6ème DIMANCHE DE CAREME

 

 

Is 50, 4-7 / Ps 22 / Ph 2, 6-11 / Lc 19, 28-40; 22, 14-23, 56

 

 

44. Bien chers frères et sœurs, aujourd’hui commence la semaine sainte. C’est le temps pendant lequel nous méditons plus intensément la Passion, la Mort et la Résurrection de notre Seigneur Jésus Christ.

 

 En ce dimanche de la Passion, je voudrais attirer notre attention sur les principaux acteurs du drame de la condamnation à mort du Christ et sur le récit de l’institution de l’Eucharistie.

 

 Regardons et écoutons certains personnages qui ont joué cette scène dramatique. Ils sont nombreux à intervenir durant le procès de Jésus. Je vous propose une méditation sur six (6) de ces personnages.

 

Judas

 

45. Judas, l’un des douze, choisi par Jésus lui-même pour être son intime, son ami. Il lui fait tellement confiance qu’il lui confie la garde de la bourse commune. Il avait le soin de garder l’argent du groupe et de pourvoir à leurs besoins.

 

 Durant la Passion, il va jouer un grand rôle : il va trouver les grands prêtres et se propose de leur livrer Jésus, son ami. Et par un baiser il livre Jésus à ses ennemis. Après la condamnation de Jésus à mort, pris de remords, et surtout doutant de la miséricorde de Dieu, il va se pendre.

 

 Chers frères et sœurs, Judas est le prototype de tout mauvais pasteur et responsable de communauté (évêques, prêtres, religieux et religieuses, catéchistes, conseillers et responsables de mouvements ou d’associations), tous ceux qui font le contraire de ce qu’ils enseignent et de ce qu’enseigne l’Eglise. Ce sont les mauvais parents, les mauvais agents de bureaux ou de service, de sécurité qui sont prêts à tout pour quelques billets craquants. Ce sont ces hommes peu vertueux qui trompent leur femme ; ce sont ces femmes de petite vertu qui trahissent leur mari… Voilà autant de Judas dans notre société, dans notre Eglise, dans notre Communauté Chrétienne de Base. N’indexons pas les autres ; Judas, chers frères et sœurs, c’est moi, c’est vous ! Parfois nous jouons ce mauvais rôle de Judas.

 

 Il a préféré l’argent à Jésus Christ. Nous ne sommes pas exempts de ce piège. L’appât de l’argent, du pouvoir, du savoir, de la réussite dans nos affaires est parfois plus fort que notre conscience ; plus fort que la voix de la justice et de l’amour vrai. Quelques fois le poids de certaines satisfactions ou de nos avantages pèse beaucoup plus lourd que notre amitié avec le Christ : « Combien me donnerez-vous pour que je le livre ? »

 

 Judas a trahi Jésus en l’embrassant. Quand nous nous approchons de la sainte eucharistie sans avoir rompu avec le péché mortel ; sans avoir obtenu la réconciliation avec Dieu et avec la communauté chrétienne, ne jouons-nous pas le rôle de Judas ? N’embrassons-nous pas le Christ que nous trahissons dans notre cœur impur et dans le désordre de nos vies ?

 

 Demandons donc au Christ la grâce d’être préservés du rôle de Judas, et surtout de ne jamais douter ni désespérer de la miséricorde et de l’amour de Dieu.

 

 

Simon Pierre

 

46. Simon Pierre est le premier des Douze. Il est bien impulsif et répond généralement à la place des autres. Il est direct. Il veut défendre son Maître par la violence. Il a une foi profonde et est le premier à confesser que Jésus est Seigneur (Dieu). Mais il dort au moment où Jésus son Maître a besoin de son soutien ; il renie le Christ devant ceux qui ne croient pas.

 

 « Même si tous viennent à tomber, je ne tomberai pas…Même si je dois mourir, je ne te renierai pas ! » Voilà des paroles bien courageuses. Mais au jardin de Gethsémani, Pierre dort pendant que Jésus agonise. Il abandonne Jésus et s’enfuit comme les autres. Trois fois il renie Jésus devant une servante et les gardes du grand prêtre. Mais il pleure ses péchés et ses limites.

 

 Frères et sœurs, le Christ continue d’agoniser devant nous, mais nous restons plongés dans le sommeil de notre indifférence.

 

 Devant les autres disciples, Pierre se sent plein de courage. Il veut même défendre le Christ par l’épée.

 

 Nous agissons parfois comme Pierre. Nous avons la foi et le courage devant nos frères chrétiens. C’est une foi de circonstance ; une foi du dimanche. Mais nous renions le Christ quand nous avons honte de faire le signe de la croix devant les autres.

 

 Lorsque je suis seul face à certaines situations ou évènements de la vie, quel est mon réflexe ? Je renie le Christ en allant consulter le marabout ; en allant à l’horoscope pour guider mes actions, ou quand j’accompli tel ou tel sacrifice rituel. Je ressemble à Pierre dans le jardin de Gethsémani, le jour où, du matin au soir je ne dégage pas un petit temps pour la prière. Combien de fois ai-je eu le courage de commencer mon travail par le signe de la Croix ?

 

 Comme Pierre, apprenons à pleurer sur nos péchés et nos faiblesses. Ayons confiance en la miséricorde infinie de Dieu et prenons le chemin du repentir.

 

 Seigneur, accorde – nous la grâce de recourir à ta miséricorde à chaque instant de notre vie ; donne-nous d’aimer le sacrement de la réconciliation.

 

 Caïphe

 

47. Il est grand prêtre, la référence du peuple sur le plan religieux. Il jouit d’une grande influence.

 

 C’est au nom de la religion qu’il condamne Jésus.

 

 C’est au nom de la religion qu’il l’exclut du monde des vivants.

 

 En même temps qu’il s’étonne du silence de Jésus, il déchire son vêtement et crie au scandale quand Jésus parle.

 

 Nous sommes Caïphe lorsque nous doutons de l’action de Dieu dans nos vies ; lorsque nous refusons de reconnaître le bien que réalisent nos frères. Dieu de bonté, accorde-nous ton Esprit de discernement pour faire le bon choix : Jésus Christ et son Eglise.

 

 Pilate

48. Pilate est Gouverneur de la Région de Palestine. Il est lereprésentant de l’Empereur Romain. Dans le procès de Jésus, il ne veut pas assumer toutes ses responsabilités. Il ne veut pas se mouiller. Il est un fin diplomate. Cependant il montre de la fermeté pour conserver son poste, même au prix de la vie d’un innocent.

Quand pour notre ascension professionnelle, pour mériter l’estime de nos supérieurs, nous falsifions nos rapports au dépend parfois de nos collègues de service ou de nos employés, ou encore de nos confrères ou consœurs, nous sommes Pilate.

Que ne suis-je pas prêt à faire pour mon ascensionprofessionnelle ? Que ne vais-je pas faire pour paraître meilleur : un faux jugement, une calomnie etc.

Parfois, comme Pilate, nous taisons la vérité parce que notre intérêt est menacé. Nous cherchons la considération des gens au point de cacher la vérité, ou pire, d’étouffer notre conscience.

Père céleste, éduque notre conscience à rechercher et à faire constamment ta volonté même si cela va nous coûter ceci ou cela. Fais de nous des hommes et des femmes intègres.

La foule

49. La foule est impersonnelle et sans visage. Elle estcomparable à un caméléon qui change de couleur au gré del’environnement.

Nous avons vu la foule de notre célébration. Elle réclame que Jésus soit son roi parce qu’elle a été témoin de grands miracles. Elle l’acclame et l’accompagne triomphalement dans la capitale (Jérusalem).« Hosanna ô fils de David » a-t-elle chanté. Etnous-mêmes avons fait la même chose en brandissant nosrameaux.

Mais la foule est versatile. Quelques heures après les« hosanna », elle réclame la mort de son roi. Tous crientmaintenant :« A mort ! »

Chers frères et sœurs en Christ, faisons un arrêt. Ecoutons attentivement ce bruit de la foule. Elle gronde et réclame la mort d’un innocent. Peut-être allons-nous reconnaître notre voix ?

Nous réclamons la mort du Christ chaque fois que nousproférons des critiques amères à l’endroitde nos frères et sœurs ; chaque fois que nous nous joignons à des gens hostiles à l’Eglise pour critiquer et diffamer nos pasteurs ; chaque fois que comme pasteurs ou responsables nous jugeons les fidèles sansménagement et en dehors de toute miséricorde, nous sommes comme cette foule informe et inconsciente.

Allez dans toutes nos prisons : vous y verrez des mineurs condamnés à trois, quatre mois de prisons, voire plus, pour avoir volé une poule ou quelques friandises. Pendant ce temps, les grands voleurs et détourneurs de deniers publics ou privés, même au sein de l’Eglise, dans leurs salons feutrés croquent la vie à pleines dents.

Quand nous jouons double jeu avec la foi, nous sommesaussi entrain de jouer comme la foule.

Seigneur Jésus, oriente nos pas vers toi. Ne permets pas que nous soyons ni complice, ni acteurs du mal et de l’injustice.

Jésus

50. Le dernier personnage de ce drame est Jésus. Il est lepersonnage central. Il devrait avoir beaucoup à dire, mais il parle peu : juste quelques phrases, de courtes phrases. Et il subitaussitôt les outrages, les injures, les gifles, les coups de fouet,l’humiliation. Cependant il pardonne à tous sans exception. Il ne tient pas compte du degré de l’offense. Il comprend chacun dans sa situation spécifique et pardonne.

Enfin, il meurt. Oui ! Il meurt crucifié comme un brigand. Il meurt suspendu au bois de la croix, nu comme un ver. Il est mort ; il est mort pour tous ; pour tout le genre humain.

Il se sacrifie pour nous afin que nous échappions à la mort ; afin que nous vivions de sa vie. Sa mort nous rend la vie.

L’institution de l’Eucharistie.

51. « Puis il prit du pain et, après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : ‘ceci est mon corps donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi’.» Et pour la coupe, il fit de même après le repas, en disant :« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang versé pour vous. Mais voici : la main de celui qui me livre se sert à cette table avec moi… »

Après les paroles de l’institution de l’Eucharistie - son corps donné et son sang versé -il est fait allusion à l’action de traitrise de Judas. On passe de la recherche du coupable à la recherche des honneurs par le groupe des intimes de Jésus.

La référence à l’Alliance Nouvelle nous rappelle lesprophéties de Jérémie et d’Ezéchiel : « Des jours viennent-oracle du SEIGNEUR- où je conclurai avec la communauté d’Israël – et la communauté de Juda une nouvelle alliance…je déposerai mesdirectives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être… »(Jr 31,31-34). Ce passage a été repris par le prophète Ézéchiel 36,28.

La nouvelle alliance a comme but de faire aboutir, accomplir jusqu’à la Loi conclue sur le Sinaï, et tout le peuple, du plus petit au plus grand, sera à même d’observer la Loi puisqu’elle sera inscrite dans le cœur de chacun. C’est une loi d’amour, source delibération etde libéralité. Le Christ s’est donné librement.

52. Quel est notre attitude par rapport à ce don nouveau ?Faisons-nous mieux que lui ? Notre trahison ne prend-elle pas de multiples formes : ingratitude, irrespect, routine ? Puisse l’année de la foi nous aider à redécouvrir ce grand sacrement intimement lié au sacrement de la réconciliation !

L’Exhortation post-synodale « Africae Munus » nous invite à redécouvrir ce grand mystère de la foi : « L’Eucharistie source de communion et de réconciliation.» Voici des paroles qui attirent notre attention sur le respect et la valeur de l’Eucharistie : « Oninsistera pour rappeler que l’Eucharistie demeure la source et le sommet de la réconciliation et de toute la vie chrétienne, et que la sainteté se présente comme le moyen le plus efficace de bâtir une société réconciliée, juste et pacifique. On veillera donc avec soin à la Célébration Eucharistique et à ménager de l’espace et du temps pour l’adoration eucharistique (individuelle et communautaire) dans tous les diocèses et paroisses… »

La communion eucharistique nous conforme au Corps du Christ.« Deviens ce que tu reçois », disait saint Augustin.

Quand nous nous approchons de la communioneucharistique, cela nous poussera à vivrele commandement d’amour de celui qui est resté attaché au Père dans les souffrances les plus atroces (son agonie, son combat lui fait transpirer une sueur de sang-22,43-44.) et qui est resté confiant au Père dans la prière. Et le plus bel exemple c’est le pardon imploré au Père pour ses bourreaux. Ayant commencé sa vie publique dans le Temple, c’est entre les mains du Père qu’il remet son esprit. Le Livre des Actes des Apôtres nous présente saint Étienne imitant Jésus de très près. C’est une grâce à demander personnellement !

Seigneur Jésus, nous sommes guéris par tes blessures. Nous vivons par ta mort et ta résurrection. Enlève en nous le cœur de pierre, et donne-nous un cœur nouveau, un cœur de chair.

Nous voulons t’accompagner tout au long de cette Semaine Sainte sur le chemin de ta Passion. Tourne-toi vers nous etmontre-nous ton visage et nous serons sauvés.

Marie, Femme eucharistique, toi qui retenais tous lesévénements concernant ton Fils dans ton cœur, donne-nous de porter notre croix chaque jour afin de communier à sa gloire.

Avec la participation des Abbés :

Jean BASSOLE

B. Frédéric COMPAORE

Charles BASSOLE

Pierre KABORE

Jean-Marie KONKOBO

Alaim M. GUISSOU

Pour les 6 dimanches de carême. Je leur redis un grand et sincère merci.

Mgr Joachim OUEDRAOGO.

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