Troisieme dimanche de carême

 

 

Ex3, 1-8a.10.13-15/ Ps102/ Co10, 1-6.10-12/ Lc13, 1-9

 

 

Carême et vie de foi

 

 

Introduction

 

28. Encore un temps pour bêcher autour de chaque vie humaine et y mettre du fumier ! Encore 28 jours de la quarantaine de carême, pour établir et sceller fermement la victoire décisive de tout le cycle de la vie et du salut. Ce temps présente l’éternité divine connectée à l’espace humain pour rendre possible le passage de l’homme de sa condition humaine pécheresse et stérile à la vie nouvelle de la foi qui lui fait produire et porter les fruits mêmes de l’arbre de la croix. L’appel fondamental de l’année de la Foi, lancée depuis le 11octobre 2012, se fait plus incisif et pressant durant le carême et se trouve particulièrement explicité par les textes de ce troisième dimanche. Dieu s’engage lui-même et nous engage avec lui pour le renouveau de l’Eglise et de la proposition de vie nouvelle, dont elle dispose pour tous les humains par l’Evangélisation.

 

 

 Le carême dans l’année de la foi

 

29. Le carême que nous vivons à l’intérieur d’une année de la foi se présente comme un pèlerinage pour tous les croyants. En effet, les orientations contenues dans la lettre apostolique « porta Fidei »de sa Sainteté Benoît XVI, et celles formulées au niveau de notre diocèse pour recueillir tout le bénéfice de cette année, réunissent les conditions d’un recyclage complet de la foi comme connaissances des vérités de vie, et approfondissement de l’adhésion et de la relation au Dieu trine qu’elles révèlent. Si cette année peut alors être accueillie comme un moment de reprise spirituelle pour tous les fidèles du Christ, dans le cadre peu propice du monde de ce temps, le carême doit l’être davantage.

 

 De fait, toute la liturgie du carême et surtout la parole divine qui l’habite replongent les chrétiens dans le grand mystère de la foi et du salut, à travers un cheminement dont le sommet et la visibilité coïncident avec le renouvellement des promesses baptismales et la réception par aspersion de l’eau du baptême à Pâques. Le carême marque bien les derniers moments où notre sainte mère, l’Eglise, porte encore dans son sein, les enfants qu’elle a conçus de Dieu, avant de les engendrer à la vie divine dans la Passion-Mort-Résurrection du Christ. Cette vie divine s’accueille et s’assume par la foi ; et Pâques devient le moment par excellence de l’anniversaire qui célèbre cette vie de foi ou cette foi qui fait vivre. Voilà pourquoi le carême s’offre comme l’étape incontournable pour atteindre le sommet de la foi et de l’année qui lui est dédiée.

 

 

 

 Vie de foi et conversion

 

30. Comme le montre l’expérience humaine, la vie reçue, si elle n’est pas promue, peut décroître, s’étioler, et même s’éteindre. C’est en cela que l’histoire des Israélites libérés de l’esclavage d’Egypte, constitue pour nous un avertissement à prendre avec toute la considération digne d’un enjeu vital. L’Evangile de ce troisième dimanche en donne l’écho dans cette mise en garde du Christ lui-même :« Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de la même manière ». La vie divine reçue qui s’exprime par la foi, introduit l’homme dans une dynamique de conversion : conversion initiale ou fondamentale de la vie catéchuménale, conversion permanente ou quotidienne de la vie de baptisé, conversion totale ou définitive de la vie dans l’Esprit. Cette constante de la vie chrétienne permet de raviver, de purifier, de confirmer et de proclamer sans cesse la foi, comme nous y invite le pape en cette année. La conversion reste donc l’appel principal porté, et par l’Evangile, et par l’année de la foi, et par le carême, et par les textes de ce troisième dimanche de carême.

 

Il est vrai quedans le monde actuel, considéré par le Pape Benoît XVI comme le nouveau désert traversé par le peuple de Dieu qu’est l’Eglise, l’attitude de réponse à cet appel à laconversion se trouve soumise à des épreuves multiformes. Mais en même temps, le désert rappelle le lieu et le moment où Dieu se fait plus présent et proche, où sa manifestation se fait pluséclatante et personnelle, pour guider et soutenir son peuple en marche vers la pleine réalisation des promesses de vie.

L’engagement de Dieu précède et fonde celui de l’homme.

31.L’épisode de la rencontre de Dieu avec Moïse dans lebuisson ardent, prouve que Dieu se révèle pour s’engager et convaincre l’homme à s’engager avec lui, envers son peuple. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob est le Dieu qui voit tout, qui entend tout, qui compatit en s’impliquant au point de s’incarner et de porter les souffrances de son peuple jusqu’à la mort de la croix, qui délivre de l’oppresseur, et qui conduit à l’abondance dubonheur ; en somme, le Dieu engagé pour la vie de son peuple au prix de sa propre vie.

S’engager avec ce Dieu suppose de consentir comme Moïse à être détourné de ses projets personnels et à se laisser tourner complètement vers une mission divine où l’on devient le signevisible de la parole et des actions du Dieu invisible. Cetteperspective effraie l’homme et lui paraît impossible quand il croit devoir marcher au rythme de Dieu. En réalité, c’est Dieu lui-même qui se met au pas de l’homme. Dans le verset 11 du chapitre 3 de l’exode, Dieu ne dit pas à Moïse « sois avec moi » !Il lui dit « Je serai avec toi ». C’est ainsi que Dieu se tiendra jour et nuit auxcôtés du peuple d’Israël, dans la colonne de nuée et la colonne de feu, pour l’éclairer et le guider ; de même qu’Il le fortifiera du pain descendu du ciel et de l’eau jaillie du rocher.

32.La condition de survie et de vie réside donc dans l’acceptation de cet encadrement divin et de la direction qu’Il indique.L’engagement de foi, qui est en même temps engagementmissionnaire envers et avec Dieu, place l’homme dans cettesituation de traversée de la mer et du désert, où les épreuvesdeviennent le lieu même de manifestation de la puissancemiséricordieuse de Dieu, et de consolidation de la foi. Par contre, le refus de s’engager ou d’aller dans le sens de Dieu, renferme l’homme dans une attitude d’auto destruction qui advient parenlisement dans l’esclavage et l’engrenage du mal et du péché. Eh bien, Le Christ lui-même nous indique la conversion comme le moyen d’éviter un tel sort.

Conclusion

33.A travers la parabole du figuier qui ne produit pas le fruitescompté par son propriétaire et qui risque d’être coupéincessamment (Evangile de ce dimanche), les fidèles du Christdoivent percevoir l’urgence de se convertir en vue d’une vie de foi féconde. L’année de la foi et ce temps de carême qu’ellecomporte constitue le moment favorable qu’accorde lamiséricorde divine. Il appartient à chacun, par les effortsindividuels et collectifs prévus en cette année de la foi, et par des actes de conversion et de pénitence, de bêcher autour de sa vie et de s’entourer du fumier des sacrements pour donner du fruit à l’avenir. Qu’il en soit ainsi !

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