Conférencier : Mgr Gabriel SAYAOGO, évêque de Manga

 

c. L’équipe sacerdotale

Equipe ou communauté ? Aujourd’hui comme hier beaucoup de discours se font pour savoir quel terme exact employer pour désigner le milieu ambiant dans lequel se retrouve le prêtre comme dans sa famille propre. Certains emploient volontiers le terme communauté, parce que, disent-ils, dans la communauté tous les éléments ont conscience d’être différents et savent qu’ils sont appelés à former une agrégation, à devenir un groupe (exemple : le peuple burkinabe). D’autres préfèrent le mot équipe, alléguant que dans l’équipe les membres ont une même et unique orientation telle une équipe de foot-ball. Equipe et communauté vont de pair. L’essentiel est le contenu que l’on y met et non l’étymologie des mots. Toutefois, pour le présent entretien, le mot le plus utilisé sera ‘’équipe’’. 

Dès le début, Jésus a voulu que sa mission d’annoncer l’Evangile à tous les hommes soit réalisée par une équipe. Après le baptême reçu de Jean le précurseur et après un temps relativement long de jeûne et de prière, il se choisit des compagnons de vie, des collaborateurs qu’il enverra selon les opportunités dans les villes et villages (cf. Lc 10, 1-10). En leur compagnie, il parcourra sa terre natale, faisant le bien sur son passage.   

Même si individuellement on peut annoncer Jésus, comme l’a été la mission de Philippe (Ac 8, 26-40) et bien d’autres cas, c’est en équipe, en famille, en fraternité ou en groupe que l’Evangile est le mieux porté aux autres. C’est le fait d’être ensemble avec le Christ qui peut changer le monde. Une équipe serait bien fragile si ses composantes se contentaient entre elles de la simple camaraderie, de la simple amitié, de l’affection purement humaine. Il faut, avant tout, l’amour du Christ comme ciment qui nous soude les uns aux autres. L’équipe aura ses chances de survie si elle est composée de gens décidés à s’aimer jusqu’au bout, sans avoir de fausses indulgences les uns pour les autres. 

C’est à l’amour que les prêtres auront les uns pour les autres, que le monde saura qu’ils sont disciples du Christ. L’unité est nécessaire pour que se construise le Royaume de Dieu. Dans tous les passages d’Evangile qui peuvent être regroupés comme faisant partie du testament de Jésus, la longue prière pour l’unité occupe certainement la première place, du point de vue importance. De l’affection au service en passant par l’unité des cœurs, Jésus recense tout ce qui est utile aux disciples pour être vraiment siens et ses témoins (cf. Jn 17, 1-26). Entre mission et équipe, il ne peut y avoir, et il n’existe pas d’opposition.

 Notre fin commune c’est Dieu en tant qu’il se communique à nous et nous transforme dans une société d’amour. Dieu nous veut en équipe avec lui. L’image de la Sainte Trinité nous est offerte comme modèle ultime de l’équipe. Trois personnes dans une cohésion totale et une communication sans frontières ni barrières qui ne font cependant pas disparaître les distinctions entre elles ni leur rapport propre au sein de ce mystère. A l’intérieur de l’équipe sacerdotale, chacun de nous garde aussi sa propre personnalité et ses caractères, mais devrait les assumer en face de ses coéquipiers.

C’est une illusion que d’attendre de l’équipe la perfection totale pour s’y donner à fond. L’équipe ne peut donner en réalité que ce qu’elle reçoit de chacun de ses membres. Il nous faut à tout prix éviter le risque et la tentation de vouloir devenir indépendant pour ainsi organiser notre vie selon nos goûts personnels, tout en laissant apparaître extérieurement que nous sommes très donnés aux autres. Il n’est de secret pour personne. Nous le savons tous, le don aux autres, quand ceux-ci sont externes à mon équipe est tellement facile et tentant. Il devient même plus fort lorsque ces externes ne sont pas du tout du corps. Certes, l’équipe n’est pas le but ultime de notre vie de prêtre encore moins de notre don. Pour l’Apôtre cependant, elle est le baromètre indéréglable. C’est en mesurant sa générosité à l’intérieur de sa propre communauté que celui-ci connaît sa vraie pression apostolique.

 Le dévouement absolu aux autres, la catéchèse, les sermons enflammés, le style de vie pauvre, l’étalage de notre sainteté… Tout cela ne servira de rien et à rien si dans notre équipe, nous ne sommes pas enracinés dans la charité. Si nous ne pouvons pas manger en même temps que les autres confrères, si nous ne pouvons pas respecter un certain horaire de présence au presbytère, notre prétendue pastorale de proximité ne serait qu’évasion.

 Selon une option d’Eglise, nous sommes envoyés, non individuellement, mais en équipe, pour la mission du Christ et de son Eglise. Nous devenons ainsi, éléments d’une communauté sacerdotale dans laquelle les membres ne se sont pas choisis mais se sont acceptés. Le malheur d’une équipe sacerdotale serait d’avoir des personnes juxtaposées les unes aux autres, ou des personnes cheminant parallèlement, qui ne se veulent pas, ou pire, qui s’ignorent royalement. Nous ne sommes pas seuls, individuellement, responsables des communautés qui nous sont confiées. Nous le sommes en communauté. C’est pour cela que la vie d’équipe des prêtres doit se manifester et se concrétiser dans une vie de toit, de table et de prière.

 Pour faire équipe, il faut toujours considérer le motif du choix des Apôtres par le Christ lui-même. « Il en choisit douze pour qu’ils soient avec lui et pour que, comme lui, ils annoncent l’Evangile et qu’ils chassent les démons » (Mc 3, 14). Etre de la même équipe requiert de la part de chacun une attention à porter à l’autre. Il s’agit de savoir comprendre l’autre, savoir repérer d’une part ce qui est susceptible de provoquer sa joie et son épanouissement dans l’équipe et d’autre part ce qui peut être pour lui cause de frustration.

 L’équipe est un lieu de partage de responsabilités. Mais plus qu’un lieu de simple répartition de tâches, l’équipe est une famille où chacun essaie de respecter les horaires, de respecter la nature de la communauté, où chacun se laisse reprendre en reprenant les autres. Prenons garde de ne pas laisser un confrère à la dérive. Fermer les yeux n’est pas une forme d’entraide. Dans un livre qu’il a intitulé « Prêtre de tous », Mgr John C. HENAN écrit : « Si le prêtre n’a pas le confort chez lui, il le cherche ailleurs. » Le chez lui ordinaire du prêtre c’est le presbytère. Il n’y a pas d’autre confort aussi pour le prêtre, au sein d’une équipe, que d’être compris, de pouvoir échanger, d’être écouté, pouvoir s’exprimer, et également se sentir à l’aise. Ce qui est primordial pour le prêtre c’est la relation humaine.

Pour bien remplir sa mission, le prêtre a besoin d’un minimum de bien-être matériel que constituent le bureau, la chambre, le couvert, un moyen de déplacement. Ces choses varieront selon les lieux et les temps. Les prêtres se rappelleront d’ailleurs qu’ils sont prêtres à la manière et à la suite du Christ, pauvre et humble. Plus les prêtres ressembleront à Jésus, moins il y aura des chances de ne pas s’entendre dans les équipes. La paix nous vient de l’humilité plutôt que d’une conscience tranquille et tranquillisée.  

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