RETRAITE SACERDOTALE 2013

Lieu : Saint Jean Baptiste de Wayalgê, Ouagadougou,

Date : Du 22 au 29 Août 2013

Thème : L’OBÉISSANCE                         

Prédicateur : P. Mathieu ZONGO, Fdp

 

CONCLUSION (Jeudi matin)

De la promesse à la vertu d’obéissance

  La promesse d’obéissance faite à l’ordination nous « oblige à obéir » à l’Évêque et à ses successeurs. Mais, il est important que l’obéissance ne soit pas vécue uniquement du fait de la promesse mais aussi par vertu. La vertu est une disposition permanente et dynamique. La vertu de l’obéissance  sera alors une attitude, c'est-à-dire une inclination et polarisation de toute la  liberté de la personne sur la valeur de l’obéissance par exemple. Dire que la vertu est permanente veut dire qu’elle se caractérise par sa stabilité, sa continuité. Dire aussi qu’elle est dynamique, signifie qu’elle est source intérieure d’action ou un genre de potentiel éthique qui pousse à l’action. L’obéissance vécue comme vertu nous évite d’atomiser notre obéissance sacerdotale en des actes ponctuels d’obéissance pour la faire devenir style de vie, manière être. Concrètement, nous devons être polarisé sur la valeur de l’obéissance et exprimer cette polarisation par des actes vertueux d’obéissance.

L’obéissance sera d’autant plus parfaitement vécue qu’elle sera intérieurement acceptée et mutuellement intégrée à d’autres vertus.

«  Il est donc nécessaire de la part de tous, d’aiguiser le regard de Foi en ce domaine qui doit s’inspirer de l’attitude de Jésus, serviteur qui lave les pieds de ses apôtres pour qu’ils aient part à sa vie et à son amour » (SAO 12). Il faut non seulement un regard de foi mais ce regard doit nous ouvrir à l’Espérance et nous pousser à la Charité. L’obéissance comme caractéristique de l’existence chrétienne est en réalité une attitude fondamentale de Foi, Charité et Espérance. C’est pour cela que l’obéissance peut être définie comme lieu d’existence théologale. En effet, nous ne pourrons obéir que si nous avons la Foi, l’Espérance et la Charité.

Il s’agit évidemment de la foi en Dieu qui nous commande ce qui est bon, vrai et beau dans le cadre de son projet d’amour pour les hommes.

Nous ne pouvons obéir sans la force et le dynamisme de l’espérance qui nous permet de voir et d’ouvrir des horizons lointains et parfois des lendemains inespérés. Nous ne pouvons pas obéir si nous n’aimons pas celui qui nous commande quelque chose ou ce qu’il nous commande de faire. L’obéissance a une charge affective qui ne fait aucun doute. Quand on aime quelqu’un, on lui obéit. C’est vrai pour les hommes. C’est aussi vrai quand il s’agit de  Dieu. Il nous arrive même de faire des choses dont le caractère fallacieux ne fait aucun doute simplement parce que nous aimons la tête de celui qui nous le commande. Tout comme il nous arrive de bouder un ordre juste, clair et logique simplement parce qu’on n’aime pas trop l’autorité qui nous l’ordonne.

L’obéissance est facilitée par la pratique et le vécu d’autres vertus. La patience et la douceur sont des vertus qui aident à supporter les épreuves et les souffrances que la pratique de l’obéissance peut nous causer. Grâce à elles, nous pouvons vivre avec foi dans la sérénité, par amour de Dieu et du prochain, le sacrifice de l’obéissance. La douceur pourrait garantir en nous l’absence de toute raideur. La patience et la douceur donnent la force d’adhésion au bien et la force de résistance au mal. Nous devons faire attention à la colère désordonnée ou vicieuse car elle est un danger pour l’obéissance. Vivre la promesse de l’obéissance comme une vertu, mieux vivre l’obéissance sous l’impulsion des vertus chrétiennes consent de dépasser le cadre juridique et formel de l’obéissance sacerdotale. Par l’obéissance sacerdotale vécue comme vertu, on va jusqu’ à une sorte de naturalisation du désir de l’autorité, de l’évêque ou du supérieur. En effet, l’exercice de l’autorité est lié à des cadres (limites, sens, buts etc.) en dehors desquels le droit de commander ne peut s’étendre et par conséquent, le devoir d’obéir n’est pas requis ou ne peut être exigé. Quand on n’aime, les désirs de l’être aimé deviennent des ordres.

Il y a un autre avantage à l’obéissance vertu. Il y a des domaines où nous devons répondre directement à Dieu et à notre propre conscience. Dans ces domaines, savoir faire des choix libres et responsables est important. Nous pouvons obéir par vertu à ce qui ne fait pas l’objet de la promesse de notre obéissance sacerdotale (domaine professionnelle et domaine pastorale  etc.)

  L’intelligence et la conscience deviennent les conditions de l’obéissance vécue par vertu. On ne peut pas se contenter d’obéir seulement à ce qui nous est prescrit de l’extérieur sans, intérieurement, le dépasser en l’intégrant par une vision spirituelle qui va au-delà des prestations matérielles. L’obéissance n’est pas soumission à «  un mal mineur » mais adhésion « à un bien meilleur » (cf ; Pigna 214). Pour parler dans un langage Sarkosiste, nous pouvons affirmer que l’enjeu de la différence entre l’obéissance-promesse et l’obéissance-vertu, c’est le passage de l’obéissance promise à l’obéissance choisie dans une perspective graduelle, intégrante de l’obéissance comme valeur intégrale pouvant unifier et dynamiser notre vie.

Et moi où j’en suis sur ce point ?

Au sortir de cette retraite, pourrais-je m’engager à rendre le service de l’autorité de mon évêque, de mon supérieur moins difficile par mon obéissance vertueuse ?

 

L’obéissance sacerdotale : Entre liberté et appartenance au Christ-prêtre et à l’Église, signe et sacrement du salut

  Bien chers confrères, dans le contexte actuel, la question de l’obéissance met en jeu deux logiques dont les mécanismes de mise en œuvre nous touchent dans notre ministère et notre vie de prêtres. Notre obéissance sacerdotale sera plus authentique et gratifiante si nous évacuons de notre manière de penser et de vivre notre sacerdoce, les mentalités «  indépendantiste et individualiste ». Mais, il nous faut fuir également les tendances « communautaristes ou sectaire ou encore parasitaire » ; les gouvernements par réseaux auxquels répondent les obéissances d’affinités…etc.  Notre identité et notre dignité de prêtres nous imposent de dépasser tout cela. La fonction médiatrice que nous exerçons entre Dieu et les hommes fait de nous essentiellement des êtres relationnels. Et comme nous l’avons déjà dit, l’indépendance totale vis-à-vis des autres est tout aussi suicidaire que la dépendance totale est aliénante. On arrive souvent dans la pratique à confondre d’une part, liberté et indépendance et d’autre part, dépendance et appartenance. Bien souvent, on entend dire que par l’obéissance, nous dépendons de ceci ou de cela ; de celui-là ou de celle-là. Nous ne pouvons pas être indépendants ou dépendants vis-à-vis de tous et de tout. Personne, pas même Dieu ne peut me demander non plus de renoncer à ma volonté et à ma liberté sans que la dignité de ma personne ne soit bafouée. L’obéissance me demande en réalité de vouloir autre chose ou de vouloir autrement. Il ne s’agit nullement de renoncer à sa volonté et à sa personnalité mais plutôt de vouloir, de la façon la plus complète possible, le bien authentique. Présenter l’obéissance comme « renoncement à sa volonté propre », pose ultérieurement des problèmes ontologiques et éthiques. Notre obéissance sacerdotale nous demande de garder la valeur du respect pour la dignité de notre personne de prêtre, en favorisant de façon positive notre libre épanouissement et notre autonomie personnelle sans que notre liberté ne tende vers l’arbitraire et notre autonomie ne devienne indépendance par rapport au créateur et à la relation avec autrui. Lorsque indépendance et liberté se confonde ou s’assimile, l’obéissance a du mal à devenir une vertu. Lorsque dépendance et solidarité se confondent à leur tour, l’obéissance devient une fuite ou un refuge.

Pour une authentique obéissance sacerdotale, nous devons mettre en œuvre continuellement et de façon harmonieuse les deux logiques complémentaires de l’interdépendance et de l’appartenance. L’obéissance c’est vraiment entre la liberté et l’appartenance. L’obéissance dans la logique de la liberté et de l’appartenance nous écarte de la soumission et de la démission. Si à l’obéissance, il manque la liberté et le sens d’appartenance, on tombe dans des formes d’idolâtries et de servitudes, de fuite de responsabilité et de démissions. L’obéissance n’est pas une question de dépendance vis-à vis de… mais d’appartenance mutuelle et réciproque … l’obéissance n’est pas une question de sous-mission mais bien une question de mission commune partagée…

  Nous devons viser une obéissance qui s’identifie à la foi. Une obéissance comme école où nous apprenons à faire confiance à Dieu et aux médiations humaines. Faire confiance comme   Abraham, comme Marie comme Jésus.

Selon qu’il s’agisse de la nature de l’obéissance ou des acteurs, l’obéissance sacerdotale ne saurait se confondre avec certaines contrefaçons :

Nous devons comprendre que l’obéissance sacerdotale va au-delà de l’obéissance de discipline. Nous ne pouvons pas nous contenter de l’obéissance de discipline. Il est vrai que parfois les gens disent qu’on forme les prêtres comme les militaires…

L’obéissance sacerdotale ne peut pas être une obéissance de complaisance qui dépend du supérieur à qui on est excessivement attaché. On obéit parce que c’est son maitre…

L’obéissance sacerdotale n’est pas non plus une obéissance de convenance, lorsqu’on se soumet quand cela nous arrange, lorsqu’on obéit pour ne pas avoir davantage de soucis.

Au sortir de cette retraite, pourrais-je m’engager à vivre mon obéissance sacerdotale comme chemin de libération personnelle, expression de mon appartenance à l’Église?

 

Pour un service évangélique de l’autorité en vue d’une obéissance authentique et dynamique

L’obéissance est une expression de la maturité du don de soi-même, c’est la capacité d’aimer avec un cœur libre, en ayant le souci les uns pour les autres, dans un dynamisme qui nous porte à grandir dans l’appartenance au Christ et à l’Église.

Ce qu’il nous faut rechercher alors c’est une Obéissance active, responsable et volontaire

La véritable obéissance est motivée par la foi et implique une adhésion personnelle totale à ce qui est légitimement demandée. PC 14, parlant de l’obéissance religieuse, demande à celui qui obéit d’apporter les forces de l’intelligence, de la volonté, et tous les dons de la grâce et de la nature à l’accomplissement de ce qui est demandé. Loin d’être une attitude passive ou une démission de la personne, l’obéissance authentique est active et responsable. Elle engage donc toute la personne dans toutes ses dimensions et avec toutes ses facultés. Lorsqu’on nous demande de ne pas subir passivement comme si c’était une obligation coercitive, cela ne veut pas dire que l’obéissance ne nous coûte pas ou ne dois pas nous coûter. Il existe bel et bien des obéissances difficiles qu’il faut vivre dans la foi et dans l’amour de Dieu et du prochain.

 L’engagement personnel dans l’obéissance nous rend responsable.

Il n’y a que les hommes libres qui sont responsables de ce qu’ils font. L’obéissance authentique exige de nous une sorte de solidarité ministérielle sur ce qui a été décidé. Nous devenons responsables de ce qui nous a été commandé. On ne dit pas par exemple : j’ai fait ce qu’on m’a demandé… dans l’obéissance sacerdotale, nous sommes responsables au premier chef de ce qui s’est décidé de faire. Ce n’est pas parce que je n’ai pas été d’accord avec ce qui a été décidé que je ne dois pas l’exécuter ou me désolidariser lorsque les choses n’ont pas bien fonctionner. En ce que le supérieur a le droit de nous commander, nous devons agir si comme nous le faisons de nous-mêmes.

Au sortir de cette retraite, je demande pardon pour toutes les fois que, par mon attitude de désobéissance, j’ai fait souffrir mon supérieur hiérarchique.

Je pardonne pour toutes les fois que l’exercice de l’autorité m’a fait souffrir.

Je m’engage à un service évangélique de l’autorité et à la pratique d’une obéissance de charité.

Soyons Obéissants parce que libres, et libres parce que obéissants.

Que Dieu nous comble au delà de nos attentes !

 

 

SIGLES

DMVP : Directoire pour le Ministère et la Vie des Prêtres

SAO : le Service de l’Autorité et l’Obéissance

PDV : Pastores Dabo Vobis

 

BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE

Catéchisme de l’Église catholique

 

Code de Droit canonique

 

Concile œcuménique Vatican II

 

Congrégation pour le Clergé, Directoire pour le ministère et la vie des prêtres

 

Congrégation pour les Instituts religieux et les sociétés de vie apostolique, Le service de l’autorité et de l’obéissance

 

Jean Paul II, la formation des prêtres dans les circonstances actuelles, Exhortation apostolique, Pastores Dabo Vobis

 

Arnaldo Pigna, Repartir de Jésus Christ, la spiritualité des vœux, Éditions des Béatitudes

 

Carlo Maria Martini, Prêtres quelques années après

 

Jean de la Thétokos Ilboudo, Vous donc, priez ainsi : Notre Père

 

Par un Chartreux, la liberté de l’obéissance,

 

 

Retraite-2013.JPG 

Photo de ceux qui étaient à cette retraite sacerdotale 2013

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