I. L'Eglise et l'ordination des femmes

 

D'entrée de jeu, il importe de dire que la position de l'Eglise catholique sur la question de l'ordination des femmes au ministère sacerdotal est jusqu'aujourd'hui catégorique et sans nuance. Et cette position est que les femmes n'ont jamais pu, ne peuvent pas et ne pourront jamais recevoir le sacrement du sacerdoce, et cela par fidélité à l'exemple de son Seigneur. Et comme pour appuyer cette position de l'Eglise, Jean-Paul II, dans sa lettre apostolique "Ordinatio sacerdotalis", au n°4, affirme : «C'est pourquoi, afin qu'il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance qui concerne la constitution divine elle-même de l'Eglise, je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères, que l'Eglise n'a en aucune manière le pouvoir de conférer l'ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l'Eglise».

Mais, quelles sont les raisons d'une telle position ?

 

1- L'attitude du christ

Le document Inter insigniores déclare : «Jésus n'a appelé aucune femme à faire partie des douze. S'il agissait ainsi, ce n'est pas pour se conformer aux usages du temps, car son attitude à l'égard des femmes contraste singulièrement avec celle de son milieu et marque une rupture volontaire et courageuse» (conversation publique avec la samaritaine…). Dans sa lettre apostolique Mulieris dignitatem du 15 Août 1988, au n°26, le Pape Jean Paul II disait à ce propos : «En appelant que des hommes à être ses Apôtres, le Christ a agi d'une manière totalement libre et souveraine. Il l'a fait dans la liberté même avec laquelle, il a mis en valeur la dignité de la femme par tout son comportement sans se conformer aux usages qui prévalaient ni aux traditions qui sanctionnaient la législation de son époque»[1]. En effet, les Evangiles et les Actes montrent bien que cet appel s'est fait selon le dessein éternel de Dieu : le Christ a choisi ceux qu'il voulait (Mc 6, 13-14 ; Jn 6, 70). Et il l'a fait en union avec le Père, par l'Esprit Saint (Ac 1, 2) après avoir passé la nuit à prier (Lc 6, 12).

C'est pourquoi, l'Eglise, pour l'admission au sacerdoce ministériel, a toujours reconnu comme norme constante, la manière d'agir de son Seigneur dans le choix des douze dont il fait le fondement de son Eglise (Ap 21, 14). Et ceux-ci n'ont pas seulement reçu une fonction qui aurait pu ensuite être exercée par n'importe quel membre de l'Eglise, mais ils ont été spécialement et intimement associés à la mission du Verbe incarné lui-même. L'Eglise a toujours reconnu dans la figure des douze Apôtres, le modèle normatif de tout ministère sacerdotal et elle s'est soumise à ce modèle depuis le commencement. Pour sa part, elle a toujours en conscience que les douze hommes par lesquels, selon la foi de l'Eglise, le ministère sacerdotal a commencé dans l'Eglise de Jésus Christ, sont liés au mystère de l'incarnation et, ainsi habilités à représenter le Christ, à être une image (une icône) vivante et active du Seigneur.

En somme, l'Eglise, par fidélité à l'exemple de son Seigneur, ne se considère pas autorisée à admettre des femmes à l'ordination sacerdotale[2].

 

2. La pratique des Apôtres

La communauté apostolique est restée fidèle à l'attitude de Jésus. Dans le petit cercle de ceux qui se regroupent au cénacle après l'ascension, Marie occupe une place privilégiée (cf. Ac 1, 14). Ce n'est pourtant pas elle qui est appelée à entrer dans le collège des douze. Ainsi, par le fait que la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu et de l'Eglise, n'aie reçue ni la mission spécifique des Apôtres, ni le sacerdoce ministériel, montre clairement que la non admission des femmes à l'ordination sacerdotale ne peut pas signifier qu'elles auraient une dignité moindre ni qu'elles seraient l'objet d'une discrimination[3]. C'est donc que le ministère est d'un autre ordre, un legs irréfragable de la tradition apostolique. La cohérence entre le fait de l'incarnation réalisée dans l'Homme Jésus, l'appel des douze comme Apôtres et fondement de l'Eglise, en attendant le groupe plus large des «apôtres» d'après Pâques, la présidence des communautés locales, et donc aussi de leurs assemblées et de leurs célébrations eucharistiques, confiées à des hommes, n'est pas du hasard. A moins qu'on opte pour un occasionalisme théologique, qui attribuerait aussi au hasard le développement originaire de la révélation et ensuite celui de la pratique chrétienne, où l'Eglise n'aurait joué aucun rôle[4].

 

3. le fait de la tradition

Jamais l'Eglise catholique n'a admis que les femmes puissent recevoir validement l'ordination presbytérale. Au cours des premiers siècles, elle est restée fidèle à la pratique des Apôtres. En effet, c'est un fait indéniable que la tradition constante de l'Eglise catholique a exclu les femmes de l'épiscopat, du presbytérat, tellement constant qu'il n'a pas été nécessaire de faire intervenir une décision solennelle du Magistère. Ainsi, aux yeux de la tradition, le motif essentiel qui anime l'Eglise pour appeler uniquement des hommes à l'ordination et au ministère proprement sacerdotal, c'est qu'elle entend demeurer fidèle au type du ministère ordonné voulu par le Seigneur Jésus-Christ et maintenu religieusement par les Apôtres. Quand elle estime ne pouvoir accepter certains changements, c'est qu'elle se sait liée par la conduite du Christ ; son attitude, malgré les apparences, n'est pas alors de l'archaïsme, mais de la fidélité : elle ne peut se comprendre vraiment qu'à cette lumière[5].



[1] J. P II, Lettre Apostolique Ordinatio Sacerdotalis du 22 / 05 /1994 au n° 2 in DC n°2096 du 19 / 06 /1994.

[2] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Déclaration sur la question de l'admission des femmes au sacerdoce ministériel, in DC n°1714 du 20 /02 /1977 page 159.

[3] Jean Paul II, Lettre Apostolique Ordinatio Sacerdotalis du 22 / 05 /1994 au n° 4 in DC n°2096 du 19 / 06 /1994 page 552.

[4] P. Grelot, Y aurait-il des «femmes prêtres» dans l'Eglise ? , in Nouvelle Revue Théologique, Nov-Déc 1989, page 864.

[5] Mgr Roger ETCHEGARAY, Présentation de la déclaration in DC n°1714 du 20 /02/1977.

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