III- Analyses critiques de cette théologie de la libération

 

1-Quelques reproches à l'endroit de cette théologie

 

            La théologie de la libération a suscité au sein de l’Eglise Catholique des critiques de tous ordres et des condamnations du Vatican en 1984. La Congrégation pour la doctrine de la foi condamnait les emprunts faits à la philosophie marxiste et tentait de recadrer les aspirations des peuples sud-américains dans la doctrine sociale de l’Eglise. En effet, le Cardinal Ratzinger s’est adressé à l’épiscopat de Pérou au compte de cette Congrégation pour fustiger l’archevêque Gustavo Gutiérrez dont la théologie est une version à peine corrigée de l’idéologie marxiste[1]. Ce dernier avait pour objectif de « faire du christianisme un facteur de mobilisation au service de la révolution ».[2] C’est bien le reproche principal fait à la théologie de la libération qui tendait à réduire la libération chrétienne aux seules dimensions politico sociales. Or « la libération est d’abord et principalement libération de la servitude radicale du péché. Son but et son terme sont la liberté des enfants de Dieu, don de la grâce. Elle appelle, par une suite logique, la libération de multiples servitudes d’ordre culturel, économique, social et politique, qui dérivent toutes, en définitive du péché, et qui constituent autant d’obstacles empêchant les hommes de vivre conformément à leur dignité »[3].

            Ce que l’on reproche au fond les théologiens de la libération est d’avoir fait passer au second plan la libération du péché. C’est ainsi que le Jésus de l’histoire, le Jésus libérateur devient aussi un Jésus politique. Car certains théologiens ont tendance à méconnaître la personne de Jésus Christ, vrai Dieu et vrai Homme. Dans ce sens lors d’un voyage à Mexico en janvier 1979, le pape Jean Paul II déclare que « cette conception du Christ comme une figure politique, un révolutionnaire (…) est incompatible avec les enseignements de l’Eglise ». C’est le reproche fait notamment aux écrits du jésuite Jon Sobrino, un proche de l’archevêque Oscar Roméo, faisant remarquer que le théologien accorde une place trop importante à l’aspect humain de Jésus au détriment de son aspect divin. Par ailleurs, dans le document « Interprétation de la Bible dans l’Eglise de la Commission Biblique Pontificale 1993 », qui a été présenté au pape Jean Paul II par le Cardinal Ratzinger, la théologie de la libération a été reconnue comme une théologie pertinente regorgeant des éléments assez importants.

  

 

1-    Les éléments pertinents de la théologie de la libération

 Notre observation s’oriente maintenant vers les apports de la théologie de la libération à l’Eglise universelle. L’instruction de 1984 qui condamnait violemment la théologie de la libération a été suivie par une autre instruction sur la Liberté chrétienne et Libération datée du 22 mars 1986, qui a mis en évidence de manière positive, les principaux aspects théoriques et pratiques de la théologie de la libération. Ainsi, l’Eglise a accueilli les termes libération et liberté par lesquels, elle peut dire sa foi la plus authentique. Elle y gagne l’avantage de s’appuyer sur une expérience concrète.

Par exemple, l’expérience des CCB ou CEB[4] dans les tâches de libération peut devenir une richesse pour l’Eglise entière. Cet exemple trouve son actualisation dans la vie de notre Eglise Famille du Burkina dans le processus de l’auto-prise en charge engagé par les CCB dans nos différents diocèses. Ce processus est à encourager car conclut le Père Fabien Eboussi- Boulaga « tant que les Eglises africaines accepteront passivement les subsides de l’Occident, elles ne pourront jamais être libres »[5].

      Nous pouvons noter comme point positif « l’option préférentielle pour les pauvres ». L’instruction de 1986, préfère les termes « l’amour de préférence pour les pauvres » car, « l’option préférentielle » peut être un choix partisan et pouvant faire surgir des conflits. Dans cette ligne, nous reconnaissons tout de même que cette option pour les pauvres est bonne dans la mesure où Jésus lui-même était proche des pauvres. En aimant les pauvres, l’Eglise témoigne de la dignité de l’homme. Elle affirme clairement que l’homme vaut plus par ce qu’il est que par ce qu’il a. Le pape Jean Paul II a également admis que la théologie de la libération pouvait être «  bonne, utile et même nécessaire ».

 

  

                                                           Conclusion

             Au parcours de notre exposé on pourrait dire que les théologiens de la libération ont fait " descendre la théologie dans la rue ". Cela est bien vrai car ce mouvement a rejoint la vie sociale et quotidienne d'un chacun en s'appuyant sur les textes bibliques. Les questions posées par les théologiens sont fondamentalement : Comment l'Eglise peut-elle être signe de libération intégrale au sein d'une société donnée ? Comment parler d'un Dieu qui se révèle à nous dans une réalité marquée par la pauvreté et l'oppression ? Les questions ainsi posées avec force accrue ont fait l’objet de réflexion des théologiens de la libération.

            Il est évident que ce mouvement a suscité de nombreuses réactions consternées dans le monde catholique. Les analyses critiques faites dans le développement demeurent valables jusqu'à nos jours. Dans cette lutte, l’Afrique s’est aussi engagée en essayant de poser un sérieux diagnostique et sans complaisance sur ses relations avec les Eglises d'Europe. Dans ce sens notre Eglise-Famille du Burkina et du Niger a encore beaucoup de chemin à parcourir pour se libérer de la tutelle de l’Occident en engageant sans réserve nos communautés chrétiennes de Base.

 

 

 

 Bibliographie

 

            Documents du Magistère

 

*      Documentation Catholique, n° 1881, « Instructions sur quelques aspects de la théologie de la libération », ( Libertatis nuntius), 1984, pp. 890-900.

*      Documentation Catholique, n° 1916, « Instruction Liberté chrétienne et libération » (Libertatis conscientia),  1986, pp. 393-410.

 

      Dictionnaire

 

*      Dictionnaire de Théologie, Cerf, Paris, 1988, art. «  Théologie de la libération ».

 

      Revues 

 

*      -AWAZI-MBAMBI-KUNGUA B, « Les métamorphoses de la théologie de la libération négro-africaine de la libération », Nouvelle Revue Théologique, Tome 124/n°2, 2002, pp. 238-250.

*      Melano Couch, « Libération, une vision biblique », Concilium, n° 270, 1997, pp. 20-21.

 

      Cours : Théologie Fondamentale professeur : Abbé Michel BELEMGOUABGA                             année académique 2004-2005.

 

      Ouvrages 

 

*      BOOF, L. et C. « Qu’est-ce que la théologie de la libération ? Collection Foi Vivante, Cerf, Paris, 1987, pp. 11-151.

*      GUITIERREZ, G., La libération par la foi. Boire à son propre puits ou l’itinéraire spirituel d’un peuple, Cerf, Paris, 1988.

*      GUITIERREZ, G., Théologie de la libération. Perspectives, éditions Lumen Vitae, Paris, 1974, pp. 17-341.



[1] Documentation Catholique, n° 1881, 1984,  p. 886.

[2] Marler, R. Introduction à la théologie de la libération,  Desclée de Brouwer, Paris, 1987, p. 142.

[3] Documentation Catholique, n° 1881, 1984, p. 886.

[4] Communauté Ecclésiale de Base

[5] EBOUSSI-BOULAGA, F., « L’exigence d’une catholicité africaine », Nouvelle Revue Théologique, n° 124, 2002, p. 243.

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