Décidément, les propos du Pape Benoît XVI sur le préservatif ne finissent pas de susciter des commentaires. Dernière réaction en date, celle du professeur Laurent K. Bado qu’on ne présente plus. Dans les lignes qui suivent, il apporte son soutien au souverain pontife. Comme sa dernière sortie médiatique sur les « coups d’Etat salvateurs », celle-ci ne manque pas de piquant. Lisez plutôt.

“Au Cameroun, le Pape Benoît XVI a exprimé, en des termes on ne peut plus de clarté cartésienne, son opposition aux préservatifs comme moyens d’endiguer la pandémie du Sida. Son opposition a fait l’objet de toutes les critiques et de toutes les contestations de par le monde. Une présentatrice de France 24, en entretien avec Alain Juppé, est allée jusqu’à se demander s’il ne faut pas destituer ce Pape qui rame à contre-courant de la société. Sans être ni prêtre (offrant), ni théologien, le fidèle catholique que je suis, croît avoir son mot à dire, ne serait-ce que pour échanger avec ses frères du Burkina Faso. Mon propos consistera à me demander pourquoi le Pape dit non aux préservatifs, puis, qui est contre le non du Pape aux préservatifs… ?

 

I - Pourquoi le Pape dit non aux préservatifs ?

Il y a la cité des hommes et la cité de Dieu. La première est constituée par nos Etats, autrement dit, nos sociétés regroupant un grand nombre d’individus qui, vivant sur un même territoire, unissent leurs efforts pour obtenir, sous une direction unique et avec des lois communes, une plus grande prospérité matérielle de tous leurs membres. La seconde est préparée ici-bas par les religions.

L’Etat et la religion ont donc affaire aux mêmes hommes : l’Etat est souverain dans l’ordre temporel et dans un ressort territorial donné ; la religion est souveraine dans l’ordre spirituel et sans ressort territorial donné (en ce qu’elle est universelle). La frontière entre les deux a été tracée, en ce qui concerne la religion catholique, par le Pape Léon XIII dans son encyclique « Immortale Dei » du 20 avril 1885 : à l’Eglise, tout ce qui concerne la religion, le salut des âmes, le service de Dieu ; à l’Etat, tout ce qui constitue le domaine civil et politique.

Mais ayant affaire aux mêmes hommes, l’Eglise et l’Etat doivent collaborer (cf. Pie XII, radio - message du 24 décembre 1951) car, l’Etat sans l’Eglise, c’est un corps sans âme et l’Eglise sans l’Etat, c’est une âme sans corps (cf. Léon XIII, encyclique « Libertas » du 20 juin 1888). Pour cette collaboration utile et nécessaire, il faut distinguer l’Eglise et l’Etat sans les séparer, les unir sans les confondre car, « séparer l’Etat de l’Eglise, c’est une thèse absolument fausse, une très pernicieuse erreur » (cf. Pie X, « Vehementer Nos » du 11 février 1906).

Au nom de cette collaboration, l’Eglise catholique s’autorise un droit de regard sur la conduite des affaires de la société par le pouvoir civil. Dans ce sens, le Concile Vatican II déclare que « l’Eglise qui…ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique…doit pouvoir et toujours prêcher la foi avec une authentique liberté, enseigner sa doctrine sociale, accomplir sans entraves sa mission parmi les hommes, porter un jugement moral, même en des matières qui touchent le domaine politique, quand les droits fondamentaux de la personne ou le salut des âmes l’exigent… » (cf. « Gaudium et Spes »).

En clair, l’Eglise pense avoir le droit, d’abord de définir, d’interpréter et de sauvegarder toutes les lois naturelles ou révélées qui doivent régir la vie sociale, ensuite, de juger si, dans tel cas concret, les décisions prises par l’Etat sont conformes ou non à ces lois, car, « elle ne peut renoncer à proclamer, devant ses fils et devant le monde entier, les lois fondamentales et inébranlables qu’elle doit de préserver de toute déformation, de toute obscurité ,de toute souillure, de toute fausse interprétation et de toute erreur » (cf. Pie XII, radio – message du 24 décembre 1942) ; « elle doit même intervenir si le pouvoir méconnaît ces lois naturelles » (cf. Pie XI, discours du 19 septembre 1925).

De ce qui précède, comment ne pas comprendre le non papal aux préservatifs quand on est un chrétien vrai de vrai et non de nom ? Benoît XVI est le successeur de saint Pierre sur qui Jésus a bâti son Eglise ; il est le gardien non sommeilleux du dépôt sacré de la foi dont un seul iota ne doit disparaître. En disant non aux préservatifs, ce n’est pas un homme politique, un philosophe, un scientifique qui se prononce sur un phénomène social. C’est le chef suprême de l’Eglise catholique, le vicaire du Christ qui proclame, urbi et orbi, une valeur et une exigence de la foi catholique. C’est à prendre ou à laisser. Et moi, je prends : la vertu n’est jamais où la vérité n’est pas. La vérité, c’est que Dieu a créé l’homme et la femme (égaux en nature et en vocation mais différents) pour parachever sa création (« Emplissez la terre et soumettez- la).

Placés au-dessous de Dieu et au-dessus des animaux, l’homme et la femme, pour remplir leur mission assignée par le Créateur, sont appelés à devenir un par le lien du mariage. L’union de leurs âmes s’exprime par l’union de leurs corps. En d’autres termes, par l’acte charnel, homme et femme manifestent l’amour qui les unit et peuvent continuer l’œuvre de procréation. L’amour poursuit donc des fins : le bonheur du couple (« il n’est pas bon que l’homme soit seul ; il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie » !) et le pouvoir de procréer.

Il se trouve qu’avec la civilisation des plaisirs, le sexe est ramené au rang de produit de consommation courante ; on fait l’amour comme on fume ou on boit, donc sans amour au nom d’un prétendu besoin physiologique (quand chez nous, le sexe était un tabou ; filles et garçons étaient nus jusqu’au mariage sans se donner dans le libertinage sexuel et l’homme marié devait s’abstenir tant que le nouveau – né ne marche pas !) et on ne voit dans la femme qu’un gadget sexuel : son vagin est dévalorisé, son clitoris est promu, l’amour lesbien est exalté sur l’air du TE DEUM ! La sanction de cette sexualité désordonnée, désorientée et déshumanisée (avec l’homosexualité, la pédophilie, l’animalité), c’est le sida, annoncé par saint Paul dans Romains I, 24-25-26.

Le préservatif, n’en déplaise aux scientifiques enflés d’orgueil, mais vides de tout bon sens, est un remède pire que le mal qu’il entend guérir en ce qu’il ne s’attaque pas aux causes de la maladie, mais aux conséquences ; comme certains remèdes administrés, il a un effet secondaire : il incite au libertinage sexuel, à la dévalorisation et à l’animalisation de l’amour humain, ce qui est contraire au plan de Dieu.

Si on n’arrête pas le vent au filet, tout comme on ne conserve pas une glace dans un four, on n’éradiquera pas le sida par le port du préservatif qui est un stimulant irrésistible à la dissolution morale. C’est par une sexualité ordonnée, orientée, respectueuse de la dignité native et de la vocation de l’espèce humaine que le virus diabolique repartira où il se cachait. Voici la vérité biblique que le Pape s’est contenté de rappeler aux chrétiens et aux hommes de bonne volonté. Il ne demande à personne de l’accepter. Il dicte seulement aux disciples de Jésus leur devoir moral. Et quand la vertu parle, force est au vice d’avoir la décence de se taire.

 

II- Qui est contre le non du Pape aux préservatifs ?

Ceux qui pensent et disent que Benoît XVI est un vieillard sénile, complètement fermé au monde et à son évolution, ne se trompent pas ; ils ont une idée claire derrière la tête qui est de détruire l’Eglise Catholique. Les ennemis déclarés ou cachés de celle-ci, il faut les rechercher en dehors et au-dedans. D’abord, les ennemis du dehors. La révolution libérale de 1789 a fait un grand mal à la société humaine.

En érigeant la liberté individuelle en un bien et valeur suprême, elle a fait de l’individu un roi dans le groupe au moyen d’ailleurs d’un mensonge monstrueux et d’une contradiction stérile. Le mensonge tient à ce postulat erroné emprunté à ce philosophe tourmenté de Jean Jacques Rousseau : « L’homme est né libre à l’état de nature mais, pour garantir sa survie, il a passé un contrat avec d’autres hommes pour fonder une communauté ». Voilà qui est faux, aussi faux qu’une chose puisse l’être.

La vérité est que tout homme naît dans une société domestique (la famille) ayant ses principes, elle- même inféodée dans une société civile plus vaste (l’Etat) ayant ses lois et ses valeurs ! La contradiction se trouve dans la déclaration selon laquelle « le but de toute association politique (c’est-à-dire de la société constituée) est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme » (cf. article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789).

Voilà qui est absurde : comment l’homme, pour son mieux-être, peut-il renoncer volontairement à sa liberté de nature (où il fait tout ce qu’il veut, tout ce qui lui plaît, tout ce qui lui convient) par un contrat de vie en communauté humaine et prétendre continuer à jouir de cette même liberté de nature dans la communauté ainsi fondée ? Par ce mensonge initial et cette contradiction finale, la révolution a déifié l’homme : sa raison lui suffit pour déterminer le vrai et le faux (et tant pis si elle est incompétente !) et sa conscience lui suffit pour déterminer le bien et le mal (et tant pis si elle est dévoyée !).

Le libéralisme repose ainsi sur un principe fondamental dégagé par le cardinal Billot : « La liberté est le bien fondamental de l’homme, bien sacré et inviolable auquel il n’est point permis de porter atteinte… par suite, cette liberté sans limite doit être la pierre immobile sur laquelle s’organiseront tous les éléments des rapports entre les hommes, la norme immuable d’après laquelle seront jugées toutes choses du point de vue du droit ; dès lors, sera équitable, juste et bien, tout ce qui, dans une société, aura pour base le principe de la liberté individuelle inviolée, inique et pervers tout le reste ». Le libéral, comme défini par l’Abbé Roussel en 1926, est « un fanatique d’indépendance qui la prône, jusqu’à l’absurdité, en tout domaine ».

Voici donc les ennemis du dehors : ce sont tous ces champions de la liberté individuelle infinie, définie par l’indéfini. Pour eux, rien ne doit s’imposer à l’individu du dehors puisqu’il a sa raison pour distinguer ce qui est vrai de ce qui est faux, et sa conscience pour distinguer ce qui est bien de ce qui est mal. Autrement dit, ni la société, ni Dieu ne peuvent dicter des choix à l’individu ; si ce dernier choisit de se jeter sur le sexe avec l’assouvissement d’un fauve libéré, il exerce pleinement et souverainement sa liberté morale.

Par conséquent, s’opposer aux préservatifs, c’est limiter la liberté de disposer de son corps, de jouir de son sexe selon son bon vouloir et ce, au nom d’un principe imposé de l’extérieur ! Le non papal aux préservatifs viole donc le principe fondamental du libéralisme ; il ne peut qu’irriter les partisans de l’individu - roi, de l’homme qui se fait Dieu. Ensuite, les ennemis de l’intérieur. Ce sont les mêmes libéraux qui se sont infiltrés à l’intérieur de l’Eglise catholique, comme le ver dans le fruit, pour la détruire. Les fanatiques d’indépendance de l’homme entendent chasser Dieu de la cité des hommes et ils s’y sont préparés depuis la révolution.

On se rappellera que Jésus avait mis ses disciples en garde contre les faux prophètes, c’est-à-dire tous ceux qui viendront enseigner autre chose que ce qui a été révélé. Il était allé jusqu’à se demander s’il trouvera la foi, à son retour, sur la terre. A sa suite, Pierre, Jude, Jean et Paul ont annoncé les faux docteurs, les antéchrists et les impies. Dans sa seconde épître à Timothée, Paul prévoit les temps modernes : « Il viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine ; mais ayant la démangeaison d’entendre des choses agréables, ils se donneront une foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l’oreille de la vérité et se tourneront vers les fables ».

Effectivement, depuis 1789, les partisans de l’individu- roi tentent de changer, non pas l’aventure de l’Eglise catholique dans le temps et l’espace, mais sa nature, de façon à l’anéantir :
 au lendemain de 1789 qui a célébré la rupture entre la cité des hommes et la cité de Dieu, des catholiques (prêtres ou laïcs), sous couvert de réconcilier le christianisme et la pensée moderne, vont interpréter les Saintes Ecritures pour les conformer aux exigences intellectuelles, philosophiques, morales et scientifiques des temps modernes.

Ce fut la conduite d’un Félicité de Lamennais qui n’hésita pas à affirmer que « l’humanité est infaillible et ses membres ont le droit de s’exprimer en l’absence d’une tête pensante…Le développement de la liberté individuelle est la condition nécessaire du salut des hommes » !. En clair, on n’a pas besoin d’un Pape pour nous dicter la voie à suivre ! C’est peut-être à cette dérive que la Vierge Marie pensait en confiant aux enfants de La Sallette, en 1846, que « Rome perdra la foi, une éclipse se répandra sur Rome ».

A la même époque, un ancien prêtre excommunié et converti au libéralisme, Roca de son nom (1830-1893), fera des drôles de prophéties sur l’avenir de l’Eglise catholique : « La nouvelle Eglise, qui probablement ne pourra plus rien garder de l’enseignement et de la forme primitive de l’ancienne Eglise, recevra néanmoins la bénédiction et la juridiction canonique de Rome… Le culte divin (liturgie, cérémonial, rituel) subira une transformation à la suite d’un concile œcuménique qui lui rendra la simplicité respectable de l’âge d’or apostolique, en accord avec l’état nouveau de la conscience et de la civilisation moderne…

Il en ressortira une chose qui fera la stupéfaction du monde ; cette chose sera la démonstration de l’accord parfait entre l’idéalité de la civilisation moderne et l’idéalité du Christ et de son Evangile. Ce sera la consécration du nouvel ordre social et le baptême solennel de la civilisation » (cf. A. Briault et P. Fautrad, Le ralliement de Rome à la Révolution, Fautrad, Paris, 1978). Inquiétant n’est-ce pas ? Roca a prédit alors la chute de la papauté, « morte sous le couteau sacré que les Pères du dernier Concile forgeront » et la dévalorisation de la fonction sacerdotale, « les nouveaux prêtres se disant progressistes, abandonnant la soutane et se mariant » ;

 dans la seconde moitié du 19e siècle, le mouvement libéral dans l’Eglise s’amplifia. Le chef de file de ce mouvement, Alfred Loisy, ira jusqu’à dire que « les catholiques doivent adapter la religion aux besoins intellectuels, sociaux et moraux du temps présent ». En clair, il faut adapter Dieu à l’homme moderne à partir d’une relecture de la Bible ! Le catholicisme libéral gagna toute l’Europe, pénétra en Amérique où il prit le nom d’Américanisme qui fut condamné en 1899 par le Pape Léon XIII ( cf. « Testem Benevolentiae ») ;

 dans la première moitié du 20e siècle, la montée du catholicisme libéral est si puissante que le Pape Pie X (élu à la place du cardinal Rampola que les francs-maçons voulaient hisser à la tête de l’Eglise !) s’en prit violemment aux réformateurs : « Il n’a jamais manqué d’hommes au langage pervers, diseurs de nouveautés et séducteurs, sujets de l’erreur et entraînant à l’erreur. Mais il faut le reconnaître, le nombre s’est accru étrangement, en ces derniers temps, des ennemis de la Croix de Jésus-Christ » ( cf. « Pascendi Dominici Gregis » du 8 septembre 1907).

Et le Saint-Pape de les montrer du doigt : « Ce sont des laïcs et des prêtres qui, sous couleur d’amour de l’Eglise, absolument courts de philosophie et de théologie sérieuses, imprégnés au contraire jusqu’aux moelles d’un venin d’erreur puisé chez les adversaires de la foi catholique, se posent, au mépris de toute modestie, comme rénovateurs de l’Eglise ! ». C’est peut-être ce péril rénovateur qui a poussé la Vierge Marie à confier aux enfants, en 1917, à Fatima, que « l’Eglise et sa hiérarchie subiront une désorientation diabolique » !

 au milieu du 20e siècle, le cardinal Pacelli, futur Pape Pie XII, fera part de ses angoisses : « … J’entends autour de moi des novateurs qui veulent démanteler la Chapelle Sacrée, détruire la flamme universelle de l’Eglise, rejeter ses ornements, lui donner le remords de son passé historique. Eh bien, j’ai la conviction que l’Eglise de Pierre doit assumer son passé ou alors elle creusera sa tombe… Un jour viendra où le monde civilisé reniera Dieu, où l’Eglise doutera comme Pierre a douté. Elle sera tentée de croire que l’homme est devenu Dieu, que son Fils n’est qu’un symbole, une philologique comme tant d’autres et, dans les églises, les chrétiens chercheront en vain la lampe rouge où Dieu les attend comme la pécheresse criant devant le tombeau vide : où L’ont-ils mis ? » (cf. Simple Lettre, numéro 53, novembre - décembre 1988) ;

 dans la seconde moitié du 20e siècle, le Concile Vatican II a été l’occasion rêvée pour les rénovateurs de semer l’ivraie dans le champ de Jésus-Christ. Pour réconcilier le catholicisme et le modernisme, il a assimilé (et le mot est du cardinal Joseph Ratzinger, actuel Pape Benoît XVI !) les valeurs de deux siècles de culture libérale. Cette assimilation est à peine voilée dans le discours de clôture du Concile, prononcé le 7 décembre 1965 par le Pape Paul VI : « Toute la richesse doctrinale du Concile ne vise qu’à une chose : servir l’homme… La religion du Dieu, qui s’est fait homme, s’est rencontrée avec la religion – car c’en est une – de l’homme qui se fait Dieu ….

Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ». Et quatre ans plus tard, Paul VI dira : « Est désormais bien connue de tous la position nouvelle adoptée par l’Eglise par rapport aux réalités terrestres… l’Eglise accepte de reconnaître le monde comme auto- suffisant, elle ne cherche pas à en faire un instrument pour ses fins religieuses » (cf. L’Observatore Romano du 24 août 1969). Voilà qui se passe de commentaire, sauf à donner celui du cardinal Suenens : « Le Concile, c’est 1789 dans l’Eglise ».

L’ivraie semée par les rénovateurs a poussé, créant une crise au sein de l’Eglise. Paul VI a parlé de cette crise successivement le 7 décembre 1968, le 8 décembre 1970 et le 29 juin 1972 (cf. Doc – Catho, numéro 1531, p 12, Una Voce, numéro 144 de janvier –février 1989, p2 et Doc Catho, numéro 1813 p. 658). Et, dans son entretien avec Jean Guitton en septembre 1977, il expliquait cette crise en ces termes : « A l’intérieur du catholicisme, une pensée de type non catholique semble parfois avoir le dessus » ! Jean Paul II en a parlé dans un discours daté du 6 février 1981 : « De nombreux chrétiens se sentent perdus, confus, perplexes et même déçus…Des idées sont répandues de tous côtés qui contredisent la vérité qui fut révélée et a toujours été enseignée.

De véritables hérésies ont été divulguées dans les domaines du dogme et de la morale ». Le cardinal Joseph Ratzinger, en sa qualité de préfet, depuis 1982, de la sacrée congrégation pour la doctrine de la foi, a confessé dans ses « Entretiens sur la foi » (cf Fayard, Paris, 1985, p 30 et s) que « on s’attendait à un bon en avant et on s’est retrouvé au contraire face à un processus de décadence ». Il a même ajouté : « Il faut affirmer en toutes lettres qu’une réforme réelle de l’Eglise présuppose un abandon sans équivoque des voies erronées dont les conséquences catastrophiques sont désormais incontestables ».

On le voit bien, les ennemis intérieurs sont prêts à réussir leur pari : libérer l’homme du joug de Dieu. Ils sont partout, à tous les niveaux de la hiérarchie catholique. Un seul exemple : en 1988, suite au scandale de la célèbre loge P2 dont Licio Gelli était le grand Maître, la police avait dressé une liste de 79 prélats italiens francs-maçons (liste publiée par Simple Lettre, numéro 52 de septembre –octobre 1988). Même le Père Annibal Bugnini, qui a présidé la commission préparatoire de la messe normative de Paul VI, a été reconnu franc-maçon et limogé le 11 juillet 1975 de son poste de secrétaire de la sacrée congrégation pour le culte divin.

On a une idée du travail accompli par les partisans de l’homme qui se fait Dieu avec cette opinion du franc-maçon Yves Marsaudon sur les résultats du concile : « Nous ne pensons pas qu’un franc-maçon digne de ce nom ne puisse se féliciter sans réserve des résultats irréversibles du concile… On peut vraiment parler là d’une révolution qui, partie de nos loges maçonniques, s’est étendue magnifiquement au-dessus du dôme de saint Pierre » (cf. Présent du samedi 21 février 1987).

On doit craindre pour l’avenir de l’Eglise avec les voies erronées qui prennent le dessus, dans la pratique, sur les voies justes : des congrégations religieuses font des campagnes pour l’avortement, l’homosexualité, la fin du célibat des prêtres (entre le 7 décembre 1965 et le 31 décembre 1985, 70 000 prêtres ont pris femme en Occident !) ; des dogmes et des commandements de Dieu sont remis en cause ; par exemple : Mgr Gaillot déclare que l’évangile est une parole comme une autre, à ce titre contestable, que nous ne devons pas chercher à imposer, que l’acte sexuel en dehors du mariage n’est pas un péché, que les homosexuels sont d’excellents catholiques ; les évêques Bouchex, Coffy, Facheau, Garrone, Gouyon, Honoré, Maziers, Motte, Panafieu, Pézéril, etc., et les Pères Pascal, Cardonnel, Blanquart, nient l’au-delà !

Le Père Durand traite même d’idiots les catholiques qui croient au ciel : « Un tas de gens s’imaginent qu’après la mort, il y a quelque chose, une vie. C’est dingue » (cf. Introïbo numéro 20 d’avril 1978 ) ; l’abbé Charlot nie la présence réelle : « L’hostie ne contient pas Jésus ; elle révèle sa présence agissante en son Eglise… » ; l’abbé Bernard Feuillet affirme que Jésus n’est pas Dieu ! Pierres vivantes et parcours catéchétiques (nouveau recueil illustré de catéchisme depuis 1981 en France) nient l’ascension, l’assomption, l’annonciation, le purgatoire et l’enfer. Elles vont jusqu’à dire que Jésus n’est pas venu sur terre pour notre Rédemption, mais qu’il est mort pour s’être solidarisé avec les méprisés et les exclus !

Quant à la messe normative de Paul VI, dont le caractère sacrificiel est intelligemment évacué (dépouillement de l’autel et de l’Eglise malgré la condamnation de Pie XII avec son encyclique « Médiator Dei « de 1947 ; mise à l’écart du Tabernacle ; utilisation de corbeilles, écuelles vernies, calebasses peintes pour la distribution de la communion, malgré la condamnation de Jean Paul II avec son instruction « Inestimabile Donum » du 23 mai 1980 ; communion debout et à la main à la mode arienne, condamnée par Jean Paul II à l’article 9 de son instruction précitée, par le Pape Sixte 1er en 120, par le Pape Saint Eutychien au 3e siècle, par les conciles de Rouen et de Constantinople et même par Vatican II qui ne l’a acceptée que là où elle était déjà pratiquée !), elle a chassé des milliers et des milliers de catholiques qui ont rejoint l’athéisme, ou les sectes, ou encore d’autres religions comme l’islam (plus de 1000 mosquées construites entre 1980 et 1990 en France contre 10 seulement entre 1970 et 1980 ! Dans la seule année 1987, 100 000 catholiques se sont convertis à l’islam selon le Figaro du 17 septembre 1987).

Les ennemis de Dieu, dans cette bataille sans merci contre l’Eglise, ont une arme fatale : l’abandon, par le prêtre, de l’habit clérical. Nombreux sont les prêtres qui croient réellement que l’habit ne fait pas le moine ; ils feignent d’oublier que la plume fait l’oiseau ! Les ennemis de l’Eglise, eux, ne s’y trompent pas. Le 4 mars 1904, Ferdinand Buisson, un anticlérical enragé, déclarait : « L’habit ne fait pas le moine ! Eh bien, je soutiens que c’est l’habit qui fait le moine. L’habit, pour le prêtre, est le signe, le symbole perpétuel de sa mise à part, le signe qu’il n’est pas un homme comme les autres…Cet habit est une force et la mainmise d’un maître qui ne lâche pas son esclave.

Et notre rêve est de lui arracher sa proie. Quand l’homme aura déposé cet uniforme de la milice où il est enrôlé, forcément, il retrouvera la liberté de s’appartenir… il redeviendra sûrement, tôt au tard, l’homme de la famille, l’homme de la cité… Laissons-le se laïciser tout seul, la vie aidant, comptons sur la nature pour reprendre ses droits ». A chacun d’apprécier ! Un autre franc-maçon, Breyer, déclarera en 1959 : « La liquéfaction de Rome se termine sous l’effort d’une jeune prêtrise qui n’aura plus rien de commun avec l’obscurantisme clérical ».

A mon sens, c’est tout cela qui pousse Benoît XVI à vouloir redresser la barque de Saint Pierre, en ramenant l’Eglise au but divin dont elle est en train de s’écarter sous l’action et la pression des ennemis de Dieu. Il ne cherche pas à plaire ni aux chrétiens, ni aux autres hommes, mais plutôt à satisfaire à la loi divine. Admettre le préservatif pour combattre le sida qui s’origine dans la dissolution des mœurs, c’est autant conseiller à l’ivrogne de continuer à boire en prenant un produit désenivrant !

Courage Saint-Père !

Député Laurent K. Bado : Ancien séminariste

 

 

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