RETRAITE SACERDOTALE 2013

 

Lieu : Saint Jean Baptiste de Wayalgê, Ouagadougou,

Date : Du 22 au 29 Août 2013

Thème : L’OBÉISSANCE                         

Prédicateur : P. Mathieu ZONGO, Fdp

 

 

 

Troisième jour : L’OBEISSANCE DE JESUS

Prière :

« Vraiment, il est juste et bon de te rendre gloire,

De t’offrir notre action de grâce, toujours et en tout lieu,

À toi, Père très saint, Dieu éternel et tout-puissant.

Ton amour pour le monde est si grand

Que tu nous as envoyé un sauveur ;

Tu l’as voulu semblable aux hommes

En toute chose à l’exception du péché,

Afin d’aimer en nous ce que tu aimais en Lui :

Nous avions rompu ton alliance,

Nous la retrouvons dans l’obéissance de ton Fils.

Voilà pourquoi, Seigneur, avec les anges et tous les saints nous proclamons ta gloire » par toute notre vie :

(De la 7ème préface des dimanches)

Troisième jour- matin : la charité accueillante et obéissante de Fils

Nous allons chercher à contempler le mystère de la personne du Christ et de sa mission en entrant par la porte de son obéissance. Les récits de la Passion ont été les premiers écrits des Évangiles puisqu’il s’agissait non seulement des événements les plus récents de la vie terrestre de Jésus mais aussi les plus excellents. Lorsque nous considérons le Seigneur Jésus Christ dans les Écritures, nous y voyons la voie excellente de notre marche vers le Père. Et dans ce chemin qu’il a tracé au prix de larmes et de grandes souffrances, Il nous invite à Le suivre dans un sentier d’obéissance et de sainteté. (cf. Sébastien Théret). L’obéissance de Jésus est le modèle par excellence.

 

 Sens et portée de l’obéissance de Jésus

L’obéissance de Jésus est l’expression de son amour pour son Père et l’instrument par lequel, Il est devenu principe de salut éternel. Nous trouvons ce sens et cette portée de l’obéissance du Christ en He 5, 7-9 : « C’est lui qui, au cours de sa vie terrestre, offrit prières et supplications avec grand cri et larmes à celui qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de sa soumission. Tout Fils qu’il était, il apprit par ses souffrances l’obéissance, et conduit jusqu’à son propre accomplissement, il devint pour tous ceux qui lui obéissent cause de salut éternel… ». Par son obéissance, Jésus a accomplit l’alliance nouvelle et éternelle du Père avec l’humanité. La 7ème préface des dimanches nous rappelle que « Nous avions rompu ton alliance » et que « nous la retrouvons dans l’obéissance de ton Fils ». Vue de coté de l’homme, l’obéissance de Jésus est le modèle de la réponse que chaque homme doit donner à Dieu qui veut le réconcilier à Lui. L’histoire de notre salut est aussi l’histoire de l’obéissance de Jésus. Notre salut n’aurait pas été possible sans l’obéissance de Jésus. Ce qui veut dire que pour comprendre l’obéissance de Jésus, il faut bien partir de la préexistence du Verbe. C'est-à-dire que déjà « au commencement, était le verbe et le verbe était tourné vers Dieu » (Jn 1,1). La note d de la TOB signale au sujet de ce verset que « la préposition grecque rendue par l’expression française « tourné vers » indique une orientation de la personne vers quelqu’un d’autre. En conséquence, « distinct du Père qui est appelé Dieu, le Verbe est aussi dans une parfaite communion avec Lui». La communion de vie dans l’unité de la nature divine est la première forme d’obéissance du Verbe éternel. Pour nous alors, l’obéissance veut donc dire être en parfaitement communion avec la personne aimé. L’obéissance n’est pas une simple invitation à faire la volonté de l’autre mais aussi et surtout à être avec l’autre, à aimer l’autre, dans sa personne ; entrer dans son intimité…

Ainsi, puisque le Verbe, depuis l’éternité est tourné vers le Père, lorsqu’il « s’est fait chair », l’obéissance de Jésus devient une forme historique de cette communion éternelle avec le Père. Il a commencé à vivre dans son existence d’homme la même dynamique filiale qui depuis toujours l’oriente et le tourne vers le Père.

 

 

2. Et « L’obéissance » s’est faite chair

L’incarnation comme premier aspect de la Kénose ou anéantissement constitue le premier acte historique de l’obéissance de Jésus-Christ. « De sacrifice et d’offrande, tu n’as pas voulu, mais tu m’as façonné un corps » (He 10,5). Il s’agit là d’une allusion à l’Incarnation dont la finalité pour le Christ est faire la volonté de Dieu : me voici… je suis venu, Ô Dieu, pour faire ta volonté ». Le Christ, Serviteur par excellence, a choisi l’abaissement par obéissance à la volonté de son Père (Rm 5,19) et pour l’amour des hommes : « de même en effet que, par la désobéissance d’un seul homme, la multitude a été rendue pécheresse, de même aussi, par l’obéissance d’un seul, la multitude sera-t-elle rendue juste ». Son éternelle orientation vers son père et sa communion parfaite à Lui deviennent histoire.

« Lui qui est de condition divine n’a pas considéré comme une proie à saisir d’être l’égal de Dieu. Mais, il s’est dépouillé, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes et reconnu à son aspect comme un homme» (Phil 2, 6-7).

Cette histoire commence donc à partir du moment où, le Fils de Dieu assume notre condition humaine. Par obéissance, Il accepte et Il se soumet à toutes les lois, naturelles (physiques et biologiques), familiales et religieuses et civiles… ». Toute sa vie terrestre durant et, dans son œuvre, Jésus a continuellement et parfaitement dit « oui » à Dieu. Le ‘oui’ qu’il dit au moment de mourir, c’est le même « oui » qu’il disait chaque jour à son Père. L’Obéissance n’est pas une qualité du Seigneur, mais sa définition même.

En venant au monde, le Fils de Dieu assume totalement son humanité, y compris son obéissance naturelle dont nous avons parlée. Il assume l’obéissance sous toutes ses formes. En vivant pleinement notre condition humaine, à l’exception du pêché, il la rachète et la conduit à son accomplissement. En Jésus, l’obéissance n’est plus seulement soumission. L’obéissance devient amour. C’est dans cette relation d’amour que prend place l’obéissance de Jésus comme écoute du Père. Certes, l’obéissance de Jésus ne se limite pas à cela. Le Fils de Dieu connait la volonté de Dieu et la met en pratique. Tout ce qu’il dit et fait s’enracine dans l’écoute de celui qui l’a engendré et avec qui, il reste en communion comme « au commencement, il était tourné vers Dieu ». Le thème de la parfaite communion entre le Père et le Fils évoqué dans le prologue de st Jean (Jn1, 1) revient d’ailleurs au chapitre 5, 17-30 dont voici un extrait : « En vérité, en vérité, je vous le dis, le Fils ne peut rien faire de lui-même, mais seulement ce qu’il voit faire au Père : car ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement. C’est que le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait ».

Le Fils n’agit à aucun moment de façon indépendante. Le Père non plus ne se réserve pas certaines actions : l’agir de l’un est engagé tout entier dans l’agir de l’autre. C’est pourquoi, l’obéissance de Jésus est la manifestation parfaite de la volonté du Père. Dans la continuité de la préexistence du verbe eternel, l’existence terrestre de Jésus, Verbe incarné, est totalement unifiée et dominée par la recherche et l’accomplissement de la volonté du Père.

Méditation et réflexion

Nous pouvons chercher à ce point de notre méditation sur l’obéissance de Jésus à tirer quelques enseignements pratiques pour notre vie personnelle.

Nous aussi nous entrons dans l’existence par un acte d’obéissance, quand bien même inconscient, qui est notre naissance. Nous avons à obéir à la vocation de la vie qui est la première des vocations. Si notre vie est reçu par obéissance, fut –elle inconsciente, elle constitue depuis son début, une réponse à cet amour. A la base de tout, il y a cette certitude d’avoir été aimé et cette capacité d’aimer en retour et à son tour. En Jésus, la soumission dans l’obéissance devient obéissance dans l’amour. Quand il y a un rapport personnel, l’obéissance, même en radicalisant la soumission, prend un autre nom et s’appelle amour… c’est pour cela que seul celui qui croit est capable d’accueillir jusqu’au bout la valeur positive de l’obéissance. Celui qui croit sait donc qu’il n’est pas issu d’une ‘‘génération spontanée’’, comme une combinaison du hasard ou du destin qui le met dans la dure nécessité de se créer, tout seul, un espace dans la vie. Celui qui croit sait qu’il est une créature de Dieu, le fruit de son amour et ‘’ l’incarnation’’ de son dessein. Et c’est en se confrontant au dessein de l’amour de Dieu que le mystère de notre vie, et par conséquent la nature et la dimension de notre obéissance, s’illuminent et acquièrent un sens » (Pigna, 187-188).

 En quoi est-ce que l’obéissance du Christ éclaire les ombres et renforce les lumières dans mon expérience personnelle de l’obéissance et de l’autorité ?

 

Troisième jour- après-midi

L’obéissance comme clé de lecture de la Passion du Christ

L’obéissance de Jésus, à l’heure de sa passion, constitue pour nous, une excellente porte d’entrée dans le mystère de sa personne, sa vie et sa mission. Ne dit-on pas souvent que ce sont dans les moments difficiles que l’on reconnait ses vrais amis ? Les amis fidèles ? C’est pourquoi d’ailleurs, la catéchèse apostolique a eu cette tendance claire à faire de l’obéissance du Christ, l’acte fondamental qui éclaire tout le mystère de notre salut. Si le Christ souffre sa passion et meurt en croix, c’est parce qu’il est obéissant ; si Dieu l’a ressuscité des morts, c’est parce qu’il a été obéissant : «  il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, à la mort sur une croix. C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé » (Phil 2,8). L’obéissance apparait, dans la prédication des Apôtres comme la clef de lecture de la passion, de laquelle cette dernière tire son sens et sa valeur. La passion du Christ a de la valeur à cause de son obéissance. Ce n’est donc pas tant la mort du Christ qui nous sauve que son obéissance jusqu’à la mort. Comme le disait un saint (Bernardo di Chiaravalle), ce ne fut pas la mort qui plut au Père mais la volonté de celui qui mourait spontanément ; entendons par là, l’obéissance de Jésus.

Mais comment concilier l’obéissance du Christ avec la foi en sa divinité ? Dieu peut-il obéir à Lui-même ? En effet, au jardin de Gethsémani, Jésus disait : « Abba, Père, à toi tout est possible, écarte de moi cette coupe ! Pourtant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! ».

Un problème, un postulat de base, un dogme de foi.

Le problème consiste à savoir qui est ce ‘‘JE’’ et qui est ce ‘‘TU’’ à un moment aussi tragique de la Passion de Jésus. Autrement dit, « qui obéit à qui ? ».

Le postulat de base c’est qu’il nous faut d’abord affirmer que l’obéissance est un acte de la personne ou de l’individu, et non un acte de la nature ou de l’espèce. (exemple : tous les chiens n’obéissent pas à un même maître tout comme un chien n’obéit pas à tous les hommes). Cet exemple montre que l’obéissance est un acte de la personne humaine et non un acte de la nature humaine.

Le dogme de foi : Nous croyons que la personne du Christ (verbe incarné) est celle du Fils même de Dieu (verbe éternel).

Pour Cantalamessa, le ‘Je’’ n’est ni l’humanité du Verbe incarné qui parle et donc, obéit à la divinité (école d’Antioche), ni la divinité du Verbe incarné qui parle à l’éternelle divinité (école d’Alexandrie). Le ‘Je’’ est la personne, « le verbe fait chair » qui parle au nom de la libre volonté humaine qu’il a assumé ; et le ‘TU’’ est au contraire la volonté trinitaire que le verbe a en commun avec le Père. « En Jésus, le Verbe obéit humainement à Dieu ». Ainsi, le concept d’obéissance n’est pas du tout annulé ; car ni Dieu, dans ce cas, obéit à lui-même, parce que, entre le sujet (le verbe incarné) et le terme de l’obéissance (la volonté trinitaire), il y a toute l’épaisseur d’une réelle humanité et d’une volonté humaine libre. Nous sommes donc devant le mystère d’un Dieu qui obéit humainement et cela nous permet de saisir la portée et la puissance universelle de salut contenues dans l’obéissance de Jésus : un acte humain de Dieu. Autrement dit, si l’obéissance n’est pas un acte de la nature mais bien un acte de la personne ; en Jésus, l’obéissance est devenue un acte humain de Dieu. Et toujours en Jésus, notre obéissance à nous peut par conséquent devenir un acte divin des hommes et avoir un sens et une portée pour nos frères en humanité. « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrifice de l’alliance, puissions-nous être unis à la divinité de celui qui a pris notre humanité ».

Mes frères, il vrai que nous ne sommes pas ni Dieu, ni des dieux mais en tant que hommes, nous pouvons vivre de la vie de Dieu et poser des actes divins…. Par conséquent, nous pouvons, en tant qu’hommes, obéir divinement à Dieu et à l’autorité humaine comme Jésus, le fils de Dieu a obéit humainement à Dieu et aux autorités de son temps. Prêtres, nous sommes consacrés dans l’ordre de la sacralité pour devenir le retentissement du divin dans notre monde d’aujourd’hui, dans la sphère humaine. En qualité hommes sacrés, nous sommes appelés à agir divinement au milieu des hommes, sans nous prendre pour des dieux mais en nous prenant nous-mêmes au sérieux au milieu des hommes.

L’obéissance de Jésus comme source de son autorité

Le lien entre Obéissance et Autorité, n’étant plus à démontrer, il est clair que l’autorité de Jésus a sa source dans son obéissance, expression de son amour pour le Père. Jésus a plus d’une fois agi en homme qui a autorité. Une autorité qui le pousse à accomplir plutôt qu’abolir, ce qui est écrit dans la Loi et les Prophètes. Il parle avec autorité, il enseigne avec autorité, il agit avec autorité… Mais, la plus surprenante de tout, c’est son attitude vis-à-vis des autorités religieuses. Ce qui a conduit des théologiens, notamment Karl Rahner à évoquer la supposée désobéissance de Jésus…. Qui trouve également et paradoxalement sa raison d’être dans son obéissance au Père.

Je ne crois pas que Karl Rahner veille nous entrainer dans d’éventuelles désobéissances sacerdotales, mais comme il le souligne, « c’est dans le conflit avec l’autorité religieuse du peuple de l’Alliance, son propre peuple, que la vie de Jésus atteint son point culminant », de la manifestation de sa fidélité à son Père et à sa mission.

Nous pouvons chercher à tirer quelques enseignements pratiques pour notre vie personnelle à ce point de notre méditation sur cet aspect de l’obéissance de Jésus.

Jésus nous invite à l’obéissance jusqu’au bout et jusqu’à la fin; Jésus nous entraine à l’obéissance au-delà de notre obéissance c'est-à-dire l’obéissance avant, au-dessus et après notre obéissance. L’obéissance rend libre comme la liberté rend possible l’obéissance.

 « L’obéissance à Dieu est une vocation de l’homme, parce qu’il est sa créature, et c’est le signe de la grandeur humaine parce qu’à la différence de toutes les autres créatures, l’homme a été crée intelligent et libre, et donc unique. Il a la faculté de répondre librement à l’appel divin… Pour pouvoir se réaliser complètement dans la fidélité à soi-même, il ne peut faire autrement qu’obéir, c'est-à-dire répondre à celui qui, en toutes circonstances ‘‘l’appelle’’, pour passer à une existence toujours plus pleine. Loin de diminuer l’homme, l’obéissance à Dieu est le seul moyen qu’il a à sa disposition pour être réellement fidèle à lui-même et pouvoir se réaliser de façon authentique. Dans le cas contraire, il devient prisonnier du monde et de ses instincts ; il tombe dans la mondanité, l’égoïsme et l’isolement.

Comment puis-je concilier l’esprit d’obéissance et ma dignité, ma grandeur d’homme ?

Comment puis-je reproduire en moi l’obéissance de Jésus afin que dans les moments difficiles, mon obéissance soit un acte divin de ma personne en tant que homme, chrétien et prêtre?

Comment puis-je être une autorité au service de l’obéissance à la volonté de Dieu pour ceux dont j’ai la charge ?

 

 

Karl Rahner Extrait du chapitre 7, « le Christ, exemple de l’obéissance sacerdotale » in Serviteurs du Christ, réflexions sur le sacerdoce à l’heure actuelle, traduit de l’allemand par Charles Muller, Mame, 1969, P. 154-155.

 « Une réflexion sur l’obéissance du Christ, comme acte fondamental de sa vie et du salut qu’il offre, ne doit pas laisser dans l’ombre sa ‘‘désobéissance’’ à l’égard des autorités de la Synagogue de son temps, siégeant ‘‘sur la chaire de Moise’’. Le Christ est donc aussi modèle de ceux qui estiment … qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes (Ac 5,29) ; ce qui signifie, notons-le bien, que leur attitude n’a pas pour mobile une revendication d’autonomie et le droit à l’indépendance…, mais l’obéissance à Dieu. Aussi bien qu’à ses parents (Lc 2,51), Jésus était prêt … à obéir à l’autorité ‘‘ecclésiastique’’ de son temps, malgré l’indignité personnelle de ceux qui en étaient les représentants (Mt 23, 2). La liberté dont il avait conscience en sa qualité de Fils ne l’a pas empêché de payer l’impôt du Temple, afin de ne pas scandaliser les fonctionnaires officiels qui le lui réclamaient (Mt 17, 24-27). Pourtant, malgré cette obéissance, … c’est dans le conflit avec l’autorité religieuse du peuple de l’Alliance, son propre peuple, que la vie de Jésus atteint son point culminant ; et Jésus lui-même voit dans ce conflit la disposition arrêtée par le Père et consignée d’avance dans les livres saints de ce peuple (Mt 21, 33-45 ; 26, 54-56 ; Mc 12,1-2 ; Lc 20, 9-19 ; 22,37). C’est dire que l’obéissance de Jésus vis-à-vis de son Père s’est trouvée dans une situation, voulue de Dieu, où il lui a fallu entrer en conflit de ‘‘désobéissance’’ à l’égard d’une autre autorité qui, dans son essence, émanait elle aussi d’une disposition divine.

Mais cette ‘‘désobéissance’’ du Christ a un autre aspect : dans son inspiration et ses motivations, elle n’avait rien à voir avec le sentiment moral d’un homme qui revendique de façon individualiste le droit à être son propre maître, ni même avec la conscience qui se prend pour la voix de Dieu. De ce fait, sa ‘‘désobéissance’’ elle-même implique la reconnaissance de l’autorité de Dieu sous la forme humaine et sociétaire qu’a prise la transmission de sa volonté. Autant dire que cette ‘‘désobéissance’’, loin d’être la révolte d’un sujet qui, conscient de son autonomie, ne fait que revendiquer son droit formel, était une obéissance au sens parfait du mot et sous tous les aspects qui constituent une obéissance du type que nous venons de dire.

On n’a plus de peine alors à comprendre pourquoi la théologie de la communauté chrétienne primitive, lorsqu’elle aborde le thème du conflit de Jésus avec la Synagogue, se plaît à souligner non pas tant la supériorité que lui confère, par rapport à la Loi, sa qualité de Fils de Dieu, mais le fait que Jésus, précisément grâce à cette désobéissance, réalise en plénitude l’essence la plus intime et la tendance la plus profonde de l’Ancien Testament, telles qu’on les voit s’exprimer dans la loi et les Prophètes.

Ceci dit, il ne faut pas se dissimuler que Jésus peut être le modèle d’une désobéissance dont, aujourd’hui encore, on ne saurait exclure absolument la possibilité, voire parfois l’obligation, vis-à-vis d’une autorité ecclésiastique. »

 


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Cf G marchesi, forma e contenuto dell’obbedienza di Cristo. Civ. Catt. 135 (1983) (359-374)

San Massimo Confessore, in Matth., 26,39 (PG 91,68)

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