUEDRAOGO, Diacre

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