Homélie : 6ème dimanche de Pâques année A

Ac 8,5-8.14-17 ; 1P 3, 15-18 ; Jn 14,15-21

DASSASGHO

Frères et sœurs bien aimés du Christ !

Une petite histoire pour commencer.

Un jour le lion réunit tous les animaux et voulut savoir lequel d’entre eux était le cavalier le plus rapide. Une grande course eut lieu. L’hirondelle (silaallé) surpassa de loin tous les concurrents. Le lion la félicita et lui décerna le titre de meilleur cavalier du royaume.

Au milieu de cette brillante assistance, le lièvre n’hésita pas à affirmer que le silaallé était son fils. On le félicita des magnifiques aptitudes de cet enfant. Quelque temps plus tard, le silaallé s’exerçait à faire de petites courses rapides (5 km vers Bendgo, 5 km vers la Pédiatrie, 5 Km vers le centre ville, 5 km vers Kossodo) lorsque son cheval se trouva nez à nez avec un animal et ses deux petits. Le choc ne put être évité. L’un des petits fut tué. Le silaallé s’aperçut qu’il venait de rencontrer une lionne avec ses deux lionceaux.

Lorsqu’il apprit l’accident, le lion se mit en colère et lança une dizaine d’animaux à la recherche du silaallé. Les poursuivants ne parvinrent pas à saisir le coupable dont la vitesse était supérieure à la leur. Il faisait en outre de brusques virevoltes très dangereuses pour les cavaliers lancés derrière lui à grande vitesse. Certains d’entre eux se renversèrent dans les fossés, d’autres heurtèrent des arbres et des barrières. Il eut des morts et des blessés. 50, puis 100 animaux lancés aux trousses du silaallé n’obtinrent pas de résultats. Les animaux vinrent trouver le lion et lui conseillèrent d’inviter le père de silaallé de donner l’ordre à son fils de se présenter à la cour.

Le lièvre fut convoqué et se présenta. On lui rappela la responsabilité familiale qui pesait sur lui et il fut invité à user de son autorité pour que le fugitif répondît à la convocation du lion. « Que me dites vous là ? – dit le lièvre. Comment le silaallé pourrai-il être mon fils ? Ne voyez-vous pas que j’ai quatre pattes et porte des poils alors que le silaallé a deux ailes et porte des plumes ? Il ne peut exister aucun lien de parenté entre nous. »

On dut se rendre à l’évidence le lièvre rentra chez lui et l’hirondelle parcourt encore le monde à tire-d’aile.

 

Frères et sœurs la nuit de Pâques, j’ai assisté avec beaucoup d’entre vous à une très belle nuit baptismale. Nous avons alors dansé, dansé et dansé encore à nous casser les reins. Nous avons acclamé, acclamé, acclamé à nous pourfendre les mandibules. Nous étions tous alors fier d’être chrétiens racheté par le christ, le Gandaogo universel qui n’en était pas seulement à son 40ème anniversaire de carrière, mais à une carrière de toute éternité. Il a ouvert le tombeau d’un coup de pousse après avoir pourfendu la mort à mort. A nous la vie pour toujours. Et ils étaient là, ces deux centaines de baptisés, les uns étaient beaux et les autres belles. Très beaux, très belles. Ce n’était pas les têtes bien coiffées qui les rendaient beaux ni les fourings bien attachés. Ce n’était pas non plus les cheveux synthétiques artistiquement déposés sur les têtes qui les rendaient belles ni les robes aux dentelles extravagantes encore moins les ballerines à tallons fins comme des aiguilles. Non ! Leur beauté venait de l’intérieure. Leur beauté c’était la grâce du christ reçu par le sacrement. Il semble que le jour de la pentecôte, Jésus aura encore une foule de nouveaux disciples et il y’aura un véritable ‘’Fespaco’’ à travers la ville de Ouagadougou.

Frères et sœurs tout cela est beau n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas facile. Une chose est d’incliner la tête pour recevoir le baptême et une autre est de vivre la vie du baptisé. Jésus nous dit dans l’Evangile d’aujourd’hui. « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Chers confrères chrétiens et chrétiennes, la souffrance de la persécution sous une forme ou sous une autre fait partie intégrante de la vie du baptisé. Parce que la parole de Jésus dérange, la vie selon les commandements de Jésus dérange beaucoup. Si vous n’avez pas encore subit la persécution, sachez que vous ne vivez pas assez votre foi. La vie de l’Eglise, la vie du chrétien est une vie qui choque.

La première lecture nous montre comment hier, aux débuts de l’Eglise, les chrétiens vivant intensément leur foi ont subit une persécution violente de la part des autorités juives. Mais Dieu écrivant droit sur des lignes courbes comme le chante Noël COLOMBIER, cette persécution va favoriser l’expansion de la bonne nouvelle. Le Diacre Philippe, fuyant la haine des juifs arrivent dans une ville samaritaine et se met à annoncer le Christ mort et ressuscité aux samaritains. Ce fut la première foi que le Christ est annoncé sur une terre étrangère. Cette annonce est accompagnée de signes merveilleux : les possédés étaient délivrés, les paralysés marchaient, les aveugles voyaient, les grands malades guérissaient. Des foules entières crurent au Christ et reçurent le baptême. Ce fut la liesse alors dans toute la ville ; et cette joie atteindra son comble quand l’esprit saint s’empara d’eux à travers l’imposition des mains des apôtres Pierre et Jean venus spécialement de Jérusalem pour leur donner la confirmation. C’était tout comme nous le jour de Pâques. Mais après la fête, ce n’est pas la défaite, mais c’est tout comme. Le Diable va diriger sa fourche aigue contre ces nouveaux baptisés que le Christ vient de lui arracher. Et c’est là que beaucoup d’entre nous diront comme le Lièvre de notre histoire du début, qu’il n’ont rien a avoir avec le Christ ni avec se qui se font appeler chrétiens.

Oui la persécution peut engendrer la crainte. Elle peut nous mettre la trouille dans les boyaux. Mais saint Pierre nous encourage dans la seconde lecture à ne craindre dans notre cœur que le Seigneur seul. Il est plus que vrai qu’en tant que chrétiens nous sommes exposés au jugement de l’opinion publique, aux jugements de nos proches, de nos supérieurs. Mais tenons bon. Nous avons à rendre compte de notre espérance et rien au monde ne devrait nous faire fléchir. J’entends certains me dire : il parles de persécution là, nous on n’est pas persécuté ! Nous on vient tranquillement à notre messe, personne ne nous dérange. Même ceux qui ne croient pas là nous souhaitent bon dimanche. Où est la persécution ? Bien sûr que cette grâce de la persécution ne s’obtient qu’en étant bon chrétien, saint chrétien et pas seulement baptisé et consommateur de communion. Il y a effectivement de chrétiens qui après avoir quitté l’Eglise d’où il viennent de recevoir le baptême ou de communier, sont prêts à égorger la première poule qu’il rencontre, à M-Ma-a-Tenga ou à d’autres fétiches. Il y a des chrétiens qui après avoir quitté l’église drague la première dame qu’ils rencontrent. Il y a des chrétiennes qui après avoir quitté l’église tombent dans les bras du premier homme qu’elles rencontrent. Ils des Chrétiens qui après avoir quitté l’église, détournent les premiers millions qui vont s’hasarder dans leur bureau. Etc. pensez vous que c’est ainsi que l’on rencontre la persécution ? Puisque vous faites toujours comme tout le monde.

L’Eglise et les chrétiens sont et seront toujours victimes de la calomnie, de la méprise, des attaques du monde. Si tu n’en souffres pas, revoies la manière de vivre ton baptême. De deux choses l’une. Ou bien tu as t’en fou du Christ et de ses commandements ou bien tu fais partie de ceux qui attaque lâchement l’Eglise dans le dos. Mais si tu frappes l’Eglise dans son dos, le Christ va te taper dans ton ventre.

Quelques exemples où les prises de position du chrétien inspirées cependant par l’Evangile lui a toujours attiré les foudres du monde : le chrétien dit : faites attention au préservatif. Outre qu’il ne vous protège pas à 100% contre les MST, il déshumanise l’homme. Le monde et le mauvais chrétien le traite d’assassin et de dépassée. Et pourtant ça fait bien longtemps que le préservatif se distribue comme de petits bonbons et s’achète comme du petit pain. La jeunesse se pervertie avec la bénédiction de ceux qui prétendent luter contre le Sida. Et le fatal mal continue sa chevauché. Ça devrait quand même faire réfléchir un tout petit peu et changer de stratégie de lutte. Mais on ne peut pas réveiller quelqu’un qui ne dors pas.

Le chrétien dit encore arrêter l’avortement sous toutes ses formes. C’est un homicide. C’est un crime crapuleux contre de pauvres innocents qui n’ont pas demandé à être conçu. Le monde et le mauvais chrétien parlent du droit de la femme à l’avortement (cf. le protocole de Maputo dont notre pays est signataire). Et on assiste alors à de véritable charcuterie dans nos hôpitaux. Et cette hécatombe ne choque personne. C’est la position et le comportement du chrétiens qui choquent plutôt.

Le chrétien dit aussi : dans le service de la Nation, il faut respecter le Bien-commun. Le monde et avec lui le mauvais chrétien rétorquent : l’Etat c’est comme de la viande d’éléphant, celui qui a un couteau bien tranchant peut s’en tailler un morceau. Conséquence : la vie chère devient irrémédiable. Beaucoup ne se sont pas effectivement amusés dans la taillade et la nation s’est appauvrit au profit de ceux qui ont de bon couteaux.

Bons chrétiens dans ce monde perverti ! On peut vous envoyer des flèches empoisonnées. Mais ne trahissez jamais le Christ. Nous ne pouvons pas ne pas rendre compte de l’espérance qui est en nous. Dans tout les cas, l’apôtre nous dit qu’il « vaut mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal ». Les mossi disent qu’il « vaut mieux dire la vérité sous peine de dormir à jeun que de mentir et manger ».

Si cette vie du chrétien dans le monde n’est pas facile nous ne devons pas pour autant nous affoler. Le bon Dieu ne charge jamais un fardeau à quelqu’un sans lui donner au préalable la force nécessaire pour le porter. Christ nous promet un défenseur, un paraclet. Parlons plutôt d’avocat pour que nos mentalités de 21ème siècle puissent s’en faire facilement une idée. Parlant d’avocat, je vois déjà des gens qui avalent leur salive. Mais précisons qu’il ne s’agit de l’avocat qui accompagne votre assiette, mais de l’avocat qui vous accompagne au palais de justice. Vous savez tous la préciosité d’un avocat dans notre système judiciaire aujourd’hui. Cela fait que c’est souvent cher de s’en payer un. Les pauvres gens n’en ont pas souvent accès. L’Esprit saint est un avocat gratuit que Jésus nous envoie pour nous défendre contre toutes les situations. Quelque difficile qu’il soit, l’Esprit Saint ne rate jamais le procès de ses clients. Demeurons seulement dans l’amour de Jésus.

Esprit Créateur ! Envoie ton feu sur les chrétiens amorphes et tièdes par peur de s’opposer au monde. Secoue-nous un peu pour que nous témoignions de Jésus en tout lieu. Ainsi nous correspondrons davantage aux sacrements de ton amour. Toi qui vis et règne avec le Père et le Fils pour des siècles des siècles  Amen !

 

 

 

26 avril 2008

Ab Raoul KONSEIBO

Grand séminaire St Jean de Wayalgê

 

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