LES  LETTRES  AUX  SEPT  EGLISES (Ap 2–3)

 

I. LES SEPT  CITES

 

Dans l’empire romain, L’île de Patmos, située non loin de la côte turque, faisait partie de la province d’Asie, si riche et active. Elle attirait tous les mouvements religieux et philosophiques venus de l’Orient continental (cf. La Bible et son Message n° 112 et 113). C’est de cette province que relevaient les sept cités destinataires des lettres de Jean.

         En tête  vient Ephèse, la grande métropole, évangélisée de bonne heure par Apollos et Paul, puis confiée à Timothée (Ac 19). L’Eglise vivant dans cette ville portuaire était nombreuse et florissante (son candélabre a le premier rang !) quoique agitée, à ce moment déjà, de mouvements intellectuels malsains (cf. 1Tm 1, 3-7. 20 ; 2 Tm 2,15-18 etc.).

         Le long de la côte se trouvaient Smyrne, l’ancienne patrie d’Homère et, plus tard, la ville de st Polycarpe (aujourd’hui Izmir) où les chrétiens tiennent bon contre un vent de persécution particulièrement violent ; puis Pergame, une ville opulente et éprise de liberté, ancienne capitale célèbre par son temple, ses ateliers d’art et ses écoles.

         A l’intérieur, on trouve Thyatire qui est une cité populeuse et modeste où se pratique le commerce du textile ; Sardes, cité autrefois célèbre, mais ne valant plus alors sa réputation ni au plan économique et culturel ni au plan de la foi en Christ pour ce qui est de l’Eglise qui s’y trouve ; Philadelphie, fameuse pour son temple à Janus, le dieu qui détient les clefs de l’année (de là sans doute qu’il est beaucoup question de clefs dans la lettre adressée à l’Eglise de cette ville) ; enfin, Laodicée, elle aussi, était sur la grande route qui partait d’Ephèse, elle avait été touchée par l’activité de Paul et de ses disciples (cf. Col 4,5).

         Au total, les villes nommées par Jean se situent dans le centre et le nord de leur province, tirant vers la Bithynie, le Pont et la Galatie, le pays parcouru par Pierre et ses auxiliaires (cf. 1 P 1, 1-2). Au contraire, les cités pauliniennes de Colosses et d’Hiérapolis ne sont pas dans la liste (cf. Col 4, 13).

         Ce qu’il faut retenir surtout, c’est que ces différentes Eglises, eu égard à leur position géographique et aux circonstances socio-culturelles et religieuses du moment étaient confrontées aux mêmes problèmes internes que nous percevons dans les lettres à Tite et à Timothée : questions doctrinales (faux enseignants, ministres indignes ou incapables), questions rituelles (celle des idolothites par exemple), questions morales (désordres sexuels), questions proprement spirituelles (relâchement de la ferveur initiale).

         Il faut remarquer aussi que le plus grand tourment des Eglises n’est pas l’opposition des païens, mais celle des juifs incrédules, devenus franchement hostiles au point que l’auteur de l’Apocalypse les qualifie de « synagogue de Satan » (cf. Ap 2, 9 ; 3, 9). C’étaient là sans doute les conséquences du Concile de Jamnia où l’on avait voté l’excommunication des chrétiens. Le martyre d’Antipater fut probablement le fait des juifs. Les lettres aux Eglises reflètent cette actualité immédiate des communautés.

 

II. LA STRUCTURE DES LETTRES

Un tableau mettrait en évidence la structure identique des sept lettres. Elles suivent le modèle :

-   Adresse

-   Corps  de la lettre   * Eloges

                                     * Reproches

                                     * Encouragements

                                     * Menaces

                    -   Avertissement et promesse

         De même un tableau ferait immédiatement ressortir certaines particularités :

-Les Eglises de Smyrne et de Philadelphie n’ont aucun bilan négatif et, en conséquence, ne reçoivent aucune menace.

-L’Eglise de Thyatire a un bilan négatif très lourd (cf. le texte). Elle ne reçoit pratiquement pas d’exhortations : il faut se reporter à la fin des menaces  pour en trouver une, qui tempère une menace : « Du moins, ce que vous avez, tenez-le ferme jusqu’à ce que je vienne. »

-L’Eglise de Philadelphie ne reçoit pas d’exhortation du tout, mais c’est pour une raison inverse : elle est parfaite.

D’autres particularités doivent encore être soulignées :

-Dans le bilan positif, on trouve habituellement la formule : « Je sais ta conduite », ou une expression semblable.

-Dans les menaces, une constante se manifeste, c’est le thème du retour du Seigneur.

A Ephèse : Si tu ne te convertis pas, je viens à toi (2,5).

A  Pergame : Sinon, je viens à toi rapidement (2,16).

A Thyatire : Ce que vous avez, tenez-le ferme jusqu’à ce que je revienne (2,25).

A Sardes : Si donc tu ne te réveilles pas, je viendrai comme un voleur, et tu ne connaîtras pas l’heure où je viendrai sur toi (3,3).

-On remarquera que ces sept lettres se partagent en 3 + 4, de la façon suivante :

+ Dans les trois premières lettres, on trouve d’abord l’avertissement : « Celui qui a des oreilles, qu’il écoute ce que l’Esprit dit aux Eglises », puis la promesse adressée au vainqueur ;

+dans les quatre dernières, c’est l’inverse : la promesse vient d’abord, suivie de l’avertissement.

 

 

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