LA THEOLOGIE DE LA LIBERATION
Une présentation 

 


 PLAN
 

 

Introduction

 

                 I – Etude socio-historique de la théologie de la libération

  

1- Contexte général de la théologie de la libération

           2-  Evolution de la théologie de la libération

                3- Définition et différents types des théologies de la libération

 

II – Fondements bibliques et revendications

 

       1- Fondements bibliques de la théologie de la libération

   2- Les revendications de la théologie de la libération

 

                     III- Analyses critiques de cette théologie

 

      1- Quelques reproches à l'endroit de cette théologie

                         2- Les éléments pertinents de la théologie de la libération

 

Conclusion

 

                                                   Bibliographie

 

 




Introduction

 

            Le discours théologique du XX siècle, tenu à la " gloire de Dieu" s'est développé de plus en plus comme un discours à la défense du genre humain. Ce discours conférait ainsi une place importante à l'homme dans le processus de sa libération. C'est dans ce sens que Christian DUQUOC[1], à l'époque clamait tout haut " la réflexion théologique s'enracine dans l'expérience de la misère des masses due à l'exploitation et dans la lutte de ces masses pour s'affranchir de leur situation intolérable"[2]. La théologie de la libération comme mouvement historique s'inscrit dans cette ligne de pensée.

            Dans le souci de vous permettre de mieux découvrir cette théologie, nous allons d'abord vous la présenter en la situant dans son contexte général sans omettre de la définir. Cela nous permettra ensuite de relever les tendances et les revendications de cette théologie. Nous terminerons notre exposé par des analyses.

 

I – Etude socio-historique de la théologie de la libération

1- Contexte général de la théologie de la libération

 

            La théologie de la libération est née d'une conjoncture très précise. L'histoire nous enseigne que dans les années 5o, le continent latino-américain vit des rapports conflictuels avec les pays riches d'Europe et d'Amérique du Nord. Le point de départ de la théologie de la libération est belle et bien la prise de conscience d'une situation de dépendance économique, sociale, politique et culturelle, ressentie comme injuste et aliénante par les pauvres de l'Amérique Latine. Cette situation s’est faite ressentir dans le Tiers Monde et partout ailleurs.

            Dans les années soixante, le phénomène de décolonisation amorcé dans les pays du Tiers Monde vient aussi réveiller les consciences et y susciter le désir de liberté, de libération en tout. Dans ces conditions, de nombreux mouvements politiques, religieux en Amérique Latine, en Asie, en Afrique ou en Europe se sont érigés en porte-parole authentiques pour lutter en faveur des pauvres déshérités. Cependant, l'élément important qui constituera une bouffée d'oxygène accélérant la lutte et la promotion des droits de l'homme, réside dans les affirmations du Concile Vatican II.

            En effet, avec ce concile qui s'est explicitement occupé des problèmes dans le monde de ce temps, il s'est produit quelque chose comme un séisme dans l'Eglise et dans les réflexions théologiques. Les Eglises latino-américaines ont vu désormais dans ce concile selon les expressions de Mélano Couch : " le pouvoir de Dieu de transformer en faveur de ceux qui ne peuvent rien des situations concrètes d'oppressions "[3]. Au fait, les théologiens ont voulu prendre au sérieux l'appel de Vatican II à être lumière et sel pour transformer le monde (Cf. L.G n°1). C'est bien dans ce sens que Leonardo BOFF[4] affirmait : " la théologie de la libération trouve sa source dans la foi confrontée à l'injustice infligée aux pauvres "[5]. Si cette assertion est soutenable, il serait intéressant de savoir comment au fond cette théologie de la libération s'est développée au fil du temps.

 

2- Evolution et étapes de la théologie de la libération

 

La théologie de la libération a pris comme son point de départ la situation concrète de l'homme de l'Amérique Latine. Pour atteindre son but, elle s'est développée à plusieurs étapes depuis sa fermentation jusqu'à sa systématisation. Voici comment est évoluée cette théologie.

            La première étape est la phase de préparation (1962 – 1968) qui correspond à la période de la lecture et de la réception des clauses du concile Vatican II par l'Eglise en Amérique Latine. Ce moment clef de la préparation débouche sur une autre étape, celle de la formulation. Cette deuxième étape qui va de la conférence de Medellin en 1968 à la conférence de Puebla en 1969 de l'épiscopat latino-américain, fait voir une prise de contact de théologiens latino-américains de la libération. La troisième phase débutée en 1976 est une réflexion sur la méthode et la démarche des théologiens.

En définitive, la théologie de la libération n'apparaît qu'après la conférence de Medellin comme une réalité consciente et publique. Mais en fait ses origines remontent à la rencontre de prêtres catholiques dont Gustavo Gutiérrez, Ruben Alves, Hugo Assmann, Juan Luis Segundo, José Miguez Bonino, Léonardo BOFF, Jon Sobrino et d'autres théologiens protestants des années 1960 et 1970. Ces deux groupes travaillent ensemble pour protester contre les mesures arbitraires et contre les spoliations en Amérique Latine. Leurs préoccupations premières portaient sur les conséquences d'une pauvreté structurelle et destructrice croissante. Cette approche soulève des questions telles que : quelles sont les causes de cette situation ? Comment comprendre ces structures, ces conditions et ces problèmes et comment les interpréter théologiquement ? Que peut-on entreprendre au nom de la foi chrétienne à l'encontre de cette situation ? Toutes ces questions ont contribué à la définition de la théologie de la libération.

 

3 – Définition et différents types des  théologies de la libération

 

             La théologie de la libération est le nom donné à un mouvement social et religieux issu de l'Eglise Catholique apparu en Amérique Latine. Théorisé à partir de 1971,  par ses représentants les plus célèbres, les archevêques Helder Camara et Oscar Romero, ce courant théologique parfois teinté de marxisme apparaît comme une exigence de l'engagement religieux dans la lutte contre la pauvreté. Cependant, la théologie de la libération n'est pas une réflexion sur la pauvreté, une réflexion en faveur des pauvres ou à la place des pauvres mais une réflexion avec eux. Elle est une expérience globale de toute l'Eglise des pauvres et non seulement de quelques théologiens. Car elle a pour centre d'intérêt " l'option préférentielle pour les pauvres ".

            La théologie de la libération pour être explicite se fixe des objectifs. Son plan d'action se résume comme suite : Voir – Juger – agir. Ce mouvement théologique se réserve les actions concrètes suivantes : D'abord, la libération se comprend comme une libération politico-sociale des classes et des peuples opprimés. Ensuite, il y a la libération historique des hommes sous le joug de la colonisation. Enfin, la libération se comprend comme la rédemption en Jésus Christ, la libération du péché qui est la cause profonde de toutes les injustices et oppressions sociales. La théologie de la libération a donc pour but la rédemption de l'être de toutes les sortes de servitude et de misère. C'est dans ce sens que l'on peut parler de théologie au pluriel, pour désigner différentes approches théologiques qui prennent à leur compte diverses formes d'oppression (fondées par exemple sur la race, le sexe, la culture).

Ainsi, nous avons, la théologie féministe, la théologie noire, la théologie africaine qui sont  les plus connues. La théologie de la libération qui fait l’objet de notre découverte recouvre alors des tendances et des revendications s'appuyant fortement sur les textes bibliques pour justifier son action.

 

II – Fondements bibliques et revendications

 

1-    Fondements bibliques de la théologie de la libération

 

            Les théologiens de la libération évoquent pour justifier leur engagement, la lutte des prophètes bibliques contre l'injustice, l’oppression des pauvres, la lutte contre l’occupation macédonienne avec les Maccabées, le retour de l’exil à Babylone avec Esdras et Néhémie. Plusieurs motifs bibliques sont alors au cœur de la théologie de la libération : la sollicitude particulière de Dieu envers les pauvres, telle qu'elle ressort des livres des prophètes  ( Cf. Am 8, 4-8; Is 5, 8-10, 10, 1-3). En plus, les théologiens soulignent que le processus de libération de l'Exode est parti de ce que Dieu écoute le cri des opprimés. Dieu se met du côté des pauvres, (Cf. Ex 1, 9-12). Dans le Nouveau Testament, les théologiens de la libération ne manquent pas de références bibliques pour justifier leur lutte : Lc 4, 16; 7, 22; 16, 13; Mc 4, 19; Jc 1, 9-10. Le texte culminant se trouve concentrer dans les Béatitudes des pauvres qui montrent une préférence dans l'ordre du salut en faveur des opprimés.

            Selon la théologie de la libération, la mission de Jésus s’est exprimée dans les termes du prophète Isaïe : « l’Esprit du Seigneur est sur moi (…). Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. » ( Lc 4, 18-19). Le Messie est celui qui opère la libération des malheureux, qui se concrétise dans les miracles de Jésus, il s’est identifié aux pauvres et veut être reconnu à travers eux (Cf. Mt 25, 35-46).

Pour la théologie de la libération, la Bible tout entière exalte l’option de Dieu pour les pauvres : la loi, c’est le droit des pauvres, les prophètes c’est la voix des pauvres, les autres écrits, c’est la joie des pauvres, l’Evangile, c’est la Bonne Nouvelle annoncée aux pauvres. Toute cette présentation du visage de Dieu a motivé les luttes et les revendications en faveur des pauvres.

 

 2- Les revendications de la théologie de la libération

            Sur le plan de l'engagement et de l'action, la théologie de la libération ne fonctionne pas de la même façon qu'un parti politique ou un mouvement social. Son action ne laisse rien supposer d'arbitraire ou de  fortuit et, loin d'être purement théorique, elle implique un projet social qui vise à transformer la société en triomphant des conditions de pauvreté, d'oppression et de violence. Pour les chrétiens, l'inspiration d'un tel projet et la réflexion théologique qui s'ensuit puisent leur source dans la communauté chrétienne qui considère " l'option préférentielle " pour les pauvres comme idée-force et ligne directrice dans toutes les revendications.

 

            Selon J. Sobrino, " cela signifie que les pauvres sont le véritable lieu théologique de la compréhension de la vérité et de la praxis chrétienne, et donc aussi de la constitution de l'Eglise "[6]. Les revendications prendront alors des couleurs spécifiques selon les contextes particuliers des différents continents. En Amérique Latine, en Asie et en Afrique, on est à la recherche d’une théologie adaptée aux différents contextes. Ainsi, nous avons :

            En Amérique Latine : Comme déjà dit récemment, le contexte qui vit naître la théologie de la libération latino-américain est marqué par des injustices sociales et politiques. Cela mettait en déphasage l’Evangile et la situation générale des populations évangélisées de ce sous-continent. La théologie de la libération latino-américaine se propose avant tout de libérer les pauvres de leur pauvreté et de dénoncer dans le capitalisme la cause de l’aliénation à la pauvreté de millions d’individus. Cette théologie se veut alors porteuse d’une espérance pour ces personnes bafouées dans leur dignité et dans leurs droits. En somme, la théologie de la libération en vogue en Amérique Latine insistait sur la libération intégrale de tout l’homme. C’est dans cette ligne de la libération de l’homme qu’abonde la théologie africaine de la libération.

            En Afrique : Les grands axes de la théologie négro-africaine ont été ébauchés par les théologiens suivant : Engelbert Mveng[7], Fabien Eboussi-Boulaga[8], Meinrad Hegba[9], Jean-Marc Ela[10]. Tout en mettant l’accent sur la lutte contre l’exploitation des nègres dans les sociétés post-coloniales, ces théologiens ont réfléchi sur la nécessaire inculturation de la foi et de l’Eglise sur le continent. C’est pourquoi les revendications demeurent surtout centrées sur le rôle des Eglises et des théologiens dans la reconstruction globale de l’Afrique. C’est pour cela que Mveng préconise une redécouverte de la véritable identité africaine par une libération culturelle et mentale qui s’avère nécessaire pour un réel vécu de la foi chrétienne[11].

            En Asie : Une réflexion originale sur la libération se caractérise par un dialogue fécond avec les grandes religions orientales. Car le christianisme avait intérêt à renouer avec ces religions déjà à pleine floraison dans ce continent asiatique. Cette réflexion s’est inspirée de la théologie latino-américaine de la libération. En outre, soulignons les revendications des théologies noires et noires sud-africaines aux Etats-Unis qui, au cœur des luttes de libération réclamaient également la dignité des noirs face au phénomène du racisme. Voici succinctement présentées, les revendications que tenaient mordicus les théologiens de la libération. L’Eglise pouvait-elle avaliser  de telles revendications ?



[1] Christian DUQUOC,  théologien français est né à Nantes en 1926. Il fut prêtre dominicain. Il a enseigne les cours de Dogmatique aux facultés théologiques de Lyon. Il est ancien directeur de la Revue Lumière et Vie. Ses ouvrages théologiques portent sur la vie terrestre Jésus.

[2] DUQUOC, Christian, Libération et progressisme,  P. 118.

[3] Mélano, Couch " Libération, une vision biblique in Concilium  n° 270, 1997, p. 35.

[4] Léonardo, BOFF, né en 1938 à Concordia, franciscain, ordonné prêtre, a enseigné la théologie au Brésil où il est apparu comme l’un des principaux théologiens de la libération. Interdit de prédication, il quitte le sacerdoce et les franciscains pour s’engager à Petropolis dans le service populaire d’aide aux mères et aux enfants des rues.

[5] BOOF, L., Qu-est-ce que la théologie de la libération ? , Coll. " Foi vivante ", Cerf, Paris, 1987, p. 15

[6] SOBRINO J., Ressurecion de la verdadera Iglesia, p. 108- 109 cité par GIBELLINI R, Panorama de la théologie Op. Cit., p. 428-429.

[7] ENGELBERT, M., est un jésuite camerounais qui milité toute sa vie pour la dignité de l’homme africain. Il a été directeur général et membre fondateur de l’association Œcuménique des Théologiens africains ( AOTA).

[8] Il est jésuite camerounais. Sa pensée est résolument critique, parce qu’elle émerge des profondeurs de la crise coloniale.

[9] Jésuite camerounais également. Sa contribution majeure dans le sillage de la théologie de la libération reflète sur les conditions de possibilité d’un discours théologique autonome et authentiquement africain.

[10] Le théologien qui fait de la pauvreté socio-économique des couches pauvres des sociétés africaines son lieu théologique principal.

[11] MVENG, « Une théologie africaine de la libération », Nouvelle Revue Théologique, n° 124, 2002,  p. 239.




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