Conférencier : Mgr Gabriel SAYAOGO, évêque de Manga

 

 

MOT DE CLOTURE

Excellence et chers frères,

A la fin des travaux de cette matinée, il me plaît à nouveau de prendre la parole pour conclure ce que la providence divine nous a donné de vivre ensemble. Je ne tire pas de conclusions. Il ne me revient pas de le faire. C’est plutôt à vous qu’il incombe de prendre des résolutions pour rendre le Christ présent aux hommes de ce temps. Je voudrais juste revenir sur quelques points qui pourraient nous être utiles dans notre mission de guides, d’animateurs, d’accompagnateurs de communautés, qu’elles soient paroissiales ou autres.

Prêtre ! Prêtre pour qui, prêtre pour quoi faire ? Nous sommes prêtres, envoyés par un Evêque, au sein d’une équipe, au service d’une communauté. Il semble de la plus haute importance de réfléchir sur la figure du prêtre que nous-nous donnons, à nous-mêmes et au confrère qui est en face de nous. La Congrégation pour le Clergé, dans son document « le prêtre, pasteur et guide de la communauté paroissiale », dit qu’on a eu plusieurs types de prêtres : prêtre sociologue, prêtre thérapeute, prêtre politicien, prêtre en vacances, prêtre à la retraite… L’expérience nous montre qu’on a eu le prêtre ouvrier, le prêtre soldat. Curés ou vicaires, il nous faut nous interroger sur le type de prêtre que nous sommes.  

La vie communautaire présente souvent des difficultés. Du côté des vicaires on a l’impression que certains sont des ‘’manœuvres’’ (qui attendent des ordres pour les exécuter) ou des brouettes (qui ne peuvent rien entreprendre d’eux-mêmes). De l’autre côté, celui des curés, on note une mentalité de contre-maîtres, chefs de chantier, pistoléros (western), des curés à tout faire, des curés illuminés, des curés patrons...

Le curé est l’animateur principal de la paroisse, le pivot de l’équipe. C’est de sa politique d’animation que dépend la bonne marche de la communauté et la réalisation des différents objectifs. Le curé est chef. Et il y a plusieurs figures de chefs. Il y a d’abord ceux qui se mettent devant et qui interpellent : « Suivez-moi » ; il y a ensuite ceux qui appellent à la coresponsabilité et qui engagent tout le monde : « Allons-y » ; il y a enfin ceux qui sont assis et qui donnent les ordres : « A mon commandement, partez… » Chaque chef sait qu’il a une autorité et l’exerce à sa manière, mais tous visent le même objectif : réussir.

Dans un écrit, Mgr Paul OUEDRAOGO décrit ainsi les différents styles de l’autorité :

« - Autoritaire : il aime la fermeté et la clarté dans les ordres et les décisions. Il manque quelquefois de souplesse et peut même être un peu cassant.

- Coercitif : il aime la sanction pour réprimander. Il inspire la crainte et tolère très peu les lacunes et les fautes. Il peut entraîner la peur et la dissimulation pour éviter la sanction.

- Démocratique : il aime la participation et la responsabilisation ainsi que la délégation du pouvoir. Il peut perdre beaucoup de temps dans les concertations sans arriver à une décision ferme.

- Affectif : il recherche l’adhésion des collaborateurs, soigne les relations humaines, donne de l’importance au climat de travail. Manque souvent de fermeté et compose avec le laisser-aller et même quelquefois le pourrissement des situations.

- Coach : Il est un entraîneur, détermine avec clarté les objectifs à atteindre, laisse de la liberté et de l’initiative pour ce qui est du chemin pour y parvenir. Il peut ne pas se rendre compte que les autres ne suivent pas ou qu’il leur demande trop.

- Charismatique : Il est attachant et emballant quand il présente ses projets ou ses décisions et suscite beaucoup d’adhésion. Il est un peu idéaliste. Il est quelquefois le seul à croire en ses objectifs et donc décolle sans les autres. » (cf. Paul Mgr OUEDRAOGO, L’exercice de l’autorité dans l’Eglise in A.S.A., ‘’Ecoute, Afrique n° 8, avril 2006, p. 60).

Aucun style n’est sans difficulté. Il faut seulement savoir composer. Le curé est chef. Il a l’autorité et il l’exerce selon un style qui lui est propre et en fonction de circonstances. Jésus n’a pourtant pas manqué de mettre ses disciples en garde contre l’imitation de l’autorité des chefs des nations qui dominent sur elles en maîtres et des grands qui font sentir leur pouvoir (cf. Mc 10, 42). 

Même s’il travaille sous l’autorité d’un curé, le vicaire a droit à l’initiative. Il a son mot à dire, non pour toujours contester mais pour apporter du constructif. En tant que vicaire, ai-je ce minimum d’initiatives ou est-ce que je me contente uniquement d’attendre des directives et de les exécuter ? Le vicaire est prêtre comme le curé. Est-il toujours nécessaire d’attendre que l’on nous fasse expressément appel pour agir ?  

L’un et l’autre, curé et vicaire, sont appelés à la collaboration. Six années de formation de grand séminaire avec une année de stage pratique nous donnent l’illusion d’être des hommes à tout faire, à tout connaître. Bref ! nous-nous croyons experts en tout comme notre Mère Eglise « experte en humanité. » Curé et vicaire ont besoin l’un de l’autre et ils ont besoin des laïcs. Ne serait-ce que pour le temps, nous avons besoin des laïcs. Il s’agit pour nous de prendre conscience du besoin de formation de nos collaborateurs laïcs, et de la nécessité de les responsabiliser.    

Pour une bonne politique d’animation de nos CCB, des mouvements d’action catholique, des autres structures d’Eglise, l’apport des laïcs peut nous être d’un grand secours. Accordons-leur une place et la bonne dans l’animation de nos paroisses. Dans beaucoup de secteurs, les laïcs ont des compétences. Confions-leur l’animation globale des groupes et assumons celle spirituelle qui demande le concours d’un ministre ordonné.

 Les forces et les faiblesses de la gestion de la chose publique se retrouvent dans le commandement (l’ordre donné par le chef et la conclusion qu’il tire), la délégation du pouvoir (le partage occasionnel ou permanent -stable- du pouvoir par la concession de facultés), le contrôle (la vérification de l’exécution des options) et la visibilité (le contact que l’on a avec le pouvoir) (cf. Paul Mgr OUEDRAOGO, op. cit. p. 61.62).

Nous sommes prêtres pour être guides et pasteurs de communautés. Cela se fait d’abord par une unité de cœur, une unité d’esprit, une unité d’agir pastoral. En un mot, il nous faut nous concerter, répartir les tâches, évaluer nos actions et accepter de rectifier le tir. Il faut planifier, avoir un calendrier pastoral dans la paroisse. Revêt une importance capitale pour nous aider à cela, le conseil de poste. Exception faite pour les équipes à deux, et même là, le conseil d’équipe doit être hebdomadaire afin de pouvoir suivre pas à pas le calendrier paroissial.

Beaucoup de raisons (déplacement, absence des uns et des autres) peuvent le rendre mensuel ou même plus large. Mais visons proche pour ne pas nous retrouver en fin d’année avec seulement deux ou trois conseils d’équipe. Tous les problèmes pastoraux ne peuvent pas trouver de réponse à table, uniquement pendant les repas. Dans la gestion de la chose ecclésiastique, la concertation est indispensable pour ne pas faire de la paroisse ce que l’on veut. Curé ou vicaire, nous administrons la paroisse au nom de l’Eglise et sous la responsabilité de l’évêque.

La pastorale nous commande aussi d’aller vers nos fidèles, chrétiens ou non, pratiquants ou non. La paroisse ne se limitant pas seulement à son chef-lieu, il faut une ouverture vers les villages lointains. C’est la raison d’être des tournées pastorales. Une tournée est le contact que le curé ou tout prêtre réalise avec les fidèles de la paroisse. Ce contact peut se faire le dimanche ou en semaine. Son contenu variera selon les lieux et les temps. Même les tournées ont besoin d’être planifiées, programmées à l’avance et pas seulement deux ou trois jours avant, surtout pas la veille.

La pastorale n’est pas individuelle, mais communautaire. Elle demande disponibilité, temps et volonté. De manière générale, une semaine pastorale comprend le dimanche (jour de sortie), le lundi (jour sacré), un jour de ‘’koeese’’ (écoute des fidèles), un jour d’inscription des mariages et un après-midi pour les confessions. Que faisons-nous les deux jours pleins et la matinée qui nous restent ou que font les prêtres qui ne sont pas de semaine en ce moment ? 

Bien chers frères, sans vie d’équipe concrète, notre pastorale ressemblerait à la construction d’une hutte par des singes. Pendant que les uns entassent la paille, les autres la dispersent. Notre nombre dans les équipes conduit inévitablement à des surcharges de fonctions. Quoi qu’il en soit, tout devrait conduire à un épanouissement du prêtre. L’épanouissement dont il est question est la joie qu’éprouve le prêtre de faire son travail apostolique, malgré les fatigues.

L’épanouissement du prêtre est le fait qu’il est heureux d’être prêtre.  Cela ne peut se faire qu’avec le Christ. N’oubliez donc pas le seul qui rend fécond notre ministère, le Christ lui-même. Ne l’oubliez pas. Ne l’abandonnez pas. Surtout ne le laissez pas dehors en fermant la porte. Permettez-moi de vous raconter une petite histoire pour montrer comment et pourquoi le Christ ne doit pas être laissé de côté dans notre pastorale. Un jour, des passagers devaient prendre un avion. Et il pleuvait fort sur la piste. Lorsque le « dernier » passager fut à bord, l’hôtesse ferma la porte.

C’est alors qu’on vit un homme, un imperméable sur la tête, courant sur la piste en direction de l’avion, avec de forts grands gestes et signes. Visiblement il demandait à entrer. Par signes également, l’hôtesse essayait de lui faire comprendre qu’il était tard et qu’il ne pouvait prendre cet avion. Lui insistait. Même position à l’intérieur. De guerre lasse, l’hôtesse finit par rouvrir la porte et, surprise ! C’était le pilote de l’avion, le commandant de bord qui était resté dehors. Ce n’est qu’une histoire, mais il pourrait nous arriver d’oublier ou de laisser le Christ, le pilote, le commandant et de vouloir conduire notre avion « pastorale ».

Chers frères, en vous souhaitant de terminer dans la sérénité la présente assemblée presbytérale, je souhaite à tout un chacun d’être un réel autre Christ non seulement pour le confrère, mais aussi pour les laïcs qui sont confiés à notre charge. Puisse Marie, la Reine des Apôtres et la Mère des prêtres vous assister et vous accompagner, et surtout vous obtenir le goût toujours grandissant de votre sacerdoce.  Dieu vous bénisse et vous guide ! 

                                 + Gabriel SAYAOGO

                                 Evêque de Manga.

Retour à l'accueil