15. Apôtre de la famille. La famille chrétienne a le privilège d'être image de Dieu-Amour. Cet amour qui engage la personne en tant que corps et esprit, unit l'homme et la femme dans le couple et devient ainsi principe de fécondité (cf. Ep 5,25-32). La famille est "la première cellule vivante de la société" et "le sanctuaire domestique de l'Eglise" (127), elle a été défendue par Jésus pour ses valeurs originaires et immuables (cf. Mt 19, 4-8). Partout, la famille se trouve dans une situation complexe, comportant tout ensemble une part de lumière et une part d'ombre; dans les pays de mission, elle doit faire face à des problèmes particuliers posés par les conditions sociales, les influences culturelles, et aussi les convictions religieuses. L’Eglise est consciente des grands défis qu'affronte la famille chrétienne en notre temps (128); elle réaffirme sa prédilection pour elle, la confiant aux soins des pasteurs comme une de leurs obligations prioritaires (129).

La sollicitude pour les familles est un des principaux devoirs du curé; doivent collaborer avec lui dans cette tâche les autres prêtres, les diacres, les religieux et des laïcs bien préparés (130). Le lieu privilégié où s'exerce immédiatement la pastorale familiale est la communauté paroissiale, avec sa force de communion, et, plus spécifiquement, la famille chrétienne, en raison de la grâce reçue dans le sacrement (131).

La pastorale familiale commence avec la pastorale des fiancés, dans ses expressions plus éloignées ou plus proches du mariage. La préparation éloignée commence déjà avec la catéchèse des jeunes. La préparation plus proche relève des pasteurs, avec la collaboration de personnes qualifiées. La pastorale de la préparation immédiate relève expressément de la charge des prêtres, car elle se réfère de près au sacrement. Les prêtres assureront cette préparation au mariage par des rencontres où ils s'adressent personnellement aux fiancés, soit à chacun individuellement, soit en groupe (132). Ils éveilleront tout particulièrement leur attention, sur la signification du sacrement, sur l' appel des époux à la sainteté et sur les devoirs de leur état. Dans certaines cultures, qui doivent être protégées, les familles transmettent elles-mêmes aux jeunes les valeurs humaines et chrétiennes de la vie matrimoniale et familiale.

Dans la célébration liturgique du mariage, les époux signifient le mystère, auquel ils participent, de l'union et de l'amour fécond entre le Christ et l'Eglise (Eph 5,32) (133). Il est opportun, dans la mesure du possible, que cette célébration sacramentelle revête une forme solennelle, étant située de préférence un jour de fête, ou suivant un calendrier diocésain, en présence de la communauté et avec sa participation active et responsable. Ce service pastoral s'exercera encore en mettant en valeur la Liturgie de la Parole, en vue de l'éducation de la foi des participants (134).

La pastorale post-matrimoniale sera le fait de toutes les composantes de la communauté; elle aidera les époux à vivre toujours mieux leur vocation et leur mission. Les prêtres suivront de près les nouvelles familles, les aidant à accueillir, avec une conscience éclairée, la grâce propre et toujours actuelle du sacrement, à vivre en esprit chrétien les moments heureux et à surmonter les inévitables difficultés de la vie, à accueillir tout particulièrement les enfants, en assumant, en pleine conscience de leur responsabilité et avec joie, le devoir de servir leur croissance humaine et chrétienne (135).

Alors que se diffusent des théories contraires à l'enseignement de l'Eglise sur la transmission de la vie, souvent intégrées dans la législation civile, les prêtres ont le devoir difficile et digne d'éloge d'aider les fidèles chrétiens à être conscients de leur devoir de "coopérateurs de l'amour de Dieu créateur" et à l'accomplir fidèlement (136). Il faut poursuivre un effort commun, persévérant, organisé au niveau du diocèse (137) pour que dans les jeunes communautés chrétiennes se développe une éducation à la transmission responsable de la vie conforme à la doctrine traditionnelle et saine de l'Eglise. Souvent encore, dans les territoires de mission, certaines valeurs culturelles favorisent la tâche de l'Eglise dans cette pédagogie matrimoniale.

Les secteurs qui doivent être l'objet d'une attention particulière de la part du Pasteur sont les suivants:

· former les fidèles, en particulier les fiancés et les jeunes époux, avec le concours de personnes qualifiées et moralement intègres, grâce à des enseignements et des contacts personnels, pour les éduquer à une vraie paternité responsable en accord avec la foi chrétienne, en utilisant une méthode naturelle (138);

· montrer de manière exacte le sens et la valeur de la chasteté conjugale (139);

· combattre énergiquement la plaie de l'avortement (140);

· promouvoir la plus grande prudence et une ferme adhésion à l'enseignement du Magistère pour tout ce qui relève des problèmes d'ordre biomédical, qu'il s'agisse des interventions sur le patrimoine génétique, ou des questions concernant la fécondation artificielle, etc. (141).

Les pasteurs aideront les familles chrétiennes à vivre en accord avec leurs engagements chrétiens, même dans un contexte indifférent ou contraire, à s'entraider avec amour, dans un esprit de sacrifice et avec l'aide de la prière en commun et à témoigner authentiquement de l'Evangile dans la société. La visite des familles est une partie importante du ministère pastoral. Le prêtre sera sérieusement préparé à cet apostolat et il se comportera envers les familles comme "un père, un frère, un pasteur et un maître" (142) sans faire de préférence, sinon en faveur des plus pauvres et de ceux qui vivent des moments particulièrement difficiles.

Les jeunes Eglises sont affrontées à des problèmes particuliers concernant le mariage et la famille, du fait de la culture ou de la situation religieuse locale. Il s'agit des unions de fait, acceptées par la société, mais non régularisées devant l'Eglise, soit parce que l'époux n'a pas payé entièrement le dot, soit parce qu'on attend afin de vérifier si l'union est féconde, ou pour une autre raison de caractère juridique ou relevant de la coutume. De plus, il y a des cas assez fréquents de polygamie, de mariage mixte avec disparité de culte et, dans certaines régions, la plaie du divorce. L'attitude du pasteur à l'égard de ces diverses unions est délicate et difficile à préciser. Il appartient aux Evêques, ayant entendu l'avis des autres membres de la Conférence Episcopale, de préciser les critères du comportement pastoral, en appliquant aux circonstances particulières les directives générales édictées par le Pontife Romain (143). Celles-ci, même lorsqu'elles excluent de l'admission aux sacrements, manifestent et inspirent un amour profond et un grand respect à l'égard de tous. C'est en particulier : une solide éducation des jeunes quant à la cohérence de la vie en accord avec les devoirs du mariage chrétien, la compréhension sans rigidité envers les personnes ainsi engagées hors du mariage chrétien par faiblesse ou du fait de pressions extérieures, l'assistance accordée à ces couples pour les aider à ne pas perdre l'espérance et à vivre au moins dans la mesure du possible la vie chrétienne, à éduquer religieusement leurs enfants et, si possible, à régulariser leur union. On observera fidèlement les normes canoniques qui concernent les cas de mariage mixte (144) et la "sanatio in radice" (145).

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